Léonore Moncond’huy – « L’écologie réinvente la lutte des classes »

Léonore Moncond’huy a été élue maire de Poitiers le 3 juillet dernier sous l’étiquette Europe Ecologie les Verts (EELS). A 30 ans, elle devient la première femme maire de la ville pictavienne et met fin à 43 ans de gouvernance socialiste. Rencontre avec celle que l’on a surnommée « la surprise verte. »

Vous avez été élue le 3 Juillet dernier maire Europe Ecologie les Verts de Poitiers. Que pouvez-vous nous dire sur cette élection ?

Je suis adhérente Europe Ecologie Les Verts, mais c’est Poitiers Collectif qui a gagné la mairie de Poitiers. C’est important car cela fait deux ans que nous travaillons à faire émerger un projet citoyen, qui comprend des membres de partis. Le projet cherche à s’émanciper de la logique des partis. Et la majorité de nos élu.es de Poitiers ne sont pas encartés. C’est donc vraiment la victoire de Poitiers Collectif. C’est justement à ce titre que je suis particulièrement fière, puisque notre projet visait à redonner une place en politique à des personnes qui s’en sont senties exclues.

Au niveau national, sur les dix plus grosses villes de France, trois ont un.e maire écologiste (Jeanne Barseghian à Strasbourg, Grégory Doucet à Lyon et Michèle Rubirola à Marseille (NDLR). Peut-on parler d’une grosse vague d’EELV en France ?

 On parle beaucoup de vague verte, c’est vrai. Et je trouve que cette victoire des écologistes dans de nombreuses grandes villes et villes moyennes montre qu’on commence vraiment à avoir un ancrage local important. Traditionnellement, les élections qui sont favorables aux écologistes, ce sont les régionales et les européennes. Là, gagner les villes, c’est l’échelon le plus concret dans la vie des gens. Je trouve que oui, cela montre une bascule de l’opinion de plus en plus importante en faveur de politiques écologiques.

Depuis combien de temps  y-a-t-il  une bascule de cette opinion ? On pouvait voir déjà en 2014, aux élections européennes, qu’il y avait eu une belle vague. Aux régionales de 2015, également.

LM : Je pense que c’est un mouvement qui monte progressivement. C’est vrai que les européennes de 2014 étaient vraiment un grand bond en avant, qui a permis aux écologistes de franchir un cap de crédibilité dans l’opinion publique. L’Europe, c’est un sujet très sérieux, très technique. Cela a ancré notre image d’un mouvement écologiste qui porte des propositions politiques tout aussi sérieuses que d’autres partis. Oui, je pense que le bon score aux européennes de 2014 à vraiment impulsé un mouvement. Et pour revenir à la dynamique citoyenne, les listes qui ont bien marché dans les grandes et moyennes villes, qui ont souvent gagnées, je pense à Tours et Marseille, sont souvent des dynamiques très ouvertes sur la société civile. Certes, la tête de liste était estampillée écologiste, souvent par la presse nationale. On parle de vague verte, mais nous, ce n’est pas de cette manière qu’on se qualifie. Mais c’est souvent le fait que les écologistes savent donner une grande place à la société civile, s’ouvrir vraiment sur les citoyens, qui fait que cela marche, et que des mouvements locaux se créent, qui ont du succès, comme à Poitiers.

Parmi les dix plus grandes villes, à leur tête, il y a cinq femmes qui ont été élues maires (Anne Hidalgo-PS à Paris, Michèle Rubirola-EELV à Marseille, Johanna Rolland-PS à Nantes, Jeanne Barseghian-EELV à Strasbourg et Martine Aubry-PS à Lille (NDLR). Depuis le 28 Juin, on acclame le fait que des femmes soient élues… Mais est-ce que ce n’est pas quelque chose qui est complètement normal, qui devrait déjà être ancrée dans la société depuis longtemps ?

