Zoé Maquaire, pour la beauté calme et révoltée

Vous les lisez chaque semaine, parfois vous entendez leur voix ou entrevoyez un visage. Leurs plumes vous décryptent l’Information, celle d’aujourd’hui, d’hier et parfois de demain… Mais qui sont ces créatures étranges qui peuplent la rédaction de Combat, à la verve parfois piquante, souvent engagée, et volontiers rêveuse ? On vous dit tout ou presque dans cette rubrique !

Au sein des premières phrases qui m’ont été dites à propos de Zoé Maquaire, il y a celle-ci : « Zoé sait voir la beauté partout. Elle est capable de rallumer beaucoup de choses. » Dans un monde où l’on s’habitue davantage aux choses qui s’éteignent (les arbres que l’on abat, les droits de l’homme qu’on glisse sous le tapis, les étoiles que voile la luminosité artificielle, les sourires disparus derrière les masques…), penser que des personnes encore sont capables d’aider à les rallumer met en joie.

Zoé achève cette année de boucler en Sorbonne un Master en littératures françaises, pour lequel elle s’intéresse particulièrement au motif de la danse dans l’œuvre de Giono. Bientôt, elle devrait s’engager, au Canada, dans une formation professionnelle en photographie. Son attrait pour cet art s’explique peut-être par les multiples pauses dans le temps qu’il permet ; en effet, Zoé n’apprécie guère, selon ses propres mots, « notre société qui mange le temps », qui « tourbillonne beaucoup ». Elle se déclare même « partisane du temps retrouvé », un temps ouvrant la possibilité d’une vie calme, échappée de l’épuisement frénétique du système libéral.

« Politiquons calmement ! »

Il n’y a rien d’apathique dans le calme que recherche Zoé. Ce n’est pas non plus l’expression d’une inclination ermitale. C’est encore moins antinomique de la profusion du jeune âge et de son regard vers l’avenir. Pour les personnes qui ont eu autour de vingt ans en 2020, qui ont affronté aussi cette rupture fortement ressentie par Zoé entre ce qui est espéré du monde et ce qu’il nous fracasse à la figure – enfermement double dans la sphère privée et dans l’omniprésence étouffante des enjeux publics choisis par les journaux télévisés (sanitaires et autres), égarements et confusions d’un grand nombre de médias à propos de la liberté et de l’écologie trop aisément sacrifiées sur l’autel de la sainte économie –, pour nous ce calme est une réclamation totale, une recherche de paix (sociale) et d’harmonie (écologique). Il s’agit même de pouvoir, quand il le faut, être calme et politique à la fois. Zoé s’exclame ainsi : « politiquons calmement ! »

Plutôt chroniqueuse que journaliste de terrain, Zoé n’en est pas moins proche des enjeux de notre temps et de la manière dont nous les traversons quotidiennement. Le confinement de mars à mai 2020 a excité son envie d’écrire et son intérêt politique ; ainsi, elle a augmenté sa conscience de la nécessité de partager avec les autres le regard que l’on pose sur le monde. C’est pourquoi elle est entrée dans l’aventure de Combat. Zoé n’a donc pas d’abord été attirée par le métier de journaliste mais précisément par un élément essentiel du rôle du journalisme en société. Ce pas qu’elle a fait – qui lui vaut aujourd’hui ce portrait – est ainsi porté par une forme de motivation pure. Son engagement dans notre rédaction témoigne en quelque sorte d’une réponse à cet aphorisme formulé par René Char dans les « Feuillets d’Hypnos » :

            Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse.
            Oblige-toi à tournoyer.

Halte-là ! Zoé ne désespère-t-elle pas de cette société qui « tourbillonne beaucoup » ? Mais le tourbillon est perdu, désordonné, proche de la noyade. Le tournoiement est errances, détours, sinuosités – mouvement de vie. Zoé est une chercheuse de la beauté et dans sa recherche elle est danseuse ; danseuse de folk, de cette danse de bals informels, de groupes qui se découvrent et s’allient, de cette improvisation en couple dont elle aime à la fois la liberté et la fondation sur des pas de danse canoniques – tradition en même temps poursuivie et renouvelée, vivifiée. Mouvement euphorique de la continuité de la vie et de la création. Et cette femme qui « rallume » de s’intéresser à l’art-thérapie par la danse dans le but d’aider des personnes en difficulté, malades, âgées, handicapées, en réinsertion sociale, pour « faire du bien par le mouvement », dit-elle.

