Mon mandat : maxime pédéboscq #1

Dans cette série politique, Pierre Courtois—Boutet suit le parcours d’un jeune élu de Poitiers. L’occasion de se plonger dans la politique au niveau local, à travers le regard de la jeune génération.

Maxime Pédéboscq est élu en juin 2020 conseiller municipal de la nouvelle majorité de Poitiers. Il devient, à 21 ans, conseiller municipal délégué aux Sports, devant ainsi jongler entre son mandat et sa scolarité. Tous les deux, nous avons convenu de nous retrouver au minimum tous les ans et au maximum tous les six mois, occasionnant un bilan à chaque fois, sa vision sur l’actualité politique de Poitiers, mais aussi sur ce que son expérience lui apporte.

Cet épisode est le premier d’une série jusqu’à au moins 2026, en fonction de l’évolution de la situation.

PCB : Aujourd’hui, c’est le premier entretien que l’on fait tous les deux, d’une suite qui devrait se dérouler au minimum tous les ans et maximum tous les 6 mois, sur ta vision en tant que nouvel élu à Poitiers. Tu es un jeune élu, car tu as 22 ans, c’est cela ?

MP : Oui, c’est cela.

PCB : Première question, je vais te demander comment en tant qu’individu, tu es arrivé en politique ?

MP : Je viens d’une famille qui a été toute sa vie très engagée politiquement. Ça remonte à très loin. Certains, c’était dans le monde associatif, dans le syndicat, dans le monde politique. Mais en tout cas, il y avait tout le temps cette vocation de vivre et servir à quelque chose. Servir à faire avancer ce que l’on pense être bon, ce que l’on pense des choses qui devraient avancées. J’ai eu cette fibre-là très jeune. Je me suis ensuite engagé individuellement, au lycée, au collège, en portant ma voix individuellement. Ensuite, en arrivant à Poitiers pour mes études, je me suis engagé à Génération.s, parti fondé par Benoît Hamon en 2017 après les présidentielles. C’est comme cela que je suis arrivé jusque dans le monde politique « institutionnel ».

PCB : Pourquoi Génération.s plutôt qu’Europe Ecologie-Les Verts, le Parti Socialiste ou la Parti Communiste ?

MP : Parce que ça portait des valeurs en lesquelles je croyais. Il y avait un côté renouveau auquel je croyais. Il y avait l’objectif de l’union de la gauche, auquel je crois toujours. C’était vraiment la meilleure option pour moi pour passer un cap dans l’engagement, par rapport au PS, au PCF ou même à Europe Ecologie-Les Verts. En tout cas, c’était dans Génération.s dans lequel je me retrouvais le plus.

PCB : Tu t’es engagé plus qu’en étant simple bénévole ou militant, puisque tu as été élu directement Secrétaire Générale des Jeunes Génération.s de la Vienne. Tu es donc assez rapidement arrivé à ce niveau-là.

MP : C’est toujours dans la volonté de faire avancer des choses, faire avancer les questions que je portais, les questions démocratiques, écologiques, de solidarités, du social… Je savais qu’un engagement politique permettait de beaucoup plus avancer qu’un engagement associatif par exemple. Je respecte absolument l’engagement associatif, mais je pense que si l’on veut faire avancer les choses en profondeurs, c’est par le politique. J’étais très content quand j’ai été élu, parce que cela me permettait d’avancer, au niveau local, de là où je suis afin de faire concrètement avancer les questions que je veux porter.

PCB : Tu es actuellement élu conseil municipal délégué aux sports à Poitiers. Et tu viens d’être nommé conseiller communautaire délégué aux sports à la présidente de Grand Poitiers, Florence Jardin. Je m’interrogeais sur ton engagement pour le sport, jusqu’à ce que j’apprenne que tu as fait du katamaran à haut niveau, quand tu étais plus jeune. Donc le côté sport t’est venu assez naturellement dans ton engagement politique à la mairie de Poitiers ?