Je suis complètement d’accord. Nous n’avons jamais fait d’une tête de liste femme un argument de campagne. La forme de Poitiers Collectif a permis l’émergence de candidatures, on a réfléchi sur les compétences des personnes, sur leurs qualités, sur ce qu’elles incarnaient, mais nous n’avons jamais fait du côté « femmes versus hommes » un argument de campagne. Or, aujourd’hui, il est vrai qu’on lit beaucoup notre victoire sous cet angle-là, mais je suis complètement d’accord avec le fait que ça sera gagné le jour où on arrêtera de se réjouir. S’intéresser aux personnes avant leurs genres. Mais il est vrai que je constate que symboliquement, notre victoire contribue à casser des plafonds de verres. Il y a un vrai effet d’entrainement : des jeunes, des femmes qui se sentiront peut-être plus à même, oseront plus s’engager en politique. Ça n’était pas forcément l’objet recherché, ça n’était pas forcément un argument que l’on a mis en avant, mais si cela peut avoir des conséquences positives sur la féminisation de politique, c’est très bien.

La candidate EELV Michelle Rubirola a été élue à Marseille © PHILIPPE MAGONI/SIPA

Au moment de cette interview, il y a eu l’annonce du nouveau gouvernement. Est-ce qu’il n’y a pas une crainte, avec la grosse victoire des écologistes aux municipales, que tous les autres partis, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, surfent sur cette grande vague de l’écologie, comme ce que l’on peut voir depuis quelques années ? Comment Europe Ecologie les Verts peut faire la différence entre ses propositions politiques et celles d’autres partis, plus souvent au pouvoir, comme ont pu l’être le Parti Socialiste, les Républicains ou actuellement, La République en Marche ?

Déjà, je n’aime pas trop l’argument de « Nous, on était là avant », que l’on entend parfois chez les écologistes. De dire « on porte l’écologie historique, et donc on a raison tout seul ». Aujourd’hui, je pense qu’il faut vraiment avoir une attitude d’ouverture vis-à-vis de tous ceux qui font un chemin sincère vers l’écologie. Et donc aussi casser les codes des personnes avec qui on travaille habituellement, casser les codes un peu culturels. Les écolos, ce n’est pas que le quinoa, c’est aussi un projet économique à part entière, un projet pour les mobilités. L’écologie, c’est un projet de société globale. Il faut qu’on reste très ouvert, mais aussi très sincères sur la cohérence qu’un projet écologique doit avoir. Si on prend l’exemple du gouvernement : pendant le confinement, il y avait plein d’appels à un monde d’après différent. Et je pense vraiment que la société aurait été mûre pour des changements radicaux. C’est ce dont témoigne la Convention Citoyenne pour le Climat. Quand on prend 150 citoyens, qui n’étaient pas écologistes à la base, on leur met sous le nez des rapports scientifiques, ceux à quoi ils arrivent en termes de préconisations, ce sont des choses ultra engagées, radicales. Et on voit que le gouvernement a choisi de ne pas engager un monde d’après différent, avec des plans de relances, des milliards injectés pour soutenir le secteur aérien par exemple, alors qu’on passe le temps à nous dire qu’il n’y a pas d’argent, sans aucun engagement de réorientation de leur part. Lorsque l’on voit que le gouvernement casse les propositions de la Convention Citoyenne, en enlevant celles qui sont parmi les plus ambitieuses, on voit bien que la volonté n’est pas là. Il faut vraiment différencier l’écologie des partis qui en font un slogan pour gagner ou garder le pouvoir, et ceux qui mettent vraiment l’écologie au cœur, quitte à ne pas gagner cette fois-ci, mais ceux qui ont cheville au corps la conscience de la nécessité d’une écologie cohérente dans toutes les compétences politiques.

On va revenir dans le local, à Poitiers. Poitiers Collectif est une liste d’union de la gauche, soutenue par Europe-Ecologie Les Verts, Générations, le Parti Communiste Français, Nouvelle Donne, A Nous La Démocratie… Mais il y avait aussi des candidat.es non-encarté.es, même plus que de candidat.es encarté.es. Est-ce que ça n’était pas compliqué de faire accorder toutes ces personnes, ces mouvements politiques ou non, et des citoyens lambdas ?

