« Mais que fait la police ? » A Paris, une première Marche des libertés réussie

Le 28 novembre 2020, la première Marche des libertés contre la proposition de loi relative à la sécurité globale avait lieu en France. La mobilisation a été particulièrement réussie à Paris où entre 46 000 et 200 000 personnes se sont réunies. Cela a aussi été l’occasion de dénoncer, plus largement, les violences policières, le racisme et la dérive autoritaire du régime macronien.

Et pour vos oreilles : vous préférez la version audio ? Fermez les yeux, on vous emmène à…

… Paris. Samedi 28 novembre, 14h00. Pour la Marche des libertés, la Place de la République était noire de monde. Entre 46 000 et 200 000 personnes ont répondu présentes à l’appel national de collectifs citoyens, d’associations, de syndicats et de partis politiques. Parmi eux, entre autres, la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International, ATTAC, Extinction Rebellion, Act’Up, le Comité Vérité et Justice pour Adama, Sud Solidaires, le Parti communiste français, la France insoumise ou encore Europe Ecologie Les Verts. Au total, du beau monde. Beaucoup de monde, en somme. Leur demande ? Le retrait de la proposition de loi relative à la sécurité globale, laquelle, si elle était acceptée, ferait passer la France au stade d’un Etat autoritaire.

La foule est compacte. Difficile donc de se frayer un chemin pour prendre des clichés. Il est tout de même possible de saisir quelques pancartes. « Mais que fait la police ? » Une manière de s’interroger, sans doute, sur les violences policières illégitimes. Notamment sur celles qui ont eu lieu lors de l’évacuation d’exilés de cette même Place de la République et au cours de l’interpellation de Michel Zecler, ce producteur de musique, noir.

Photo : 2M Creative Commons, Pas d’utilisation commerciale 4.0 International

Plusieurs dizaines de minutes passent. Et à 14h45, le cortège s’élance. Des espaces se créent. On peut s’y faufiler. Là, le cortège de la BRB. Comprendre : la Black Robe Brigade. Des avocats, en tenue, très remontés. Ils craquent une torche. Gare à ne pas trop s’approcher, ça brûle. Leur colère bouillante aussi.

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Plus loin, au dos d’un manifestant, une image qui vaut mille mots. Ou plutôt, les près de 9700 mots de la proposition de loi au centre des critiques. Une référence directe à ses articles 21, 22 et 24 qui permettront demain la généralisation des caméras-piétons et des drones de surveillance pour les forces de l’ordre et entraveront lourdement la réalisation et la diffusion d’images de policiers en opération. Les cortèges se distendent. La manifestation bat son plein. Au loin, on distingue de la musique. Elle attire, alors on s’y dirige. Une fois arrivé, on se retrouve au beau milieu d’une chanson d’Aya Nakamura, et d’une nuée de pancartes.

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Là, « Ça crève les yeux », en blanc sur noir ; un cruel rappel des 25 éborgnés par des tirs de Lanceurs de balles de défense ou par l’explosion de grenades de désencerclement au cours du mouvement des Gilets Jaunes.

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Ici, « La Haine » inscrit en large sur une pancarte, devant les yeux hargneux, de Vinz, joué par Vincent Cassel – La Haine, un film sorti en 1995 qui raconte le quotidien de trois jeunes d’un quartier populaire, déjà victimes de violences policières.

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Ailleurs, marqué à la peinture blanche sur une pancarte noire, là aussi : « Contrôle au faciès ». Cette pratique des forces de l’ordre dénoncée depuis plusieurs années qui consiste, volontairement ou non, à contrôler systématiquement les personnes racisées sans fondement. Une méthode critiquée dans un rapport du Défenseur des droits paru en 2017 qui indiquait que les personnes perçues comme arabes ou noires avaient 20 fois plus de chances de se faire contrôler que les autres populations. Il est bientôt 16h00.

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A quelques pas, sur une autre pancarte, une touche d’humour. Ou une touche d’amour, plutôt. On ne sait pas bien. L’entrejambe d’une femme, en pleine masturbation – mais le tout est moins cru qu’abstrait. Avec trois mots univoques cependant : « Du love bordel ». C’est signé « KBKB ». A côté, deux voitures brûlent. Le contraste est saisissant. Ça détonne. Ça étonne.  

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Mais la manifestation arrive Place de la Bastille. Changement d’ambiance. Aux prises avec plusieurs dizaines de black blocks, des Compagnies d’Intervention (CI). Et surtout, des policiers de la Brigade de répression de l’action violente motorisée, les BRAV-M – ces nouveaux voltigeurs. Dispersion. Un homme, civil, tombe à terre, inconscient. Des voltigeurs, sans doute pour l’interpeller, le traînent pour le tirer derrière la rangée de gendarmes. A peine celle-ci franchie, il se prend un violent coup de pied d’un membre des CI. Interpellation. Interrogation. Incompréhension. Presque 17h, on étouffe ici, sous le gaz lacrymogène.

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Alors direction un endroit plus calme. De l’autre côté de la Place de la Bastille. Environ une cinquantaine de jeunes sont assis en tailleur, pacifiquement, face à un mur d’hommes, de métal, de plastique et d’eau. En cas d’escalade des tensions, les CRS et leur canon à eau sont prêts. Mais pas de tensions ici. Ni sur la quasi-totalité de la place d’ailleurs. La plupart des milliers de manifestants sont restés calmes. A 19h, la place de la Bastille est évacuée. Le lundi qui suivit la manifestation, la République en marche annonçait une « réécriture complète de l’article 24 ». Pas de quoi refroidir les autres marcheurs, ceux des libertés. Acte II, samedi 5 décembre. Toujours pour le retrait total de la loi.

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Ryus Marjan

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