MP : En premier lieu, j’étais vraiment investi dans le côté sport, quand j’étais au collège, au lycée, en primaire… Mais je ne pense pas qu’il faille être un grand sportif pour être un bon élu aux Sports. Je pense que les considérations du sport, ça n’est pas uniquement courir après un ballon et marquer des buts. Il y a des vraies questions qui se posent, sur l’intégration sociale, sur la gouvernance, sur l’éducation populaire, sur le bénévolat et la place dans la société. Il y a des vraies grandes questions sur le sport, qui sont bien au-dessus de savoir-faire de la voile ou courir un marathon. J’étais très volontaire sur ces questions-là, pendant la campagne, avant et aujourd’hui bien évidemment. Je suis très porté sur ces questions-là, mais pas uniquement parce que j’ai fait du sport quand j’étais jeune. Parce que derrière, c’est une vraie question de société. Le sport, qu’est-ce qu’on en fait, qu’est-ce qu’on en dit.

PCB : Génération.s rentre assez tardivement dans la campagne municipale Poitevine, en tout cas dans son engagement avec Poitiers Collectif. C’était une campagne municipale particulière, avec un contexte sanitaire particulier, avec le fait qu’Alain Claeys [maire à l’époque de Poitiers, NDLR] était maire depuis deux mandats… Comment as-tu réussi à t’inscrire dans cette démarche ? Comment est- ce que tu te positionnes avec ton expérience assez réduite et les coups-bas qu’une élection de cette ampleur implique ?

MP : Génération.s n’est pas arrivé si tard que cela dans les élections, car nous arrivons en octobre 2019 pour des élections se déroulant en mars 2020, mais c’est vrai que nous n’étions pas là au tout début de l’initiative [de Poitiers Collectif, NDLR] et sur cela, il faut être très clair. Je vais commencer par la fin : comment sont vécus les coups-bas… En général, je m’en fiche un peu, pour être honnête. Quand je sais que je suis en tort, là, je subis. Mais quand ce sont des coups bas pour des coups bas, pour avancer les idées, les mandats ou casser quelqu’un d’autre, ça ne m’atteint pas plus que cela. Je suis déçu que cela existe, mais je viens d’une famille très engagée en politique, donc je sais que ce n’est pas la première fois ni la dernière fois que ce genre de choses existe. Je suis quelqu’un de très cynique même si je suis jeune. Donc sur cela, il n’y a pas de soucis. Concernant le manque d’expérience pour s’engager dans une élection municipale, je pense que cela a été plus facile avec cette équipe. Parce qu’il y a beaucoup de personnes qui sont élus pour la première fois, pour leur premier mandat, leurs premières élections. Je ne suis pas un vétéran, mais j’ai déjà fait des élections européennes, et étant quelqu’un de très engagé dans ma vie étant dans un parti, mes parents étant engagés, dans des syndicats, l’associatif… ça ne m’a pas beaucoup plus surpris, contrairement à d’autres dans Poitiers Collectif pour lesquels c’était leur première élection, qui avaient poussé la porte à une pleinière, mais qui ne s’étaient jamais engagés avant. Je pense que j’aurai été dans une équipe plus vieille ou expérimentée, j’aurai été le petit nouveau de la classe, et ça aurait été une position inconfortable. Mais là, ça n’était pas le cas.

PCB : Pour remettre du contexte dans l’élection de Poitiers Collectif : c’était une grosse surprise. La prime au sortant était pour Alain Claeys [maire à l’époque depuis 2008, NDLR], mais le dernier sondage avant le premier tour montre Léonore Moncond’huy [à l’époque tête de liste de Poitiers Collectif, NDLR] derrière Alain Claeys, qui reste malgré tout assez largement devant [28% pour Alain Claeys et 17% pour Léonore Moncond’huy, NDLR]. Le premier tour se déroule, Poitiers Collectif arrive en deuxième, avec un écart moindre que ce qui était pressenti dans les sondages…

MP : Effectivement, et si nous faisions mathématiquement une addition avec le score d’Osons Poitiers [liste Divers Gauche-La France Insoumise, NDLR], nous étions devant. Nous avons aussi su nous diversifier et rester intéressant pendant toute la campagne du second tour avec l’organisation d’évènement en ligne avec de grand noms locaux ou nationaux comme Julia Cagé ou Olivier Bouba Olga. Enfin, l’engouement et la dynamique d’une union de la gauche, de l’écologie et du municipalisme face à un PS et ses anciennes recettes et le libéralisme d’En Marche a fait le reste dans cette très longue campagne.