Et par là-même, faire du beau. Zoé trouve dans Giono la danse comme un « mouvement d’humain pour atteindre le cosmos » : dimension de calme et d’harmonie – ouverture au bon et à la beauté. Ainsi veut-elle et peut-elle offrir du bonheur aux autres ou les accompagner dans l’expérience heureuse, sans rien renier d’une simplicité qui trouve son évidence dans cette beauté du monde et des êtres humains. Altruiste, certes. Mais au-delà de ce qui relève sans médiation du rapport social, Zoé présente une forme de pureté – de l’âme, diraient certains – dont les manifestations sans équivoque participent, qu’elle le sache ou non, de l’accomplissement de la beauté dans le monde. Est-ce à dire qu’elle est un bel être à fréquenter pour sa douce ingénuité ? Quelle erreur grave ce serait ! Et quel oubli – quand on peut rappeler que c’est la beauté justement qui mène aussi bien un Baudelaire qu’un Camus à la révolte !

De l’art au cœur du média

À peine est-elle débarquée à Combat que Zoé écrit pour (nous) apprendre à ne pas « détourner les yeux ». Elle écrit pour dénoncer les hypocrisies quotidiennes et difficiles face aux handicaps, devant les paralysies, les manques et les douleurs que nous peinons à débarrasser des catégories et des réactions mal normées. Elle écrit pour refuser que la médecine continue à « oublier l’humain ». Elle écrit pour relayer, après Atwood, en même temps la critique des extrémismes religieux et le rappel des possibles dérives de certains féminismes. Elle explore « le lieu même de l’extrémisme » qu’est le réseau social. Dans le numéro 3 de Combat (mars 2021), elle offre un appel – aux consonnances camusiennes – à la mesure humaine pour ne pas persévérer dans la folie écologique et sociale de notre temps. Et avec sa volonté de partager ses réflexions sur le monde qui nous entoure et dont nous faisons partie, elle propose une autre forme de contenu médiatique, moins réflexive, plus contemplatrice, qui rééquilibre le rapport au monde qu’elle propose à ses camarades et à notre lectorat – et qui participe d’un compliment extraordinaire sorti tout droit du cœur de notre rédactrice en chef : « même son journalisme c’est de l’art ».

Zoé, exploratrice et re-découvreuse du « Secret des choses », jeune mage de l’émerveillement par la sensibilité et par l’imagination, conte ainsi au fil de son podcast la pluie, le sapin, les oiseaux, la robe, etc. où les détours sonores, culturels, poétiques, s’assemblent pour bâtir un moment de ré-enchantement. Ailleurs, aussi bien à propos de Giono dont elle est spécialiste qu’au sein d’une fiction, elle rappelle le calme, la simplicité et la vie dans l’action essentielle de faire du pain. Et la magie de l’art dans sa plus simple expression. Certainement, à parler de pureté, on flirte avec des éléments vaguement spirituels. Mais il n’y a pas lieu, dans ce portrait, d’en décliner les modulations philosophiques ; seulement de rappeler la précieuse sensation du monde dont est dotée cette personne humaine – Zoé – ouverte aux mouvements de vie et de beauté qui relient toute chose au sein du monde dont nous sommes – et dont nous devons apprendre, sans trop nous l’approprier ni le réduire aux limites de notre raison, calmes et révoltés, à partager la beauté.

            « Vous mettez une idée devant vos yeux
            Et vous ne voyez plus votre vie mais l’idée
            Seul est devin l’aveugle qui lit dans la nuit blanche
            Il y voit nos fumées volant comme des oiseaux… »

                        Les Bacchantes, Euripide

Vous pouvez retrouver les articles de Zoé Maquaire ici.

Konogan Lejean

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