Déconfiner l’Art en temps de catastrophes

Il y a deux mois, Sarah Khelifi et Vincent Marcelin vous proposaient un long panorama sur l’Art dans l’œil d’Albert Camus. Quelques semaines après la parution de ce numéro, la culture était  contrainte de se reconfiner. Cela suffit à vouloir approfondir encore le sujet.  Peut-être n’avions-nous pas tout dit. Lors de ce deuxième confinement, le mot de « culture » a entièrement disparu de la bouche de nos dirigeants, reléguée au rang  de l’accessoire. Or, il y a à peine soixante-deux ans de cela, Albert Camus racontait dans une interview de Viggiani à propos de sa lecture de La Douleur d’André de Richaud : « J’ai découvert qu’un enfant pauvre pouvait s’exprimer et se délivrer par l’Art. » Alors la culture, bien essentiel ?

10 décembre 1957, Stockholm. Albert Camus reçoit le prix Nobel de Littérature. Il prononce un célèbre discours qui ne cesse depuis de retentir dans les esprits et dans l’actualité, d’autant plus avec la crise sanitaire qui se répercute avec force sur les artistes. Il y expose sa vision de la tâche de l’écrivain dans les contextes les plus difficiles.

« L’art oblige l’artiste à ne pas s’isoler. »

 Entre librairies, cinémas, salles de concert et musées fermés, la culture elle aussi semble être tombée malade. Déjà gravement atteinte lors du premier confinement, cette deuxième vague semble être un coup de couteau dans une plaie qui n’était pourtant pas encore cicatrisée. Outre les difficultés économiques rencontrées par la sphère culturelle, les artistes sont aussi dans une crise de reconnaissance alors que, comme l’affirme Camus dès les premières minutes de son discours « tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu ». Le tableau sous sa toile, le livre refermé, la guitare désaccordée, le DVD rayé… Voilà ce à quoi pourrait ressembler le grenier de nos artistes et de ceux qui ne le seront jamais si la crise continue à les mettre à mal. Pour être célébré tel que Albert Camus l’a été, il faut que l’art, d’une manière ou d’une autre, puisse se diffuser. Car si l’isolement peut être très favorable à la création, notamment pour l’écrivain qui peut enfin se concentrer sur son œuvre, Camus insiste sur le fait que

  « L’art n’est pas à [ses] yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler. »

 Plus qu’un besoin de toucher les autres, l’art se nourrit d’eux, plus particulièrement de leurs souffrances, leurs échecs aussi, leurs combats surtout. L’écrivain, qui a toujours été très engagé, profite de ce discours pour rappeler que : « par définition, [l’art] ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou, sinon, le voici seul et privé de son art ». L’art ne doit donc pas servir les dirigeants, mais plutôt les oubliés de ceux-ci. Peut-être ces mots pourraient-ils inspirer nos artistes afin qu’ils utilisent cette crise pour se concentrer davantage sur les plus démunis face à cette dernière.

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