PCB : Vous arrivez largement en tête au second tour du 28 juin 2020 [42,83% contre 35.60% pour Alain Claeys et 21.56% pour Anthony Brottier, NDLR], ce qui vous a permis d’avoir une majorité assez large au Conseil Municipal [38 sièges pour « Poitiers Collectif », 9 sièges pour « Poitiers, l’avenir à taille humaine » (liste menée par Alain Claeys) et 8 sièges pour « Ma priorité, c’est vous ! » (liste menée par Anthony Brottier, NDLR].

MP : C’était vraiment inattendu. Pour moi, ça allait être serré. Je ne savais pas qui allait gagner mais ça allait jouer à 1 ou 2%.

PCB : Une chose importante aussi, c’est qu’avant même la fin des dépouillements, Alain Claeys annonce à la presse locale et régionale ses félicitations à Léonore Moncond’huy pour sa victoire. Que ressens-tu à l’annonce de cette nouvelle ? La première chose qui te vient ?

MP : Je pense que je suis surpris. Parce que je suis dans un bureau de vote où, au premier tour, il y avait un gros écart en faveur de Claeys. Au second, il y a très peu d’écart, et c’est toujours lui qui est devant à 1 ou 2% près. Je sens que ça se resserre par rapport au premier tour, que quelque chose se passe. Mais il annonce les résultats à 19h, alors que normalement, les résultats officiels, c’est 20h. Tu es surpris. Parce que tu te dis que s’il l’annonce, c’est que c’est fait ! Alors que de mon côté, je continue de dépouiller des votes. Alors, est-ce que c’est vraiment très large ? Parce que, si cela se trouve, il vient d’annoncer qu’il a perdu, mais d’ici une heure, il aura peut-être gagné. J’étais un peu dans l’expectatif. Mais quand je vois son annonce quand il le dit dans la presse, de manière très solennelle, en quelques mots, on sent que c’est fait. Donc surpris au début, mais finalement heureux de la victoire, c’est évident.

PCB : Vous êtes élus en juillet, les vacances arrivent et vous revenez en septembre. Comment vois- tu tes premiers mois ? Que ressens-tu de tout cela ? Il faut rappeler que tu es étudiant, tu fais donc des études. Comment appréhendes-tu tout cela ?

MP : La question est vaste. Déjà, je suis bien content qu’on soit arrivé en juillet, car cela me permet d’avoir 2, 3 mois où c’est un peu plus tranquille et simple de savoir comment fonctionne une mairie, pour pouvoir prendre en mains les dossiers, comprendre comment ça fonctionne, qui sont les interlocuteurs privilégiés, comment une administration fonctionne… Tout cela, ce sont des choses que j’apprends sur le tas, évidemment. Je prends uniquement deux semaines en vacances et le reste de juillet et août, je prends en main les dossiers en cours. Je rencontre donc François Blanchard, élu aux Sports sous le mandat précédent. On échange 1h, 1h30 sur les dossiers et je rencontre aussi à plusieurs reprises les personnes qui travaillent sur les Sports dans les services de la mairie. Au début, on apprend, et septembre jusqu’à mi-octobre, je suis plutôt content : ça se lance bien, j’ai plutôt l’impression qu’on s’en sort. Et mi-octobre, le confinement revient la saison sportive s’arrête, les clubs sont en difficultés et ne retrouvent pas leurs licenciés. C’est compliqué, d’autant plus que la plupart des clubs de sports ont terminé leur saison sportive en compétition au 1er novembre, qu’ils n’ont jamais repris, certains ont repris des entrainements, mais la plupart des clubs, hormis ceux de très haut niveau, ont arrêté leur compétition ou championnat. En novembre, on commence à voir ce qu’il se passe dans les clubs, avec la perte d’adhérents, la perte de partenariats privés, leur perte de subventions, voir quelles étaient leurs inquiétudes, pour que du mois de décembre jusqu’au mois de mars, on puisse réagir et bien. C’était cela mon début de mandat et ça a pris un peu de temps (rires). Mon premier semestre de cours, je l’ai fait en France, dans la faculté française à Poitiers, qui comprenait bien que je ne pouvais pas faire les deux à plein temps. J’ai donc eu des aménagements d’études, en ne suivant pas des cours qui n’étaient pas noté par exemple. Lorsque je rendais des devoirs en retard, si ce dernier n’était pas trop gros, ça allait. La faculté a été très compréhensive. Mon  second semestre était plus compliqué, j’étais toujours en France, mais j’étais aussi en Erasmus aux Pays Bas. Donc, tous les matins je travaillais les cours en visio-conférence, l’après-midi je faisais mes rendez-vous à la mairie, avec les services, pour avancer sur les questions sur lesquelles on travaillait et le soir, je travaillais pour préparer le lendemain. C’était donc un peu plus compliqué.