Si, c’est pour cela que ce qui compte dans la démarche de Poitiers Collectif, c’est sa méthode. On a mis un principe : on accepte tout le monde dans la démarche. Par contre, quand on arrive, on pose sa casquette à l’entrée. Encarté ou pas, on vient pour construire un projet, tous ensemble. On pense aux personnes avant de penser aux partis. C’est le fait de mettre ce projet politique avant le projet des partis ou celle des têtes, qui nous a permis de nous rassembler autour de valeurs communes, d’un programme commun, d’une méthode commune. On a travaillé ensemble pendant deux ans. Petit à petit, ça a permis de faire travailler ensemble des gens de cultures politiques très différentes. C’était la démarche citoyenne qui comptait beaucoup plus que le soutien des partis. Ils étaient en soutien, en appui à la démarche, mais il y avait une volonté de s’émanciper de la logique des partis. Nous n’avions pas de direction nationale par exemple. Ces formes très ouvertes peuvent faire revenir les gens à la politique. Et je suis vraiment persuadée qu’avec une union de la gauche classique, on n’aurait pas eu le succès que l’on a eu aujourd’hui.

Vous avez un côté extrêmement novateur par rapport aux adversaires à Poitiers, mais même au niveau national : vous avez fait le choix de ne pas monter le projet avec une tête de liste directement. Il y a eu une concertation pendant deux ans, puis une désignation des candidat.es, puis une désignation de la tête de liste sans candidature. Comment réussir à mettre cela en place ? Vous avez dû vous faire attaquer sur ces points-là ?

On ne s’est pas vraiment fait attaquer, c’est surtout que les gens n’y croyaient pas. On ne pensait pas que l’on pouvait « faire de la politique autrement. » Nous on y a vraiment cru. La méthode, on l’a cadrée dès le début. Il y a deux ans, on s’est dit : « on a deux ans pour bien faire les choses. » On avait annoncé d’emblée l’ordre dans laquelle on allait fonctionner. D’abord, la construction du programme pendant un an, de manière très ouverte, avec des groupes de travail. Ensuite, désignation des candidats, et ensuite seulement, désignation de la tête de liste. Je pense que ça a été rassurant parce que les rails étaient clairs. On savait où on allait, qu’il y avait cette étape. Et notamment l’élection sans candidat, c’est ce qui nous tenait très à cœur depuis le début. Et donc, un cap très clair, une méthode très claire. Et puis, on est beaucoup à maitriser les outils de l’Education Populaire, les animations participatives de réunions, permettre de donner la parole à chacun… Sans ça, sans la capacité à faire tenir un collectif avec des méthodes très carrées, on n’aurait pas réussi.

Votre principal adversaire sur cette élection, c’était Alain Claeys, « le baron socialiste » pour reprendre les termes de l’Obs. Vous êtes un peu l’opposée d’Alain Claeys, qui est un homme, de 70 ans, engagé depuis longtemps sur Poitiers, dans une politique traditionnelle. Alors que vous êtes une jeune femme, jeune en politique, et plutôt dans une mouvance différente sur la manière d’approcher la politique. Qu’est-ce qui a été le plus dur à porter dans cette élection ?

On était, c’est vrai, une démarche jeune. Dans l’âge, mais aussi dans la manière de faire de la politique. On a cassé un certain nombre de codes. Durant la campagne, on a dû se défendre contre une présomption d’illégitimité. Nous on proposait à des citoyens non-encartés de prendre des responsabilités politiques : « Ah bah ils ne sont pas légitimes. » On a dû défendre le fait que n’importe qui était légitime à participer à la vie de sa ville. On a aussi eu une présomption d’incompétence, c’est-à-dire que forcément on est jeune, forcément on est nouveau. Donc nouveau signifie incompétent. Non ! On peut proposer un projet politique sérieux sans avoir 40 ans de politique derrière le dos. On peut avoir une expertise issue de son activité professionnelle, associative… On a dû prouver, faire plus notre preuve que les autres sur la légitimité à participer à la politique, sur la qualité de notre projet, sur nos compétences sur des sujets perçus comme sérieux, comme l’économie par exemple. C’est ce qui était le plus difficile : lutter contre les présomptions d’incompétence, d’illégitimité. Et puis, sur la fin de la campagne, tous les arguments excessifs qu’on a entendu : le dogmatisme, l’extrême-gauche… On essayait de nous coller une image, qui heureusement ne collait absolument pas à ce que l’on était depuis deux ans. Et je pense que personne ne s’y est trompé.

