#Metooinceste une nouvelle vague qui déferle en France ?

Chaque week end, Combat décrypte le sujet que VOUS avez choisi en début de semaine. Cette fois-ci, vous avez sélectionné le sujet sur l’inceste en France.

« C’était mon grand-père« , « l’oncle cool de la famille« , « ça m’est arrivé quand j’avais 6 ans » : ce sont les débuts de certains des témoignages postés sur Twitter sous le nouveau hashtag #Metooinceste.

Tout comme le mouvement #Metoo a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux il y a trois ans, le bilan actuel de l’inceste en France a été porté par un hashtag, #Metooinceste, sous lequel quelque 80 000 tweets ont été postés. Des centaines de victimes relatent dans des messages poignants les viols, agressions sexuelles, subis pendant l’enfance à l’intérieur du cercle familial. Les premiers tweets ont été publiés samedi dernier par des membres du collectif féministe #NousToutes, à l’initiative notamment de Caroline de Haas et de Madeline Da Silva, militante des droits de la femme et de l’enfant, et par ailleurs adjointe au maire des Lilas (Seine-Saint-Denis).

Pour #Noustoutes, « ces témoignages confirment ce que les professionnels de la protection de l’enfance disent et répètent depuis de nombreuses années« . « Les personnes qui commettent le crime d’inceste  viennent de tous horizons, les adultes réagissent peu ou mal lorsque les victimes se confient à eux et les signaux envoyés par les victimes ne sont pas entendus« . Le mouvement estime que « nous avons l’opportunité de détecter très rapidement cette violence et de l’arrêter« , prônant notamment des « campagnes massives de prévention » et une meilleure formation des professionnels travaillant au contact des enfants.

Le hashtag #Metooinceste était à la deuxième place des tendances Twitter en France la semaine dernière. « Il s’agit de la plus grande vague de témoignages sur les violences sexuelles subies par les enfants qu’a connu notre pays. », a déclaré Nous Toutes sur Twitter.

Un sujet encore tabou en France

« J’avais 5 ans. En une soirée, le frère de ma mère m’a volé mon innocence (…) En une seconde, j’avais 100 ans.« 

« C‘était censé être des vacances, qui se sont rapidement transformées en cauchemar. »

« La première fois, j’avais 3 ans. J’avais peur. S’en s’est suivie une vie de traumatisme et d’amnésie pendant des années.« 

L’inceste reste un sujet profondément tabou dans la société française, même s’il est considéré comme un problème majeur en France.

Toutefois, « la voix des victimes se fait de plus en plus forte‘, a déclaré Patrick Loiseleur, le vice-président de Facing Incest , une organisation française qui a plaidé pour une meilleure reconnaissance de l’étendue du problème. La loi française définit l’inceste comme une relation sexuelle entre deux personnes liées dans une mesure où le mariage est interdit, y compris entre frères et sœurs ou entre beaux-parents et beaux-enfants. Mais cette dernière ne criminalise l’inceste qu’en cas d’abus sexuel, comme le viol ou une relation sexuelle entre un adulte et un mineur.

La vague de témoignages sur Twitter a déferlé à la suite du scandale entourant Olivier Duhamel, un éminent politologue, accusé par sa belle-fille, Camille Kouchner, d’avoir abusé de son frère jumeau, à partir de l’âge de 14 ans. L’abus serait considéré comme un inceste selon la loi française, même si le garçon était le beau-fils de M. Duhamel. Dans un livre publié il y a plus d’une dizaine de jours : La Familia Grande, Mme Kouchner relate comment M. Duhamel a abusé de son frère la nuit avant de se coucher pendant deux à trois ans. Elle écrit que son frère, qui lui a parlé des abus, lui avait demandé de garder « ce secret ». « La colère n’est pas venue tout de suite », écrit Mme Kouchner. « Le malentendu a persisté pendant longtemps, suivi du silence, pendant encore plus longtemps. » Les faits sont désormais prescrits mais ces révélations placent l’inceste au centre du débat public.