PCB : On va parler de la fameuse polémique. En mars 2021, la mairie de Poitiers, par la majorité de Poitiers Collectif, prend la décision de ne plus financer des sports qui utilisent des carburants ou des matériaux polluants. Ce qui touche beaucoup l’aviation. Tu décides d’envoyer un mail aux présidents des aéroclubs de Poitiers en leur indiquant cette décision. Tu as reconnu plus tard que le mail était une erreur. Concrètement, la mairie décide de diminuer de moitié leur subvention pour ensuite la supprimer l’année prochaine. Cela s’enflamme au niveau de la presse régionale, où les présidents des aéroclubs s’expriment. En Conseil Municipal, tu fais un Mea Culpa, en reconnaissant ton erreur et en justifiant cette décision. Et la polémique va se répercuter sur Léonore Moncond’huy qui a eu une phrase lors de ce Conseil Municipal en disant « L’aérien, c’est triste, mais ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui ». Comment as-tu vécu cette histoire ?

MP : Sur la question des mails, je m’en veux. La première erreur, c’est que je ne les ai pas rencontrés ou ne leur ai pas téléphoné pour faire part de cette décision. La deuxième, c’est que mon mail est très froid, pas du tout enrobé. Pas agressif non plus, mais froid. C’était clairement une erreur. Les présidents des aéroclubs s’en emparent dans les médias locaux et ils ont bien raison. C’est leur association, ils veulent la défendre, c’est compréhensible aussi. Il y a des choses qu’il faut remettre en perspectives, mais c’est aussi logique qu’ils s’emparent des journaux, de leurs capacités d’accès aux élus et à la population pour en dire ce qu’ils en pensent. Je m’en veux, car je complique les choses dans une période où un autre confinement arrive, c’est aussi le vote du budget de la mairie. A Poitiers, on a voté 1.4 millions d’euros de budget pour le sport. Et le problème c’est que l’on parle de 4 400 €de subventions en moins. J’ai fait cette erreur-là qui éclaire d’un mauvais côté ce que j’essaye de mettre en place. Car d’un autre côté, on a réussi à faire évoluer le budget de la municipalité pour le sport de 4% et de tous les clubs pour qu’aucun d’entre eux ne ferment les portes pendant cette année-là. Sauf qu’on ne parle pas de cela, avec mon erreur.

PCB : Si on regarde, toutes proportions gardées par ailleurs, vos choix par rapport aux budgets des Aeroclubs, la baisse n’est pas si énorme.

MP : Oui, mais après cela peut leur poser soucis, là-dessus, on l’entend. Mais en tout cas, notre décision est claire : on ne veut plus soutenir de sports qui utilisent de l’essence comme cela. C’est une mesure de cohérence, dans notre programme. Je n’aurai pas changé de décision, mais je l’aurai fait autrement. Concernant la deuxième partie : on fait un Conseil Municipal un Lundi et ça s’envole le vendredi soir. Ça part sur Twitter, c’est un compte Twitter avec un peu de visibilité sur les aéroclubs qui en parle, et c’est parti. Tout le monde en mets une couche : Jean-Baptiste Djebbari [ministre délégué chargé des Transports, NDLR], Marine Le Pen, Sacha Houlié [député LREM de la 2ème circonscription de la Vienne, NDLR], Nicolas Dupont-Aignan, Nadine Morano… Tout le monde est là. Même Jean-Luc Mélenchon lâche un Tweet. Là-dessus, j’ai été beaucoup moins touché que Léonore Moncond’huy. Déjà, parce qu’en premier lieu, je n’ai pas reçu des centaines de messages véhéments et haineux, ce qui change pas mal la donne. Quand, durant le week-end, le portable ne fait que vibrer et que l’on doit l’éteindre pour arrêter de l’entendre vibrer, que l’on a plein de notifications sur Messenger, sur Twitter, de gens qui vous insulte, ce qui a été la réalité de Léonore Moncond’huy durant le week-end… D’autant plus que la polémique va très vite : le Lundi soir suivant, elle est terminée. Et nous recevons quelques jours après, à la mairie, des messages d’insultes, un peu plus long, mais la polémique s’envole très vite. Là, j’ai beaucoup moins été touché, parce que c’était une reprise politique. Parce que la question était nationale : comment taper sur les maires écolos ? Sur la vague écolo ? Eric Piolle [maire de Grenoble, NDLR] l’a fait, Pierre Hurmic à Bordeaux, à Strasbourg avec Jeanne Barseghian, Tours et Lyon pour le Tour de France… Tout le monde à fait une erreur et c’est fait rentrer dedans. C’était dommage concernant l’erreur que j’ai faite, mais la question était de taper sur les Vers à bas-coups. Ça m’a touché beaucoup moins que lorsque j’étais sur le terrain avec des acteurs avec lesquels j’ai pu faire des erreurs.

