La maladie des urnes : les made in 2020 pour pousser les minorités à voter

Les dernières élections américaines ont été le théâtre d’une cadence électorale inédite. Au coeur des enjeux à l’origine d’une incitation au vote plus prégnante que jamais, le mouvement Black Lives Matter, la crise du Covid-19 ou encore un engagement sans précédent de tous les pans de la sphère publique.

Le système de vote aux États Unis : un éloignement des citoyens de la politique …  ? 

Dans la démocratie la plus puissante du monde, le citoyen ne vote pas pour son président, mais pour un grand Électeur,. Celui-ci élira ensuite le candidat qu’il soutient. 538 grands électeurs sont répartis entre les 51 États du pays. Le candidat qui arrive en tête dans un état remporte automatiquement l’ensemble des grands électeurs selon le système du « winner-takes-all​ ​. »

C’est de cette manière-là que Donald Trump a été élu en 2016 en remportant plus de 270 grands électeurs (soit la majorité et donc le nombre de grands électeurs nécessaire pour emporter l’élection). Pourtant, son élection avait fait polémique auprès de l’opinion publique mondiale, qui remis en cause la légitimité du résultat qui selon eux n’était pas populaire.

Se déplacer aux urnes est donc essentiel. Seulement, voilà une trentaine d’années que l’abstention ne fait que grimper, manifestant une baisse d’investissement dans le processus de vote de la part des Américains. Cette abstention, particulièrement présente chez les minorités, aurait joué un rôle positif envers D. Trump lors du mardi 8 novembre 2016. 

 … Ou un choix affirmé d’exclure une minorité au vote conséquent ?  

Mais doit-on résumer cette abstention des minorités à un simple désintérêt de la politique ? Dans le cadre d’une élection où la participation des Afro-américains, dont la mobilisation a su montrer son ampleur lors des mouvements Black Lives Matter, pourrait faire la différence, il faut voir plus loin affirment les spécialistes. Ainsi, le New York Times a publié une série de vidéos nommée Stressed Elections, démontrant comment plus que jamais le vote des minorités chercherait à être bâillonné par des politiques se rapprochant de plus en plus des lois Jim Crow. 

Depuis le Voting Right Act de 1965 donnant le droit de vote aux populations afro-américaines dans le sud des États Unis, les États ayant eu une histoire politique anti raciale étaient sous le joug de la “prequerance, section 5”. Ce principe législatif pose un impératif à ces États du Sud : ils sont sous surveillance afin de ne pas faire passer de lois pouvant porter atteinte au droit de vote des personnes de couleur sans la permission du gouvernement fédéral. Ces lois permirent d’augmenter la participation aux élections et eurent un effet immédiat sur le monde politique des États en question, en faveur des causes des Afro-américains. On vit alors à quel point le vote afro-américain constituait une pièce maîtresse de la politique américaine. 

Seulement, et c’est ce point qui inquiète encore aujourd’hui les Démocrates, en 2013 la Cour Suprême supprima cette loi : cela ouvrit la voie à la mise en place de lois répressives envers les communautés de couleurs. Dans la vidéo, ”How​ Could Voter Suppression Affect the Presidential Election? Look at Georgia”,​The New York Times énonce des dispositions pri-ses lors des élections des gouverneurs de Géorgie en 2018 allant contre le vote de couleur. On pourrait citer l’obligation du “100% match​” entre son identité et le nom ins-crit dans les bureaux de vote. Cela discrimine les noms des personnes de couleur inscrits négligemment par l’administration républicaine dans les bureaux de vote, avec des fautes d’orthographe ne permettant pas un 100​ % match​, tandis que les noms des blancs sont « plus simples à retranscrire » et donc moins susceptibles de faute d’inscription. Résultats : sur 53 000 refus d’inscription sur les listes électorales, 70% étaient des Afro-américains. Il y a également des fermetures de 7 des 9 bureaux de vote d’un comté composé à 60% de personnes de couleurs, nécessitant donc pour ces personnes un déplacement coûteux et long – d’autant plus que les files d’attente s’allongent en conséquences de cette rarification.

Voter par correspondance, une solution pour les élections ?

C’est dans ces mesures là que devait se passer l’élection de 2020. Seulement, les États Unis n’échappent pas à la Covid-19 et ses conséquences : les déplacements deviennent beaucoup plus limités et évités afin d’éviter une contagion. À cela s’ajoute la disparité des bureaux de vote, beaucoup moins nombreux (fermées par précautions sanitaires, des écoles et églises abritent généralement des bureaux de votes). Les bureaux sont donc en plus loin d’un domicile, et inatteignables si l’on se s’organise et ne se motive pas en conséquence. 

Dans ce contexte, une solution fut proposée : voter par correspondance. Mais cela ne semble en réalité qu’ériger une nouvelle contrainte au vote citoyen.  Les minorités tout d’abord, par manque de protection du prequerance, section 5 subissent les conséquences de politiques discriminatoires : moins inscrits sur les listes électorales du fait du 100% match, on leur distribue moins de bulletins de vote. Et lorsque ceux-ci veulent se déplacer, malgré le risque sanitaire, l’ampleur des déplacés et la fermeture massive d’endroits où voter les regroupent dans des lieux où l’attente est sans fin. Ainsi, une étude du doctorant Jonathan Rodden démontre que dans un bureau de vote en Géorgie où la communauté afro-américaine se déplace à 90%, son temps d’attente est de 51 minutes, contre 6 minutes dans un bureau de vote du même État où l’on décompte 90% de blancs. Le même phénomène n’est pas endémique du Sud, et se reproduit au Wisconsin, en Pennsylvanie ou dans l’Ohio, des États clés de cette élection. Pour Astead W. Herdnon, journaliste politique au New Yok Times,

“Etre​ noir aux États Unis en 2020, c’est exercer son droit démocratique avec beaucoup plus de difficulté que si l’on est blanc”​. 

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