A Calais, la situation s’envenime

Une fois par semaine, Combat décrypte le sujet que VOUS avez choisi. Cette fois-ci, vous avez choisi celui sur la situation à Calais.

Symbole de la politique migratoire de la France et de l’Europe, Calais est devenu l’exemple préféré des personnalités politiques lorsqu’il faut défendre ou non les migrantes et les migrants. Alors que depuis 2016 et le démantèlement de la “Jungle de Calais”, de nombreuses migrantes et nombreux migrants tentent de quitter la France vers le Royaume-Uni pour des espoirs de vie meilleures, l’Etat Français continue de détruire de manière méthodique toutes ces tentatives, menant parfois à de réels affrontements et des scènes de violences parfois ultra-brutales entre les forces de l’ordre et les migrantes et migrants ou les associations humanitaires. Nous allons revenir ici sur l’une des plus grosses épines dans le pied de la France, mais aussi de l’Union Européenne de ces 30 dernières années.

Rappel historique

C’est au début des années 1990 que les premiers flux migratoires sont constatés. Des résidentes et résidents de l’ex-Yougoslavie arrivent dans le Nord de la France pour chercher une terre d’accueil ainsi qu’un nouveau départ (au sens propre comme figuré) au Royaume-Uni. Cela donnera alors lieu à un des premiers accords entre la France et le Royaume-Uni sur la surveillance de la frontière maritime avec le protocole de Sangatte. Ce protocole règlera l’art et la manière dont l’Etat Français s’occupera des flux migratoires vers le Royaume-Uni durant les années suivantes. Puis, à la fin de cette même décennie, en septembre 1999, un grand centre d’accueil de migrantes et migrants sera ouvert dans l’ancienne usine d’Eurotunnel à Sangatte, prévu pour 800 personnes. En 2002, alors que le centre avoisine les 1800 résidentes et résidents, le pas-encore-président Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, fera fermer l’établissement.

C’est ce même Ministre qui signera les accords du Touquet un an plus tard, en acceptant alors de déplacer la frontière britannique à Calais. Les affrontements entre migrantes, migrants et associations humanitaires avec les forces de l’Etat et territoriales vont se déplacer vers la ville de 18 000 habitantes et habitants. D’ailleurs, c’est à partir de cette date que la France va devenir “le bras policier de la politique migratoire du Royaume-Uni”[1].

C’est donc à Calais que se mettra en place celle qui est aujourd’hui appelée “Jungle de Calais”. Véritable village, avec son église, sa mosquée, ses commerces, les résidentes et  résidents vont y rester longtemps, au minimum quatre mois, allant parfois à plus, si la santé ou l’âge ne permettent pas de rester plus longtemps ou de courir après un camion ou un bateau gonflable. L’idée principale des politiques publiques est aussi d’éparpiller un maximum les migrantes et migrants afin qu’elles et ils ne puissent pas quitter le territoire national pour le Royaume-Uni. Pour ce faire, des Centre d’accueil et d’orientation seront mis en place, afin de rajouter une étape supplémentaire vers la demande de droit d’asile, ou encore des Centres de rétention administrative, étape précédant les expulsions.

Que se passe-t-il aujourd’hui?

Aujourd’hui, la situation en est ici. Au moins d’un point de vue administratif. Mais, d’un point de vue social et humanitaire, la question est toute autre. En effet, les associations présentes pour aider migrantes et migrants déplorent des conditions de vie et de traitements qui sont plus que limites, avec des destructions régulières des habitations de fortunes par les forces de l’ordre officielles ou non de l’Etat, mettant les migrantes et migrants dans un état de stresse, détresse et d’angoisse quotidien, qui vont alors tenter par tous les moyens de quitter le territoire français, risquant leur vie par noyade ou d’autres manières. L’Etat, par différents moyens, va faire usage de la force par le biais de sa “violence symbolique”, en la personne des forces de l’ordre. En mai dernier, des affrontements ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les demandeurs d’asile, ces derniers reprochant aux seconds la violence usée. D’après l’Auberge des migrants, un usage important de LBD ainsi que de grenades de désencerclement aurait été fait, image à l’appui.

Pour ne pas aider, les associations d’aide aux migrants ont de moins en moins de possibilités d’agir. Une des dernières restrictions en dates a été de demander aux associations l’arrêt de distribution de tracts pour confier aux migrantes et migrants des numéros utiles à appeler en mer, cela pouvant s’apparenter à de l’incitation à prendre un bateau pour quitter le pays.

Par Pierre Courtois–Boutet

Pour aller plus loin :

  • Un article de Basta, par ici
  • Démantèlement de la jungle de Calais : la situation 5 ans après, par ici

[1] Commission nationale consultative des droits de l’homme, 2015

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