PCB : On va revenir sur une autre grosse affaire locale. Il y a quelques temps, la communauté urbaine de Grand Poitiers a voté un budget avec une augmentation de 300% des impôts locaux. Ce qui revient, concrètement, à une hausse de 1€. Les chiffres ont malgré tout affolé et il y a trois membres du bureau communautaire de l’époque qui se sont opposées à ce budget-là : Gérard Herbert, maire de Chauvigny, élu au tourisme au bureau communautaire, Anthony Brottier, délégué aux Sports et Jérôme Neveux, maire de Jaunay-Marigny et Vice-Président à la Culture. Après leurs oppositions, la décision de Florence Jardin [Présidente de Grand Poitiers, NDLR] est de retirer ces personnes du bureau communautaire, après un vote en conseil communautaire. A ce moment-là, tu récupères la délégation d’Anthony Brottier aux Sports. Comment vis-tu tout cela à ce moment ?

MP : Florence Jardin leur a d’abord retiré leurs délégations, car c’est son droit en tant que Présidente. Ensuite, le conseil communautaire devait voter leur retrait des postes. Durant cette période, ils n’étaient élus à rien. Evidemment, lorsque j’arrive au conseil communautaire, je sais ce qu’il se passe. J’avais été appelé par Florence Jardin, j’ai eu rendez-vous avez elle et avec une partie du bureau communautaire. Le jour du conseil communautaire était un jour assez dur, avec un débat qui ne volait pas haut, beaucoup de questions personnelles. Il fallait le faire. Je ne comprends pas, et c’est ma façon de voir les choses, mais le vote du budget, c’est le vote le plus important d’une année, dans la politique. C’est le vote où tu votes le budget que tu vas mettre en place durant toute l’année qui suit. Je suis pour changer les méthodes, pas que changer les têtes. Donc si on n’est pas d’accord un budget, et bien on s’en va.

PCB : Mais c’est aussi avec les oppositions que l’on construit. L’augmentation des impôts a été justifiée avec le fait que Grand Poitiers est très endettée et que ce choix a été fait pour cela. Et il a été d’autant plus fort qu’il permet d’anticiper les années qui arrivent. Tu peux comprendre que ça soit difficilement entendable ? Que les maires, que les élus qui sont contre, se mettent en porte-parole des administrés et des citoyens, c’est normal aussi ?