Alain Claeys félicite chaleureusement Léonore Moncond'huy pour son élection
Passation de pouvoir entre Alain Cleys et Léonore Moncond’huy  © Laurent Gautier (FTV)

Comment faire de l’écologie à Poitiers ?

Je pense qu’aujourd’hui, l’écologie est de plus en plus une question de bon sens. A l’échelle d’une ville, c’est l’échelle de la vie quotidienne. J’ai l’impression que c’est vraiment l’échelle à laquelle on peut convaincre les gens que l’écologie n’est pas une question de radicalité politique. Quand on propose de verdir les villes, personne ne va être contre. Ça montre aussi une écologie concrète du quotidien. Je porte vraiment une écologie du bon sens. On a l’exemple de l’aéroport à Poitiers. Si on posait la question aux citoyens : « Est-ce que vous préférez avoir un aéroport qui coûte un fric monstre en termes d’argent public ou est-ce que vous préférez avoir plus de bus pour vos trajets du quotidien ? », même sans parler des motifs climatiques, je pense que le bon sens dirait que l’argent public, l’argent de notre mairie va mieux sur les bus, sur les trains, que sur l’aéroport. Pendant le confinement, il y a beaucoup de gens qui se sont retournés vers les producteurs locaux, les circuits courts, qui se sont rendus compte à quel point ça leur manquait. Il y aurait eu une opportunité énorme ! On va le faire : se saisir de cette opportunité, de toute cette envie qu’il y a en ce moment de retourner vers les circuits courts, pour développer cela. C’est une question de qualité de vie, de nourriture, mais aussi de sécurité alimentaire : quand on produit de la nourriture sur le territoire, on est moins dépendant des problèmes liés à la mondialisation etc… C’est de l’écologie aussi.

Comment faire en sorte que tout le monde puisse faire de l’écologie à son niveau ? En fonction d’où l’on vient, de nos moyens financiers, d’où l’on habite… Comment faire pour qu’on n’ait pas l’impression de faire plus que les autres ?

C’est pour cela qu’on est de gauche, parce que c’est la force du service public. Si on veut que tout le monde soit égal face à l’écologie, il faut que le service public y prenne toute sa part. Les cantines scolaires, on en fait un levier majeur pour développer l’alimentation bio, locale, et puis des pratiques alimentaires un peu moins carnées par exemple, parce que les cantines mettent tout le monde à égalité. On a deux logiciels en écologie. Il y a le logiciel de Macron, des politiques libérales qui considèrent que l’écologie doit être fondée sur des choix individuels : « Vous choisissez de prendre moins vos voitures, par contre on n’interdit pas les SUV. » Moi, je considère qu’il y a l’autre approche, celle de gauche, qui considère que les politiques publiques doivent vraiment prendre toutes leur part dans l’imposition d’un modèle plus écologique. On doit construire un cadre qui ne permette pas les inégalités face à l’écologie. On interdit les SUV. Pour moi, le rôle d’un politique, c’est de permettre des cadres qui garantissent la prise en compte de l’écologie et qui ne permettent pas que l’on puisse plus ou moins être écolos en fonction des moyens dont on dispose. Un autre exemple serait la réduction des déchets : le jour où l’on interdira les produits en plastiques, ça ne dépendra plus de leviers individuels, mais juridiques. C’est là que les politiques doivent prendre toute leur part dans le fait de construire un cadre accessible à tous.

PCB : En parlant de mesures, quelle serait celle de votre programme que vous voudriez adopter tout de suite ?

