Grève des sages-femmes : « la santé des femmes et des enfants est en danger »

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« Sage-femme fatiguée d’être ignorée », « Toujours à deux doigts d’être considérées », « On vous fait naître, il serait temps de nous reconnaître », « Le monde de demain naît entre nos mains »… A Paris, ce 7 octobre 2021, elles sont 2 000 à manifester près de la Gare Montparnasse, direction le Ministère de la Santé. Il s’agit de la sixième grève nationale de l’année pour les sages-femmes. Depuis plusieurs mois, elles réclament non seulement une revalorisation salariale, mais également une meilleure considération de leur profession et une augmentation de leurs moyens.

Les oubliées du Ségur

Dans le viseur : le Ségur de la Santé. En juillet dernier, celui-ci annonce une revalorisation salariale pour le personnel soignant et les professionnels médico-techniques et de la rééducation. Or, le Ségur ne prend pas en compte les sages-femmes. Suite à la forte mobilisation sociale qui s’ensuit, l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) publie un rapport sur « L’évolution de la profession de sage-femme. » Dénonçant des rémunérations sans rapport avec les responsabilités assumées, il formule une trentaine de recommandations destinées à répondre à ce malaise professionnel. Le rapport préconise par exemple une revalorisation salariale significative afin de mieux repositionner les sages-femmes dans l’échelle de rémunérations des professions soignantes. Il propose aussi la création d’un statut spécifique d’agent public pour coller à la particularité du métier de sage-femme, plutôt que l’utilisation du statut de praticien hospitalier.

Suite à cela, le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé une prime de 100 euros bruts pour les sages-femmes exerçant à l’hôpital, ainsi qu’une hausse de salaire de 100 euros nets par mois (soit au total 183 euros net), mais les grévistes jugent ce geste encore bien trop faible. La CGT Santé Action Sociale réclame en effet dans son préavis de grève « de mettre leur rémunération au niveau de leur formation et de leurs responsabilités »

Surtout, cette mesure ne répond pas à une demande de plus en plus forte par le personnel : une amélioration des moyens et une hausse des effectifs. En janvier 2021 on comptait en effet 23 541 sages-femmes, à 97% des femmes. Or, près de 80% des accouchements sont réalisés par les sages-femmes en totale autonomie, sans intervention du gynécologue. Suite à ces annonces, les sages-femmes se sont soulevées partout en France, avec comme symbole un certain « code noir ».

La santé des femmes en danger

« Dans notre métier, quand on s’apprête à faire une césarienne, on fonctionne avec un code couleur. Vert, ça veut dire qu’on a 30 minutes pour la réaliser. Orange, c’est qu’on a entre 15 et 20 minutes. Rouge, c’est vraiment qu’on a 10 minutes maximum. Le choix d’un code noir, c’était symbolique. L’idée, c’est de dire que c’est pire que le rouge. Ça devient urgent. »

Diplômée depuis juin dernier, Léa est sage-femme à la maternité de Castres. « C’est un métier de vocation, raconte-t-elle. Je sais que je veux être sage-femme depuis toute petite. J’ai toujours aimé les femmes enceinte. Enfant, je disais que, plus tard, je ferai naître les bébés. En grandissant, j’ai découvert qu’être sage-femme, c’était aussi s’occuper des femmes, de la santé des femmes. Je voulais vraiment faire ça. »

En poste depuis quelques mois, Léa avait déjà manifesté à Toulouse lorsqu’elle étant étudiante. « Il y a un vrai ras-le-bol, explique-t-elle. Notre métier n’est pas autant valorisé que les autres médecins. Débuter avec 1 800 euros par mois, avec les responsabilités que l’on a, c’est vraiment peu. » La jeune femme décrit un quotidien rythmé par les manques de moyen et un sous-effectif permanent. « Après cinq ans d’études, avoir la vie des gens entre ses mains, parfois sans avoir le temps de manger ou d’aller aux toilettes, ça a de quoi effrayer. Si j’ai été embauchée à peine diplômée, c’est parce qu’il y a un vrai manque de sages-femmes. Les conditions sont désastreuses, donc ça attire de moins en moins de personnes. Ça ne fait plus rêver. Pourtant, c’est un hyper beau métier. »

Pour Léa, cette situation précaire met en danger ses patientes. Récemment, son établissement a dû faire face à un drame : « on en est à un point où il peut y avoir des morts. Dans la maternité où je travaille, nous avons huit femmes de travail et quatre salles de disponible. Généralement, quand on veut évaluer l’activité d’une maternité, on regarde le nombre d’accouchement par an. Mais ça ne reflète pas toute notre activité ! C’est bien plus important que ça ! Il y aussi les femmes qui viennent pour des urgences, par exemple. On a également beaucoup de paperasse. Et puis, dans notre métier, en quelques secondes, tout peut basculer. Il suffit qu’il y ait une hémorragie, que le bébé soit inconscient… Et derrière, d’autres patientes qui attendent, faute d’effectif. On culpabilise beaucoup parce qu’on a l’impression de mettre en danger les femmes et les enfants, de mal faire notre travail. C’est insupportable. »

Voir aussi : Le confinement et moi #2 – Léa

Léa est sage-femme à la maternité de Castres © Fanny Lee

Et maintenant ?

Depuis la septième grève, du 22 au 25 octobre dernier, aucun nouveau mouvement national n’a pour le moment été annoncé. Mais certains établissements sont désormais en grève depuis plusieurs semaines, y compris des maternités privées.

Toujours en cours : la pétition « 1 femme=1 sage-femme » lancée il y a un an par Anna Roy, sage-femme et chroniqueuse dans l’émission La Maison des Maternelles sur France 4 et autrice du podcast Sage-meuf.

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