“Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative”

Chaque week-end, Combat décrypte le sujet que VOUS avez choisi en début de semaine. Cette fois-ci, vous avez choisi celui sur les Soulèvements de la Terre.

Note : Combat soutient le projet des Soulèvements de la Terre. Cet article sert également d’introduction à une vague de reportages à découvrir sur notre site tout au long du printemps.  

Dans notre vie de tous les jours, on a tôt fait de se laisser absorber par nos préoccupations personnelles : emploi, entourage, angoisses… en laissant de côté l’avenir de l’environnement. Après tout, à nous seul·e, qu’est-ce qu’on pourrait bien y changer ? Comme on vous le dit souvent chez Combat, ce n’est pas l’eau du robinet que vous laissez couler en vous brossant les dents qui a déclenché le réchauffement climatique. A part si vous êtes haut placé·e chez Vinci et consorts, il y a fort à parier que ce n’est pas votre faute si le béton est le deuxième produit le plus consommé après l’eau.

Un mouvement d’une ampleur nationale

Mais c’est justement pour taper où ça fait mal et tenter d’impulser un réel changement auprès des puissants de ce monde que le collectif des Soulèvements de la Terre est né.

Derrière cette initiative, il n’y a pas qu’une petite poignée de personnes, mais un grand nombre : ce sont des jeunes soucieux·ses de leur avenir, des paysan·nes qui ont à coeur leur métier si important, des habitant·e·s en lutte pour le bien de leur territoire, mais aussi nous, vous, tout le monde. Contre le système capitaliste qui nous écrase et cherche à nous faire taire, il faut rassembler nos forces et faire front, tous·tes ensemble. L’initiative est née à Notre-Dame-des-Landes, mais les enjeux dépassent largement cet endroit.

Comme le stipule leur site Internet, “la catastrophe écologique n’est pas à venir, elle est déjà là”, et c’est à nous qu’il incombe de sauver ce qui peut encore l’être. Partout en France, des initiatives fleurissent donc pour lutter contre la bétonisation, le monopole des industries copieusement polluantes et l’industrie agro-alimentaire qui s’accapare toutes les terres cultivables. Leurs principaux moyens d’action ? Occuper les terres pour se les réapproprier, bloquer les industries du béton, des pesticides et des engrais de synthèse, et attirer l’attention des institutions en charge de la répartition des terres pour récupérer un pouvoir de décision. Littéralement, reprendre du terrain.

Concrètement, qu’est-ce que c’est ?

Du 27 mars au 29 juin, la Saison 1 des Soulèvements propose « d’occuper les terres » là où de grands projets prévoient de privatiser, voire bétoniser des espaces.

Le programme s’étend partout en France. A Besançon tout d’abord, pour défendre les Vaîtes, 34 hectares de jardins populaires, de terres maraîchères cultivées de longue date, des espaces boisés… bref, un écosystème menacé par un projet d’écoquartier porté par la ville. Puis à Rennes, dont le stade cherche à s’étendre sur les terres agricoles historiques de la Prévalaye ; à Le Pertuis, en Haute-Loire, où les travaux de la déviation de la RN88 exproprie des terres paysannes ; ou encore à Saint Colomban où cherchent à s’étendre des carrières de sable Lafarge et GDM, et en Île de France où les projets du Grand Paris.

L’Appel continue de recevoir des soutiens partout en France, de l’écrivain Alain Damasio au dessinateur Alessandro Pignocchi, en passant par le philosophe Baptiste Morizot, des coopératives du monde paysan et de la forêt ou encore un certain nombre de fermes.

Dessin d’Alessandro Pignocchi en soutien aux Soulèvements de la Terre

“Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative”

Peu abordé dans les médias, l’artificialisation des sols ne cesse de gagner du terrain. En 2018, l’Observatoire national de la Biodiversité estimait que la France avait perdu l’équivalent du département de Seine-et-Marne en surfaces agricoles et espaces naturels en l’espace de dix ans, soit 590 000 hectares. Dans son dernier rapport, l’IPBES (la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) indiquait qu’en 2014, moins de 25% des sols à la surface de la Terre avaient échappé à l’impact des activités humaines. Déjà à l’époque, les experts appelaient les gouvernements à «combattre la détérioration de la terre le plus rapidement possible. Avec des impacts négatifs sur le bien-être d’au moins 3,2 milliards de personnes la dégradation des sols en raison des activités humaines pousse la planète vers une sixième extinction de masse. » C’est notamment ce que cherchent à éviter les zadistes du Carnet qui depuis septembre 2020 défensent des espaces naturels voués à être bétonnés à une quarantaine de kilomètres de Nantes.

Surtout, ces événements ne tombent pas n’importe quand. Les Soulèvements de la Terre, c’est aussi un appel démocratique à reprendre la parole et le pouvoir écologiste alors même que l’Assemblée Nationale s’apprête à voter une Loi Climat vidée de sa substance.

Suite à cette première vague que nous allons suivre de très près avec la rédaction, iels en annoncent d’ores et déjà une deuxième : au mois de septembre, une marche populaire se terminera devant les portes du Ministère de l’agriculture. Elle sera suivie d’autres actions, notamment à l’encontre des institutions qui laissent agir les industriels en toute impunité, et à celle de l’industrie des pesticides. Laissons leur le mot de la fin : “Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative. ”

Pour lire l’Appel des Soulèvements de la Terre et avoir accès au programme, c’est par ici.

© Politis

Marion Muller

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