LM : Une démarche qui me plait vraiment dans notre programme, c’est le patrimoine municipal à énergie positive. Cela veut dire que notre patrimoine municipal devra produire plus d’énergie qu’il n’en consommera. C’est un exemple qui me plait beaucoup parce qu’il y a la force de l’exemplarité. C’est-à-dire que la mairie prend toute sa part dans le fait de montrer l’exemple, pour montrer aux citoyens que c’est possible. On soutient aussi les travaux énergétiques des particuliers, mais le jour où on aura réussi à ce que nous soyons nous-même exemplaires sur nos bâtiments, en termes d’économie d’énergie, je pense que ça renforce le message écologique. On dit souvent que les élus écolos doivent être exemplaires sur les pratiques du quotidien : moi je pense qu’une mairie qui se veut écologiste doit montrer l’exemple dans toutes ses politiques. Y compris dans son patrimoine municipal : c’est dans les bâtiments, et notamment publics, qu’il y a plus de marges sur les énergies positives, et donc de marges sur l’impact carbone. C’est un exemple important pour moi, et je pense qu’on peut vraiment l’atteindre avant la fin de notre mandat. Et nous serions la première collectivité à le faire, parce qu’on parle beaucoup de territoire à énergie positive, mais c’est une démarche qui se fait à l’échelle du territoire, qui prend en compte les entreprises… Nous pensons que nous ne pourrons attendre le territoire à énergie positive avant la fin de notre mandat. Mais commencer à montrer l’exemple avec un patrimoine municipal à énergie positive, ça représente la démarche de Poitiers Collectif : montrer l’exemple et être engagé pour l’écologie.

Pour continuer dans le domaine novateur, vous avez annoncez durant la campagne faire le choix, si vous étiez élue à Poitiers, de ne pas candidater à la présidence de Grand Poitiers, la communauté d’agglomération. C’est un choix qui a vraiment surpris. Pourquoi?

Ça a surpris, parce que : d’une part, ici, ça n’est pas la tradition. On a toujours considéré depuis la création de l’agglomération que le maire de Poitiers devait aussi être président de Grand Poitiers. Il faut savoir qu’il y a seulement 34% des maires d’une ville centre qui sont aussi présidents de leur communauté d’agglomération en France. Ce qui semble ici naturel ne l’est pas du tout ailleurs. Ça a surpris parce que cela cassait un code, une habitude. On a fait ce choix très tôt dans notre programme : cela tombait sous le sens pour nous. On est une communauté urbaine de 40 communes, et on ne peut pas considérer qu’on est les seuls à décider. La gouvernance collective qu’on a mise en place à l’échelle de Poitiers avec Poitiers Collectif, on veut aussi la retrouver à l’échelle communautaire. Avoir une tête différente entre Poitiers et Grand Poitiers, qui sont en accord politiquement : il ne s’agit pas de dire que nous n’avons pas de projet pour Grand Poitiers, au contraire. Mais avoir deux têtes différentes travaillant ensemble, c’était un symbole fort de notre volonté d’avoir une gouvernance plus horizontale, qui permette à chaque commune de trouver sa place. Et d’avoir un fonctionnement plus collectif, à l’image de ce que l’on veut pour Poitiers.

Qu’est-ce que le plus important en politique aujourd’hui ?

Le plus important pour moi, c’est l’écologie. Qu’elle soit un logiciel partagé par tous. J’ai l’impression que l’écologie a gagné une bataille culturelle dans l’opinion. Mais elle n’a pas du tout gagné la bataille politique encore. Je le vois notamment à la région : il y a une inertie qui est, je trouve, dramatique. Pour moi, l’écologie n’est pas une question de politique, mais de responsabilité. Quand on voit tout ce qui nous arrive, en termes de climat, de biodiversité, et que je vois que les politiques y sont aveugles, cela me fait peur pour notre avenir, pour notre capacité à avoir un avenir heureux pour nos enfants, petits-enfants. Le plus important pour moi en politique aujourd’hui, c’est que les politiques soient lucides sur la situation écologique, et qu’ils aient le courage d’agir de cet état des lieux, vraiment dramatique.

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Après la Covid, Emmanuel Macron a parlé de « monde d’après. » Mais on s’est rendu compte que ce nouveau monde n’allait pas venir tout de suite, car les entreprises qui n’ont pas produit pendant le confinement se sont mises à re-produire… Qu’aurait-il fallu faire ?

