En Papouasie, la forêt des femmes en danger

Chaque week end, Combat décrypte le sujet que VOUS avez choisi en début de semaine. Cette fois-ci, vous avez sélectionné le sujet sur la forêt des femmes en Papouasie.

En Papouasie, les femmes du village d’Injors sont considérées comme les gardiennes de la forêt de mangroves. Aujourd’hui, elle-ci est mise en danger par la construction d’un méga chantier. Quels sont les enjeux autour de celui-ci ?

La destruction des modes de socialisation et de subsistance des populations locales

La forêt de mangroves est décrite par les habitant.es comme la “forêt des femmes” car ce sont les seules autorisées à y pénétrer. La tradition ancestrale veut que les hommes n’ont pas le droit d’y entrer ni d’y couper des arbres. Ce sont elles qui s’occupent par exemple de la pêche aux coquillages. Comme l’ont proclamé les femmes d’Injors, la pêche est avant tout un moment lors duquel elles peuvent parler de leurs problèmes quotidiens, évoquer des questionnements bien plus compliqués à exprimer dans des espaces mixtes.

Les possibilités de pêche qu’offraient ces espaces étaient également un moyen essentiel pour les populations locales de subvenir à leurs besoins. La forêt de mangrove est la principale source d’alimentation des 104 familles installées dans le village. Les coquillages étaient en bonne partie vendus dans les marchés locaux.

Ce chantier, entamé il y a plusieurs années, a pour but de construire des infrastructures pour accueillir notamment des courses d’aviron, dans le cadre de la Semaine des sports nationaux, qui se déroulera en Papouasie en 2021. Ces infrastructures incluent des routes et divers bâtiments en béton. Or, ces travaux ont inévitablement provoqué la destruction de l’habitat, des moyens de subsistance et des modes de socialisation des populations locales. Celles-ci font aussi face à une diminution drastique à la fois du nombre de coquillages et de la possibilité d’y accéder, à cause de la pollution des eaux.

Un modèle de développement inadapté

Ce projet, que les habitant.es d’Injors et des villages voisins dénoncent depuis son commencement, semble être le fruit d’un décalage entre la réalité des territoires et les volontés politiques. Le modèle de développement, calqué sur le modèle occidental, finit par provoquer l’inverse de l’effet escompté. Au lieu d’aider les populations locales à mieux vivre, la construction d’un certain type d’infrastructures déséquilibre l’organisation sociale, politique et économique du territoire.

Nous pourrions également questionner une éventuelle volonté politique de mettre à mal des organisations qui pourraient ne pas convenir au pouvoir central, en plus d’une méconnaissance profonde des dynamiques locales. Car, en réalité, des solutions ont été proposées par les habitant.es elleux-mêmes.

Des solutions plus adaptées non prises en compte et une réaction tardive

La construction des bâtiments et des routes ayant commencé sans consulter les habitant.es, les pouvoirs politiques n’ont pas envisagé d’autres types de solutions pour respecter au mieux la nature, éviter de couper des arbres et ainsi préserver la forêt de mangroves. Selon l’avis de certaines habitantes, il aurait été possible de construire des infrastructures sur des pilotis ou des ponts en bois, en réduisant au maximum l’impact sur l’environnement.

Les consultations publiques n’ont débuté qu’en juillet 2020. Suite aux protestations, les travaux sont à présent suspendus, mais les dommages causés sont, eux, irréversibles.

Cette marche arrière tardive des autorités témoigne d’un enjeu très fréquent lorsque l’on évoque les questions environnementales. Si celles-ci sont de plus en plus mises en avant dans l’agenda politique, cela se traduit très rarement par une réelle prise en compte des enjeux. La priorité est donnée à un soi-disant développement économique, même lorsque dans les faits, les populations locales finissent par s’appauvrir.

Un problème général à inscrire dans un contexte de relations internationales

Si les autorités des gouvernements nationaux sont à l’origine de ce projet en particulier, il ne faut pas oublier que, bien souvent, ce type de projets de “développement” sont encouragés par des agences intergouvernementales ou des ONG occidentales. Ce qui semble à premier abord une bonne idée s’avère plus fréquemment être un échec en termes de réalisation.

Le cas de la “forêt des femmes” est le dernier d’une longue liste qui grandit de jour en jour, et qui n’est pas prête de s’arrêter. Les populations de nombreuses zones dans le monde, de l’Amazonie à l’Asie du Sud-Est en passant par l’Afrique équatorienne sont non seulement les premières à pâtir du réchauffement climatique mais sont également celles qui voient leur habitat détruit à une vitesse impressionnante par l’action directe d’autres êtres humains, que ce soit pour le soutien de projets de développement douteux ou pour permettre aux populations des pays occidentaux de consommer toujours plus à moindre frais.

Pablo Barrile.

Femmes en Papouasie. Photo : CruisingIndonesia

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