Sous le sapin : Nos suggestions de lecture

Il vous reste quelques achats de Noël à faire et/ou vous n’avez pas encore choisi le livre qui vous accompagnera au coin du feu pour combler ces fêtes de fin d’année ? Combat a sélectionné cinq pépites, spécialement pour vous !

Le Choix de Charlotte Meyer :

Manières d’être vivant, de Baptiste Morizot

Baptiste Morizot nous avait habitués à ses textes aussi justes que précieux. Mais son dernier livre est incontestablement un chef d’œuvre de beauté, d’intelligence et d’authenticité. C’est aussi et avant tout, un inclassable : à la fois ethnologie, philosophie, récit, réflexion, essai, et même poésie. Manières d’être vivant pose cette question essentielle : « comment imaginer une politique des interdépendances, qui allie la cohabitation avec des altérités, à la lutte contre ce qui détruit le tissu du vivant ? » A travers son expérience du terrain (l’auteur est particulièrement connu pour son pistage des loups) et des réflexions philosophiques, ce livre repense notre place dans ce « tissu du vivant. » Comment entretenir nos liens avec le reste du vivant ? Et ne pas dépolitiser ce lien ? Comment redéfinir notre regard, et surtout nos égards, avec ce qui nous entoure ? Comment prendre conscience de nos interdépendances ?  Et surtout, idée chère à l’auteur, comment devient-on « un diplomate » ? Baptiste Morizot fait partie des auteurs qui nous font grandir et nous ouvrent au monde, au vrai. Son livre est un œil grand ouvert que ce que nous avons désappris à voir. Comme l’écrit le romancier Alain Damasio en postface : « Morizot écrit des livres qui sont comme des lèvres : capables tout à la fois d’articuler et d’embrasser le monde. Et plus trivialement : de nous nourrir. »

Baptiste Morizot, Manières d’être vivant, Actes Sud, 2020, 336 p.

Le Choix de Zoé Maquaire :

L’art de la joie, de Goliarda Sapienza

L’art de la joie, c’est le roman d’une vie, une vie toute entière livrée dans sa complexité, ses incohérences, ses joies, ses passions et ses apprentissages. Cette vie, c’est celle de Modesta qui grandit dans la pauvre Sicile, au milieu de la misère et de la souffrance, qui survit au couvent, qui devient princesse mais apprend à devenir noble de cœur, puis qui devient mère, ensuite communiste, voire résistante, qui finit bouquiniste. Modesta qui se marie à un « mongolien » et aime une jeune fille, puis un vieil homme, puis le fils de cet homme, puis une femme, puis une deuxième femme ; Modesta qui se bat pour vivre, dans la violence et la joie, écoutant ses entrailles bien plus que la société. Une marginale sans tabou, certes, mais sublime, que l’on côtoie avec respect et déférence, avec amitié et admiration.  Et cette vie, elle se déploie en Sicile au cœur des bouleversements historiques du XXe siècle, au creux du mussolinisme, du nazisme, de la morale mise en branle et de la misère humaine. Modesta, femme libérée, désirée et désirante, femme puissante, digne, femme avisée. Avec elle, on réapprend ce qu’est la résistance, le féminisme, la parentalité, la psychanalyse, la passion et même l’amour. Goliarda « a tout mis dedans. Tout ce qu’elle avait à dire, elle l’a écrit », m’avait dit une amie, avec justesse. Et elle l’a écrit magnifiquement, dans un récit poignant tout en poésie, formulant avec beauté l’incroyable complexité de nos histoires et de nos passions. Lutter, certes, mais pour la joie, surtout.

Goliarda Sapienza, L’Art de la joie, Ed.Viviane Hamy, 2005, 636 p.

Le Choix de Léopold Meyer :

Corto Maltese tome 2 : Sous le signe du Capricorne, de Hugo Pratt

« Corto Maltese se reposait paresseusement sur l’unique véranda de la pension Java, à Paramaribo, Guyane Hollandaise. On voyait tout de suite que c’était un « homme du destin ». D’un geste mesuré, il alluma un de ces maigres cigares que l’on fume seulement au Brésil ou à la Nouvelle-Orléans. Il était en train de jouer pour un public invisible… »

Ainsi commence la première aventure de Corto Maltese dans les îles des Caraïbes, vers 1916. Si l’Amérique du sud semble être épargnée par la guerre, elle est foulée par des pirates, des espions allemands et britanniques bien décidés à profiter de la situation. Suivant les voyages de Corto, qui « n’a pas d’ennemis, mais s’occupe de ses affaires, c’est tout », de Paramaribo à Bahia, puis de Bahia à Saint Kitts en passant par le Sertão, on est charmé par les aventures des légendaires gentilshommes de fortune, romantiques chercheurs de trésors, et entraîné par des sorcières vaudou et des Cangaceiros rebelles, comme dans une fable. Trois ans après la sortie de la « Ballade de la mer salée », première aventure de Raspoutine et de Corto Maltese, qui n’en est pas encore le personnage principal, le génial Hugo Pratt, maître Italien de la BD, signe le recueil des six premières histoires de vingt pages du marin à l’air ironique, d’abord publiées dans le magazine français Pif Gadget.

« Lorsqu’un adulte entre dans le monde des fables, il ne peut plus en sortir. Le savais-tu ? » Bouche Dorée, Corto Maltese en Sibérie, 1979

Hugo Pratt, Sous le signe du Capricorne, Ed. Casterman, 2017, 140 p.

Le Choix de Nicolas Houguet :

Rivages de la colère, de Caroline Laurent

C’est rare, les livres qui enrichissent d’un point de vue, qui deviennent comme le souvenir d’un grand voyage, une révolte et une injustice qui deviennent un témoignage d’humanité. On connaît ici le sort d’un peuple oublié et privé de sa terre, sur l’archipel des Chagos au large de la Réunion. Marie Pierre Ladouceur a la vie bouleversée par la tempête de l’histoire. Les Anglais s’emparent de son ile et en chassent la population. Elle devient une déracinée. On ressent fort cette spoliation dans une écriture sensuelle, sensible et violente. Une écriture de la peau, déchirante et généreuse. Epidermique, intransigeante et viscérale, la mémoire retrouve ses mots et son urgence sous la plume, généreuse, intime, intègre et sincère de Caroline Laurent. Il est rare qu’un livre devienne un peu plus qu’un livre, le souffle d’âmes qui retrouvent leurs voix, d’une culture qui retrouve sa fierté. Un chef d’œuvre.

Caroline Laurent, Rivages de la colère, Rivages, 2020, 256 p.

Le Choix de Quentin Meyer :

La promesse de l’aube, de Romain Gary

Roman Kacew, qui a publié sous le nom de nom de Romain Gary, entre autres, Les racines du ciel et La vie devant soi, signe avec La promesse de l’aube une autobiographie qui dévoile l’aspect « caméléon » de l’écrivain. Bercé entre ses origines slaves et l’attirance pour la littérature française, balancé entre ses occupations intellectuelles et sa culture physique, le jeune Roman s’engage sur les divers chemins que sa mère lui trace au gré de ses humeurs : diplomate, écrivain, politicien, autant d’idéaux que Mina Kacew, ancienne actrice russe, découvre en lui au fil du temps. Misère et bourgeoisie, bien-être et violence, toutes ces contradictions se sont entremêlées au cours des années qui séparent le jeune Roman Kacew partant pour la patrie de cœur de sa mère et l’illustre et athlétique Romain Gary, romancier, aviateur, diplomate et ancien Résistant.

Romain Gary, La Promesse de l’aube, Gallimard, coll.Folio, 1973, 390 p.

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