Le web : révolution ou ennemi de la démocratie ?

Il a permis d’ouvrir l’espace de la liberté d’expression à l’infinie et de faire converger de nombreuses luttes du XXIème siècle ; il est aussi un formidable recueil de « fake news », rumeurs et messages haineux en tous genres. Aujourd’hui, internet est-il (encore) un outil au service de la démocratie ?

Aujourd’hui, il suffit d’une seule recherche dans la barre de recherche de votre navigateur préféré pour accéder à une information précise. Comment se forme la poussière ? Pourquoi a-t-on des ongles ? Est-ce que les dernières affirmations de telle ou tel membre du gouvernement sont vraies ? Si vous pouvez formuler la question sur le clavier, quelqu’un dans les limbes de l’Internet y a déjà probablement réfléchi, ou même apporté une réponse satisfaisante. Sur le papier, donc, c’est formidable : que l’interrogation ait surgi dans votre esprit en regardant une émission politique ou au beau milieu d’une insomnie, vous ne resterez pas dans l’ignorance. Internet voit tout, sait tout, connaît tout. Mais cette surabondance de savoirs n’aboutit-elle pas au résultat inverse, à savoir un égarement parmi la multitude de contenus à notre disposition ?

« Lu sur internet »

Premier point, sans doute le plus important : toujours vérifier la provenance de l’information. Oui, on le sait, me direz-vous. Enfin … On pense le savoir. Même moi, qui travaille sur ces enjeux depuis trois ans, je me fais encore avoir : hier, j’ai vu passer un tweet prétendant que chaque année, 150 personnes mouraient après avoir reçu une noix de coco sur la tête, et j’ai ri sans me poser de questions. Alors certes, ça ne va pas changer ma vie, ni le fonctionnement politique d’un pays. Mais ça révèle bel et bien que l’on consomme un tel flux d’informations en continu qu’il est rigoureusement impossible de tout vérifier. Et quand j’entends ma grand-mère me soutenir qu’il ne faut se faire vacciner que si on est malade, parce qu’elle l’a lu “sur Internet”, je me dis que l’habitude de croire n’importe qui n’est sans doute pas dénuée de conséquences.

Le titre de cet article ne promettait-il pas un questionnement sur la démocratie ? J’y viens, prenons notre temps. Si l’on étend la réflexion plus loin, cela veut dire que nous pouvons être tout aussi perméables à des opinions politiques, pour peu qu’elles nous soient transmises par le prisme familier des outils que nous utilisons chaque jour. Une expérience menée par Facebook sur les élections présidentielles américaines de 2012 a permis de faire déplacer 760000 électeur·ice·s supplémentaires jusqu’aux urnes, avec une simple modification de l’algorithme destinée à faire apparaître davantage de contenus politiques dans leur fil d’actualité. Précisons d’emblée que la possibilité de prendre possession de ces nouveaux outils existe peu importe l’idéologie politique défendue : en France, tous les partis sont à l’heure actuelle présents sur les réseaux sociaux par le biais de comptes officiels et de sympathisant·e·s, et cette polarisation se retrouve également chez les utilisateur·ice·s des diverses plateformes.

Manœuvre politique

Le point de crispation, en revanche, réside dans l’implicite de beaucoup de ces contenus politiques qui apparaissent sous nos yeux sans être définis comme tels. En témoignent l’émergence de comptes Tiktok d’extrême droite très suivis comme celui de l’influenceuse Estelle RedPill, ou encore le featuring improbable à venir entre Emmanuel Macron et le duo de Youtubers McFly et Carlito qui apparaît comme un gigantesque coup de communication politique. Derrière l’apparente détente de figures politiques proches de la population et surtout du jeune public, il y a bel et bien une manœuvre politique destinée à emprunter les codes de notre quotidien en ligne pour nous atteindre sans en avoir l’air, au détour d’un contenu ludique destiné à notre détente.

Pour répondre à la question soulevée en intitulé de cet article : c’est sans doute un peu des deux. Internet a révolutionné une partie de nos comportements démocratiques, mais cela n’est pas sans danger pour nos pratiques. Comme n’importe quel outil, il dépend surtout de la manière dont on s’en sert, mais il serait intéressant de se pencher sur ses mécanismes.

PS : Pour vous épargner trois recherches Internet, sachez que la poussière se forme par le mélange entre le pollen, les fibres textiles, les fragments d’insectes, champignons microscopiques, de poils et cheveux, les cellules mortes de la peau humaine et divers polluants ; que l’on a des sourcils pour protéger les yeux des impuretés, exprimer des émotions et faciliter la reconnaissance des visages ; et qu’une partie des informations de ce discours était probablement déformée.

Par Marion Muller

Cet article fait partie de la sélection gratuite de notre numéro 4, « (Ré)inventer la Démocratie ». Le numéro est disponible à ce lien.

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