Jayro Bustamante : Donner à voir et à entendre le cinéma guatémaltèque

Dépourvu d’histoire cinématographique, le Guatemala fait partie des grands absents des prestigieux festivals de cinéma. Régulièrement censuré, le cinéma guatémaltèque peine à se doter d’une véritable identité. Le cinéaste Jayro Bustamante lève le voile sur les problématiques sociales, ethniques et économiques que traverse aujourd’hui son pays. Avec brio.

La figure de proue d’un cinéma naissant

Avec sa peau mate dont il affiche fièrement les origines Maya, Jayro Bustamante dessine de ses mains les scénarios et les péripéties du tournage. Car ce sont d’abord ses gestes qui nous frappent. Discrets mais présents, ils appuient une phrase, une anecdote, un mouvement inlassable de la pensée. Ses yeux presque noirs papillonnent régulièrement, puisant autour de lui la phrase clé qui éclairera notre compréhension, ou le mot qui lui permettra de caractériser son émotion. Sa voix est douce, marquée par cette rapidité d’énonciation caractéristique de l’espagnol. Avec humour et tendresse, son aisance orale sert ses paroles.

À 42 ans, Jayro Bustamante incarne la figure de proue d’un cinéma guatémaltèque naissant. Si de nombreux articles, interviews et podcasts soulignent son talent de réalisateur (il a notamment été récompensé en 2015 par le prix Alfred Bauer pour son premier film Ixcanul) et son engagement socio-politique, bien peu s’attardent sur l’écart entre la formation du cinéaste et les thématiques de ses réalisations. Jayro Bustamante suit une formation relativement classique au Conservatoire libre du cinéma français à Paris, puis au Centre expérimental de cinématographie de Rome. Pourtant, c’est en langue espagnole et en cakchiquel (langue Maya) que ses films sont tournés.  Les thématiques de ses trois films (Ixcanul, Tremblements et La Llorona) sont tous trois ancrés dans la culture guatémaltèque. L’ensemble trouve sa cohérence dans le fait que chaque film part d’une des trois insultes les plus courantes dans le pays: « indien », « homosexuel »  et « communiste ». Un parti pris esthétique qui illustre le lien unissant Jayro Bustamante et sa terre natale. Un lien indéfectible qui perdure malgré plusieurs années d’études en Europe et une reconnaissance internationale, avant d’être nationale, de sa production cinématographique.

Jayro Bustamante à la Berlinale, 2017.
   Photo : Wikimedia Commons.
 

Au Guatemala,  une diversité ethnique et culturelle précaire

Si cela paraît d’abord anecdotique, il illustre toutefois le retard criant du Guatemala et les disparités sociales, économiques et surtout culturelles qui y règnent. Un pays à la culture métissée, où la population indigène à majorité Maya représente 60 % de la population nationale, mais dont 56, 7 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Un pays où cette diversité ethnique et culturelle est non seulement mal acceptée mais cachée avec honte : « Au Guatemala, le métissage n’est pas vu comme une richesse, il faut tendre vers le blanc », explique Jayro Bustamante au journal Le Temps. À ces inégalités ethniques, souvent couplées à des inégalités économiques s’ajoutent de profondes inégalités d’accès à la culture. Dans un pays où 9 % seulement de la population a accès à une salle de cinéma, l’art est non seulement une ressource rare mais un luxe, auquel seule une petite minorité, riche et blanche, peut accéder. Le réalisateur l’évoque dans plusieurs interviews : au Guatemala le cinéma est un art quasi-inexistant, peu accessible et donc peu rentable. Le pays ne possédant pas d’histoire du cinéma, la formation cinématographique y est impossible. Ce manque de reconnaissance, universitaire et social, freine l’émergence de jeunes cinéastes.

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