Detroit, une ville de fantômes et de fleurs

L’urbanisation toujours croissante de notre monde enferme plus de la moitié des hommes dans leur bulle grise. Dans ce monde scindé en deux, entre la verdure et le béton, est-il possible d’imaginer un futur hybride dans une ville qui pourrait nous nourrir et répondre à ce qui sont, finalement, nos besoins les plus élémentaires ?

Sur une chaise, dans le métro, sur son balcon, l’homme moderne ne voit pas grand-chose de la croissance du haricot qui arrive dans son assiette. Loin, bien loin des villes ce dernier a-t-il pourtant entrepris de grandir. Bien sage dans son plat en sauce, il a tout de même vu le champ ou la serre, a pris l’avion, et peut-être même a-t-il connu le camion. Absurde cette entrée en matière, n’est-ce pas ? Je suis bien d’accord : n’y a-t-il donc pas une agriculture qui fasse sens, même au cœur de nos villes ? 

Détroit : portrait d’une ville fantôme  

A Detroit, la question a été posée, et de force. 

A l’apogée de sa gloire dans les années 1930 suite à l’industrialisation fulgurante dans le domaine automobile, Detroit multiplie par six sa population. Une ville pleine de richesses, bassin d’emploi, en plein essor. Et pourtant, en 1950, débute le drame. La délocalisation des industries provoque la fatale désindustrialisation d’une ville presque créée de toutes pièces pour répondre au besoin de son activité majeure. Le marché de l’emploi s’effondre. Le chômage monte en flèche, les habitants vont chercher de l’argent ailleurs, là où il y en a. Ils fuient. Des quartiers entiers sont abandonnés, transformés en friche. Face à ces ruines, les derniers magasins de quartier quittent la ville. Ainsi furent créés les premiers déserts alimentaires. Les habitants délaissés ne savent plus, dès lors, où se tourner pour trouver un seul aliment sain qui ne soit pas hors de prix. L’obésité, fléau moderne, frappe la ville. 

Résultat : plus de la moitié des habitants a quitté la métropole, et s’étendent sur cent kilomètres carrés des terrains vagues. L’équivalent d’un Paris de fantômes. Les maisons, délabrées, s’effritent. Une seule expression revient sans cesse dans les bouches et sous les plumes pour décrire ces étendues : « postapocalyptiques », et ce n’est pas là exagérer.

Cultiver, ou revivre

Pourtant, alors même que se nourrir devient difficile, les derniers habitants, au lieu de fuir, initient au gré des terrains décrépis des projets plein d’espoirs. Au milieu de ces derniers, fleurissent aujourd’hui 1600 structures agricoles. Du vert au creux du béton. De la nourriture au cœur du stérile. Des jardins à grande échelle contaminent peu à peu les rues désertées. 

C’est ici que naît l’agriculture urbaine. 

 Ses actions sont humbles, et pourtant fondamentales. Tout d’abord : nourrir. En effet, leur récolte est directement reversée, et ce, gratuitement, aux familles les plus démunies, mais aussi à des associations, à des œuvres de charité. Si la récolte ne suffit évidemment pas à rendre la ville autonome, il n’en reste pas moins que ces jardins permettent de nourrir les plus fragiles. Manger, un droit fondamental qui a pu être retrouvé à travers le fleurissement de ces initiatives pirates au creux des friches, là où les pouvoirs politiques avaient fermé les yeux. 

Mais ce n’est pas là l’unique vertu de ces systèmes agricoles. En effet, ces jardins, gratuits, ont aussi vocation à être ouverts au plus grand nombre. Pas, ou peu, de clôture autour des friches réinventées : tout un chacun est libre de se nourrir sans qu’il ne soit question de voler, tout un chacun a le droit de cultiver, et d’apprendre. Autour de ces terrains voient aussi le jour des lieux de vie pour des personnes souhaitant venir y travailler, et, parfois, certains établissements comme des bibliothèques viennent se nicher à proximité. Il s’agit d’apprendre, d’échanger et de communiquer, là où la pauvreté isolait et marginalisait. L’agriculture urbaine semble dès lors porteuse d’une force sociale. Se rencontrer, se mélanger, et avancer, voilà ce qu’elle nous offre.

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