Affaire Duhamel. Camille Kouchner : "Il a fait un truc qui ...
Le livre de Camilla Kouchner paru en début d’année a ramené l’inceste au coeur du débat public. DR

Un Français sur 10 victime d’inceste

Une étude publiée en novembre par Facing Incest et le cabinet de sondage Ipsos a révélé qu’un Français sur 10 se dit victime d’inceste, une proportion qui a augmenté au fil du temps à mesure que de plus en plus de personnes se sont senties encouragées à se manifester. Selon le cabinet de sondage, la proportion était de 3% en 2009 et de 6% en 2015.

Des chiffres terrifiants sur lesquels s’appuie Charlotte Pudlowski, journaliste et créatrice de podcasts pour Louie Média. Elle a en effet signé une série de podcats intitulée Ou peut-être une nuit qui brise le silence sur l’inceste. Après avoir découvert les agressions répétées dont a été victime sa mère de la part de son père, la journaliste a décidé d’enquêter pour comprendre les fondements du silence qui entoure l’inceste. « Deux ou trois enfants par classe sont victimes d’inceste. Sept à 10 % de la population ont subi des viols intrafamiliaux dans l’enfance, et ces violences commencent en moyenne à l’âge de 9 ans. Quatre-vingt-dix-huit pour cent des agresseurs sont des hommes. » détaille-t-elle.

Quelles réactions sur la scène politique ?

Dans une série de tweets, le chef de l’Etat ouvre la voie à une évolution du droit relatif aux violences sexuelles et annonce des mesures à l’école. Macron aux victimes d’inceste : « On vous écoute et on vous croit« . D’autres personnalités ont également partagé leur soutien aux victimes.

Brigitte Macron, a déclaré dimanche dernier à TF1 : « il est absolument nécessaire que ces actions soient connues, et que ces actions ne soient pas réduites au silence. »

M. Loiseleur,  vice-président de l’association Face à l’inceste, assure que : «l’inceste est comme l’éléphant dans la pièce que personne ne veut voir», ajoutant : « C’est la forme de violence sexuelle la plus répandue et la moins évoquée. »

Le secrétaire d’État français à la Famille, Adrien Taquet, a détaillé que la question était prise au sérieux par le gouvernement du pays, au milieu d’appels à une application plus poussée de la loi.

Quant à Elisabeth Moreno, ministre déléguée de la France à l’Egalité, elle a précisé sur Twitter que « la violence sexiste et sexuelle est un fléau que nous devons combattre collectivement. Les victimes doivent être crues, écoutées et soutenues. »

Semblable au scandale autour de l’écrivain Gabriel Matzneff, les allégations contre M. Duhamel ont provoqué un émoi important au sein de l’establishment français. M. Duhamel était une figure de proue en tant que chef du conseil d’administration de la prestigieuse université de Sciences Po à Paris et président du « Siècle », un club social d’élite de la capitale. Les soupçons se sont accrus au cours des deux dernières semaines quant à savoir qui aurait pu connaître les accusations et est resté silencieux.

Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po, qui selon le journal Le Monde était au courant des allégations depuis 2018, est sous la pression de ses étudiants pour qu’ils démissionnent. Élisabeth Guigou, ancienne ministre de la Justice et amie proche de M. Duhamel, a démissionné de la tête d’un comité sur les violences sexuelles contre les enfants, mais elle a déclaré qu’elle n’était pas au courant des abus allégués.

M. Loiseleur a formulé que l’inceste devait être identifié « comme un problème de santé publique nécessitant des ressources importante ». Son organisation appelle depuis longtemps les autorités à faire de l’inceste un crime spécifique, sans délai de prescription.

Vers une amélioration de la loi ?

La France a récemment prolongé le délai de prescription pour le viol contre un mineur à 30 ans, contre 20 ans, et deux projets de loi qui créeraient un âge de consentement pour les relations sexuelles avec un mineur seront bientôt présentés pour examen au Parlement. Les lois françaises interdisent les relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans, mais elles ne sont pas automatiquement considérées comme un viol. D’autres circonstances, telles que le recours à la coercition, aux menaces ou à la violence, sont nécessaires pour qualifier ces relations sexuelles de viol.

