Pour Albert Camus, la Culture doit être mise au service de l’Homme

« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude ». Voilà comment Albert Camus décrivait le combat pour la culture dans un entretien accordé à la revue Caliban en 1951. Le mot « combat » n’est pas employé par hasard ici. Parce que la culture ne va pas de soi. Parce qu’elle s’adresse aux foules ainsi qu’à l’individu, comme une amie bruyante et solitaire. Parce qu’elle est aussi une arme faite de papier, de bruit ou de lumière qui s’offre à l’artiste sans lui appartenir jamais. Parce qu’ennemie de la servitude, enfin, elle est foncièrement alliée à l’incertitude. Par Sarah Khelifi et Vincent Marcelin

« L’art n’est pas tout pour moi »

C’est pendant l’enfance que Camus a ses premiers contacts avec les arts. Né en 1913 dans une famille très pauvre de Français d’Algérie, élevé par une mère sourde et analphabète, le jeune Albert découvre le pouvoir des mots grâce à son instituteur, Monsieur Germain, qui l’aidera à obtenir une bourse pour accéder au lycée. Camus se plonge alors dans l’univers comique et héroïque de l’hebdomadaire illustré L’Intrépide et les romans de cape et d’épée de Michel Zévaco, seule littérature populaire à laquelle il a accès. Plus tard la lecture du roman La Douleur d’André de Richaud puis l’œuvre de Grenier et André Gide serviront de déclic à sa vocation d’écrivain. Mais c’est surtout l’expérience de la lecture, le plaisir inouï de dévorer les livres sur la toile cirée du salon familial, qui le marquera à vie :

« CE QUE CONTENAIENT CES LIVRES AU FOND IMPORTAIT PEU. CE QUI IMPORTAIT ÉTAIT CE QU’ILS RESSENTAIENT D’ABORD EN ENTRANT DANS LA BIBLIOTHÈQUE, OÙ ILS NE VOYAIENT PAS LES MURS DE LIVRES NOIRS MAIS UN ESPACE ET DES HORIZONS MULTIPLES QUI, DÈS LE PAS DE LA PORTE, LES ENLEVAIENT À LA VIE ÉTROITE DU QUARTIER »

écrit Camus dans son roman autobiographique Le Premier Homme. Il raconte aussi les séances dans le cinéma de quartier, source d’émerveillement comme de honte quand il doit dire à haute voix les sous-titres des films muets pour sa grand-mère qui n’a jamais appris à lire. La culture est donc pour lui un moyen d’échapper à un quotidien difficile marqué par la pauvreté, l’absence de père et les brimades de sa grand-mère. Quant à sa mère Catherine Sintès, dont le seul loisir est de s’asseoir sur une chaise et d’observer les mouvements de la rue, Albert lui dédiera Le Premier Homme avec ces mots : « A toi qui ne pourra jamais lire ce livre ».

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