Le Service civique, une recherche de sens pour la génération « covid » ?

Le contexte sanitaire a largement réduit les possibilités d’emploi des jeunes diplômés. Face à cette situation, le service civique peut apparaître comme une alternative essentielle.

« C’est dur d’avoir vingt ans en 2020 » : le Service civique une alternative à la résignation qui nous (dés)anime ?

Comme beaucoup de jeunes diplômés cette année, même avec un master, je n’ai pas trouvé d’emploi à la sortie de mes études. Le Service civique m’a permis d’ouvrir une perspective alors que la pandémie nous avait empêchés de prendre notre envol, nos ailes étaient clouées au sol. Mes recherches d’emplois restaient infructueuses, les rares entretiens qui m’étaient accordés ne me proposaient que des stages, de plus, il aurait fallu que j’achète une convention privée. Au-delà des aspects financiers, cela me posait un dilemme éthique et je voulais trouver un engagement qui ait du sens.

« Le Service civique a refait vivre du commun en moi. »

Ces long mois de recherche ont été synonymes de désillusion, l’investissement que nous avions mis dans nos études et tous les sacrifices que nous avions faits, se retrouvaient bien peu récompensés.

J’avais moins de 25 ans, je ne pouvais plus avoir de convention de stage, pas le droit au RSA, plus le droit aux bourses du Crous. J’étais livré à moi-même à envoyer des centaines de candidatures qui restaient lettres mortes. J’étais désœuvré et la perte de liens sociaux est rapide quand on a plus de statut. Bien étroits sont les quatre murs d’un studio quand après cinq ou six ans passés dans une bibliothèque, nous rêvions de liberté et d’autonomie. Encore faut-il avoir un toit pour se sentir à l’étroit, beaucoup n’ont pas cette chance. Comme beaucoup de jeunes de ma génération « covid », à la précarité matérielle, s’est ajoutée une perte de lien social et une perte de sens. Les crises se succèdent et se ressemblent, d’autres sont à venir et en attendant ce nouveau monde qui tarde à venir, je peinais à travailler avec les monstres qui surgissent.

Le manque de lien social est dramatique, dans une période où l’on se construit aussi avec les autres, où la socialisation dans les groupes d’amis, de pairs, comme une famille choisie, crée l’identité individuelle mais également fait naître les engagements. Le Service civique a refait vivre du commun en moi et m’a permis d’échapper à la vague de dépression qui se déverse aujourd’hui notamment sur toute ma génération.

« Il est illusoire de penser que le virtuel fera avancer notre société. »

Il est illusoire de penser que l’on ne s’engage que seul et grâce aux réseaux sociaux. Il est illusoire de penser que le virtuel, seul, non pas comme un outil, mais comme une fin, fera avancer notre société. Enfin, il est illusoire de penser que les réseaux sociaux peuvent se substituer aux rapports humains alors qu’ils n’en sont que le corollaire. On ne s’engage pas seul devant son compte Instagram, on se conseille, on vit nos engagements ensemble. Ils ne sont qu’ersatz de vie sociale. Pour nos engagements, nous avons besoin de nous voir, de nous parler, de nous toucher, de refaire le monde et de nous enflammer ensemble.

Le Service civique qui était un étrier pour l’insertion sociale devient une réponse au sous-emploi de la jeunesse tout en étant nécessaire, aujourd’hui, en l’absence d’alternatives. Il vient soutenir des associations qui souffrent, elles aussi, d’un sous-investissement, qui se meurent dans le silence de la crise alors qu’elles sont le dernier filet de sécurité contre la précarité. L’État social est en déliquescence, les associations tiennent à bout de bras la paix sociale et ont dans leurs mains le peu d’espoir qu’il reste à la jeunesse. Le Service civique nous forme, nous écoute, nous accompagne, on nous donne du temps alors que plus personne n’en a. Il n’en reste pas moins un engagement de 35 heures par semaine payé 580 euros par mois.

Que veut la jeunesse ? Une vie solidaire, sincère et pleine. Elle veut de l’espoir, de l’épanouissement individuel mais également du mieux vivre ensemble. Elle rêve de plus de tolérance, de plus d’égalité mais à la différence des générations précédentes, elle se bat aussi pour ne pas perdre pied dans un système qui s’effondre. Notre jeunesse se bat pour la conservation du vivant et contre la dépouille de l’Etat-providence. Pour beaucoup, la résignation et le pessimisme déconstruiraient aisément le stéréotype de l’idéalisme comme maladie infantile de la jeunesse et de l’engagement coûte que coûte. Cependant, la jeunesse a de l’ambition devant l’immensité des chantiers qui l’attende et le Service civique permet d’impulser une nouvelle dynamique.

« Non, je ne vous propose pas un rêve décevant : je ne vous propose pas non plus un rêve affaiblissant. Que nul de vous ne croit que dans la période encore difficile et incertaine qui précèdera l’accord définitif des nations, nous voulons remettre au hasard de nos espérances la moindre parcelle de la sécurité, de la dignité, de la fierté de la France ».

Jean Jaurès, discours à la jeunesse à Albi en 1903.

Hugo Plassais

Sem van der Wal / AFP

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