MP : Je pense qu’on a perdu la bataille de la communication. A Grand Châtellerault [deuxième agglomération du département, NDLR], au même moment, est voté le versement mobilité, soit une taxation pour les entreprises sur les bus, qui passe de 0.2% à 0.8%, ce qui est donc une hausse de 400% ! Pourtant, Centre Presse [organe de presse local, NDLR] écrit « Hausse raisonnable ». La question est de savoir comment on communique. Certes, 300%, ça parait énorme, mais concrètement, sur une personne qui a eu maison bâtie avec les normes moyennes, soit environ 200m², ça fait une augmentation de 45€ par an. C’est un vrai chiffre ! Il y a des personnes pour qui ce prix est énorme, mais les 300% ne reflètent pas les 45€. C’est clair qu’à partir du moment où l’on dit 300%, la communication est beaucoup plus compliquée à mettre en place, les enjeux ne sont plus les mêmes. Donc, je comprends que certains maires de petites communes qui ne voient pas trop l’intérêt de Grand Poitiers ou son implication dans leurs vies, leur village, je comprends que ça soit plus difficile. Florence Jardin a d’ailleurs fait remarquer que des maires votaient contre cela, par rapport au passé, car ils n’avaient jamais vu Grand Poitiers, donc ils ne voyaient pas l’intérêt de donner plus de moyens à Grand Poitiers. Et c’est aussi pour cela qu’on augmente nos moyens : pour pouvoir intervenir partout, sur tout le territoire. Ça intervient non seulement pour la question financière de Grand Poitiers, une agglomération en crise, avec une fusion d’agglomérations qui s’est passée difficilement, une reprise de dette sans réelles réflexions sur les manières de la payer et aussi sur les urgences climatiques qui nous attendent. Et donc, avec ces deux enjeux là, il était sûr et certain qu’il allait falloir une augmentation des revenus. L’opposition est très entendable, mais lorsque l’on met tout bout à bout, la critique était facile. Auparavant, à Grand Poitiers, il n’y avait pas d’opposition. Car Gérard Herbert, Jérôme Neveux et Anthony Brottier ont parlé avec Florence Jardin et le bureau communautaire. Mais il n’est pas censé y avoir d’opposition dans un bureau communautaire : on est censé faire front commun. On en revient à ce que j’ai dit au tout début : si on est élu dans l’exécutif et qu’on estime que le budget proposé par l’exécutif n’est pas bon, on ne peut pas le mettre en œuvre. Ça veut dire qu’il y a deux têtes. Et je ne pense pas que cela soit possible.

PCB : Tu viens de prendre tes fonctions de délégué aux Sports à Grand Poitiers. Il ne te semble pas un peu trop grand ce costume ?

MP : Je suis aussi content que ça arrive en juillet, comme ça, j’aurai le temps de me préparer (rires). Blagues à part, ce sont de vraies responsabilités. C’est quarante communes. J’étais déjà conseiller communautaire, mais là, avec une mission, la mise en place d’une feuille de route au niveau du sport qui est ambitieuse, dans une collectivité qui a des moyens de plus en plus difficiles. Derrière, il y a de vraies responsabilités. C’est aussi pour cela que je vais prendre une année de césure à la faculté pour me mettre à plein temps dans les deux mandats que j’ai pour pouvoir faire au mieux. Comprendre le plus vite possible les nouvelles ambitions et questions à ce poser, et mettre en place durant les 10 prochains mois un système et une organisation qui me convient, mais aussi à Corinne Sauvage, car on est deux sur la question sportives, pour pouvoir continuer à avancer même quand je continuerai mes études ou que j’aurai un travail. Le costume est grand, mais cela me va. Après, c’est le début et les problèmes sont assez rapidement arrivé.

PCB : On a pu voir de nombreuses oppositions sur ces sujets, mais aussi parfois des oppositions de formes plutôt que de fond. Comment fais-tu pour réussir à faire la part des choses entre les oppositions constructives et les oppositions pour le plaisir de s’opposer ?

MP : C’est une vraie question. Il y a certaines critiques que je peux entendre, avec lesquelles je suis en désaccord, mais que je peux entendre et d’autres qui sont purement là dans l’optique de se positionner politiquement, de se faire voir. Donc c’est au jour le jour, c’est en fonction d’eux. J’ai dû, par exemple, travailler en collaboration avec Anthony Brottier, qui est dans l’opposition à Poitiers. Lorsqu’il était aux Sports à Grand Poitiers, j’ai dû travailler avec lui de manière relativement proche, on se voyait souvent, 2 ou 3 fois par semaine. On avait certains désaccords mais on n’hésitait pas à se les dire. On n’hésitait pas non plus à rester courtois. On peut être en désaccord sans être insultant. Il y des critiques qu’on peut entendre. J’essaye le plus possible de les écouter et j’aspire à ce qu’ils soient de moins en moins caricaturaux. Parfois, on entend des choses qui sont de l’ordre du positionnement, des faux-fuyants, des vérités à moitié vraies, où il manque des éléments. Je fais ce que je peux : j’essaye de les écouter et de comprendre ce qu’ils me disent. Mais je pense que si on leur pose la question, ils ne seront pas d’accord avec moi. Je fais au mieux.