Il aurait fallu saisir l’occasion pour engager un modèle différent. Je parlais du secteur aérien : cela ne signifie pas supprimer des emplois du jour au lendemain, mais il faut se dire que cette crise est une alerte pour nous dire « maintenant, il faut que l’on change de modèle. » Et donc, soutenir le secteur aérien, mais en contrepartie d’une réorientation profonde du modèle vers d’autres secteurs économiques, c’est ce qui aurait été nécessaire. Envoyer des signaux politiques forts sur la volonté de dire que les modèles d’hier ne sont plus ceux de demain. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est conditionner les soutiens aux secteurs les plus polluants à des engagements très forts, mais vraiment sans aucune mesure avec ce qui a été fait aujourd’hui, de réorientation, des accompagnements de l’Etat. Aller vers une planification industrielle, également dans le secteur automobile. Le secteur économique a besoin d’aide : il aurait fallu dire « ok, on vous aide, mais vous nous aidez à agir de manière responsable par rapport à l’écologie. » Ça n’a pas été le cas. C’était tellement fort dans notre quotidien, le confinement : cela a complètement changé nos vies ! Les gens auraient été prêts à entendre des mesures fortes en face, d’un point de vue politique. Et ça n’a pas du tout été le cas.

On a pu lire sur les réseaux sociaux : « Il y a une différence entre diriger une ville, et planter des arbres. » Cela ne représente-t-il pas une ancienne vision de l’écologie ?

C’est le stéréotype dans lequel on essaye de nous enfermer. Je suis particulièrement bien placée pour savoir que l’écologie ne se résume pas à planter des arbres ou à manger du Quinoa. Je suis conseillère régionale : la compétence principale des régions, c’est le développement économique, la transition énergétique, les mobilités. Et je vois combien les écologistes font un travail remarquable dans ces institutions qui portent des sujets très techniques, bien plus techniques que planter des arbres et manger du quinoa. C’est un stéréotype que l’on essaye de nous coller, souvent de la part de nos adversaires pour nous décrédibiliser, mais ça n’a aucune réalité quand on regarde le bilan des élu.es écologistes dans les dernières années.

Vous disiez qu’en tant qu’écologiste, vous vous considériez de gauche. Considérez-vous que les écologistes sont forcément de gauche ?

Oui. Je pense que le projet écologiste que j’appelle de mes vœux pour la société de demain s’inscrit profondément dans l’héritage de la gauche. L’écologie doit profondément être conciliée avec des impératifs d’égalités, de services publics, d’attention prêtée à la lutte contre les discriminations. Tout cela est imbriqué, issu des valeurs de gauche. Donc oui, pour moi un logiciel écologique doit forcément intégrer profondément l’héritage des politiques de gauche, même si j’appelle les logiciels de gauches historiques à faire évoluer leurs logiciels. A une époque, l’enjeu était de défendre la justice sociale dans une époque productiviste : il faut aujourd’hui adapter ce logiciel fondé sur l’égalité, le partage… aux enjeux écologiques. Il faut qu’ils fassent évoluer leurs modèles, et le font pour nombre d’entre eux.

Est-ce que l’écologie sans lutte des classes, ça ne serait pas du jardinage ?

L’écologie réinvente la lutte des classes, parce qu’on voit bien qu’aujourd’hui les enjeux climatiques, écologiques, réactualisent la différence entre ceux qui ont du capital et ceux qui ne l’on pas. Par exemple, sur les questions de l’eau, dont je m’occupe à la région : on voit que la ressource en eau se raréfie, et que face à cette raréfaction, on a la volonté de construire des bassines énormes, qui privatisent l’eau, pour un certain nombre d’agriculteurs, d’usagers, qui n’ont pas vraiment la volonté de partager. Et cela re-créé une différence de capital, en l’occurrence un capital de ressource vitale, l’eau. Les plus petits producteurs n’ont pas les moyens d’investir dans ces bassines. Pour moi, la lutte des classes, qui est un terme qui peut sembler dater, montre qu’aujourd’hui, il y a des inégalités liées à la raréfaction des ressources naturelles notamment, qui peuvent être analysées avec le même schéma.

 

Image à la Une © Poitiers-Collectif

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