Alexandra Louis, une députée française, a expliqué qu’elle travaillait sur un projet de loi qui criminaliserait efficacement l’inceste et renforcerait la criminalisation des relations sexuelles entre un adulte et un mineur de moins de 15 ans. Dans de nombreux cas à l’heure actuelle, a-t-elle ajouté, « l’inceste n’a pas de conséquences réelles en termes de sanction pénale. »


Témoignage anonyme

(Certaines phrases de ce témoignage peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes. Nous les avons gardées par respect pour son auteure.)

Quand j’étais petite, je n’étais pas grande
J’ai 48 ans, née en 1972 et je suis la maman d’une petite fille de 4 ans.  Depuis janvier 2020, je suis en arrêt maladie  suite à un Burn out.
J’ai été victime, dans mon enfance, d’inceste (fellations et attouchements sexuels) , de la part d’un oncle maternel de 8 ans mon aîné, mais aussi d’un grand cousin (une fois, fellation). Je ne peux encore fixer mon âge, je pense que j’avais 7 ou 8 ans.
Ce dont je me souviens, bien ancrée dans ma mémoire, ce sont ces visites dominicales chez mes grand-parents maternels et quelquefois chez la tante de ma maman où les faits se sont déroulés.
Je ressasse inlassablement les images, les scènes.
Un après-midi dans la chambre de mon oncle agresseur, il nous faisait jouer à cache- cache, mon frère allongé sur le côté gauche, caché, et lui allongé sur le côté droit et moi la bouche dans son sexe, grand, dur.
Une autre fois, ma grand-mère ouvrant la porte de la chambre de son fils et me découvrant par terre à côté de lui, les collants en laine abaissés, me hurlant dessus et me faisant sortir de la chambre. Je ne mis plus les pieds dans cette chambre.
Chez mon grand cousin, dans son lit avec son sexe dans la bouche, un dimanche après-midi.
J’ai le souvenir d’une enfant triste et je n’aimais pas l’école, les autres, j’étais timide, pas à ma place, je m’évadais dans les livres. 
Arriva l’adolescence et tout a basculé, un conflit permanent avec ma maman. J’ai tout gâché. Je n’ai pas passé mon BEPC, je suis partie à la fête foraine. J’ai été dirigée en BEP communication administrative et secrétariat. J’ai fait un an et demi et j’ai tout laissé tombé, je n’étais pas bien.
Rebelle, en grande détresse j’essayai d’attirer l’attention dans l’extrême, borderline. J’ai fait un coma éthylique, des scarifications, des tentatives de suicides. Je ne me supportais plus je voulais mourir tout était noir dans ma vie et je ne savais pas pourquoi.
A 18 ans, je suis partie en maison de repos, les traitements ont commencé, antidépresseurs et anxiolytiques. Cela fait trente ans que je suis sous traitements et thérapies à présent.
A l’âge de 24 ans, un déclic, la naissance de mon premier neveu, et la peur pour lui. Un mal-être profond. Mon compagnon de l’époque m’a fait parler en me disant « ce n’est pas possible, il a dû t’arriver quelque chose petite ». Et je lui ai parlé de la fellation de mon oncle et lui m’a expliqué que ce n’était pas normal et m’a emmené le dire à mes parents.
Ils ont été surpris, mais n’ont rien fait pour m’aider. Ma mère légitimant le fait que son frère se préoccupait beaucoup de moi quand j’ai fait mes tentatives de suicides, ma déchéance.
Il s’inquiétait pour lui le pervers.
Je n’ai été soutenue ni par mes parents, ni par mon père, ni par mon frère. Ils ont continué à le voir quelques années. C’est fini à présent je pense.
Lui a eu deux enfants dont son fils qui ne va pas bien du tout.
Voilà, je vis avec, je ne m’aime pas. Ma fille m’apporte la stabilité et la force. Même si je suis victime personne n’est venu à mon secours, pire quand j’en ai parlé. Je fais semblant avec mes parents et je n’en parle plus.
Un pardon aurait été bienvenu. Je n’ai pas porté plainte. Je pense que ma famille savait et il faut que j’oublie comme m’a dit mon père il y a peu.
J’aurais voulu en écrire plus, c’est déjà très intense pour moi de mettre des mots.
Une chose est sûre, je verrais si quelque chose arrivait à ma fille et si elle venait me dire tout ça, croyez-moi que son père ou moi réagirait. C’est une honte un crime contre l’humanité.
Solène Robin

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