PCB : Si tu devais te retrouver face à ton toi d’il y un an, que te dirais-tu ? Un conseil ? Une réflexion ?

MP : Fais ce qui te plais et suis le plus de formations que tu peux. On a la chance en France d’avoir la possibilité de se former en tant qu’élu. J’ai 22 ans, j’en avais 21 il y a un an. Je n’ai pas la science infuse. On peut le dire sans trop se tromper. Donc, il faut suivre des formations : je n’ai jamais géré d’équipe à part pour le TPE au bac, je n’ai jamais été élu et devoir discuter avec des services, c’est une position politique que tu dois avoir, ne pas se laisser manipuler, … Ce sont ce genre de questions que l’on se pose. La formation, c’est important. Et faire ce qui te plait, c’est faire avancer les choses, c’est être au contact et réussir à faire avancer les acteurs de terrain, Poitiers et Grand Poitiers, dans le bon sens. Les associations ne viennent pas me demander des subventions sans retours. J’attends aussi quelques choses d’elles. J’attends à ce qu’il y ait de l’éducation populaire, de la formation pour les jeunes, de l’intégration sociale, une gouvernance ouverte et démocratique. J’ai des attentes envers les clubs sportifs. C’est ce que je me dirais : continue à faire ce que tu aimes. Et restes cynique comme tu l’es. Je pense que ma position est agréable, car il y a beaucoup de choses qui me passent au-dessus. Il y a beaucoup de personnes au sein de la majorité qui, quand elles entendent une critique, surtout personnelle, la prenne vraiment pour elles. Moi… Il y en a beaucoup, surtout certaines, qui m’ont touché, encore récemment. Mais je suis bien content d’avoir cette position-là. Surtout par rapport aux aéroclubs par exemple. Parce que, si j’étais sensible, je pense que le week-end aurait été vraiment compliqué.

PCB : Tu as le droit de ne pas répondre, mais tu as fait référence à une attaque personnelle récemment. Tu pourrais nous en parler ?

MP : Je pense que le dernier conseil communautaire a été dur. Je n’irai pas beaucoup plus loin que cela (rires).

PCB : Si ton futur toi de six mois arrivait dans la pièce, qu’aimerais-tu qu’il te dise ?

MP : ça serait facile qu’il me dise « continue comme ça, tu tiens le bon bout ! » (rires). Sinon, je ne sais pas, je ne peux pas imaginer. Je pense que je sais ce que j’aimerai avoir fait dans six mois : le tour de toutes les communes de Grand Poitiers, voir toutes les infrastructures sur lesquelles Grand Poitiers a la main, pour pouvoir comprendre. Parce qu’il y a beaucoup de nouvelles questions qui se posent, auxquelles je n’étais pas confronté lorsque je n’étais « que » élu aux Sports à Poitiers. Il faut que je comprenne. Je ne peux pas prendre de décisions sur quelque chose que je ne comprends pas. Beaucoup l’ont fait, mais ça n’est pas comme cela que j’ai envie de faire les choses. Donc, j’espère que dans six mois, on me dira « tu as fait le tour de tous les maires. Ça n’a pas été facile mais tu l’as fait / Tu vas dans le bon sens ». Mais on verra dans six mois ce que je dis (rires).

PCB : Répond moi du tac au tac : tu es fier de ton travail, de ce que tu as fait ?

MP : Oui, je pense. Après, on peut toujours faire mieux. Ça n’est pas parfait, loin de là. Et puis, j’ai fait des erreurs au début. Je suis content qu’on ait été élu en Juillet, parce que, ça aurait été en mars ou avril, il aurait été possible que je fasse encore plus de bêtises. J’ai fait des erreurs au tout début qui m’ont compliqué le début de mandat. Mais, je suis plutôt content. Ma ligne, c’est : être exigent avec les acteurs, être réaliste avec eux, et pas de fausses promesses. J’ai réussi à tenir cela. Et donc, là- dessus, je suis plutôt content.

Propos recueillis par Pierre Courtois–Boutet

Maxime Pédéboscq

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