En Tchéquie, une coalition de coalition A PRIS LA TÊTE du pays

Ce vendredi 14 janvier, le gouvernement tchèque a obtenu la confiance de la Chambre des députés trois mois après les élections législatives. La coalition conservatrice et libérale au pouvoir entend mener une politique en contraste avec l’administration précédente. 

Il est un peu plus de 19 heures, un technicien installe des projecteurs contre les murs de l’hôtel. Des faisceaux lumineux, bleus, blancs et rouges illuminent la façade du QG de campagne : la coalition de droite SPOLU, vient tout juste de remporter les élections législatives, battant sur le fil ANO, le parti du Premier ministre sortant. Son leader, le politologue Petr Fiala, enchaîne les interviews dans le hall. Il reste impassible, le regard froid, à peine un sourire esquissé. Nous sommes le soir du 9 octobre 2021, un processus de trois mois est enclenché. 

Une coalition conservatrice 

27,78% pour SPOLU, 27,12% pour ANO : les Tchèques ont plébiscité la coalition des trois partis de droite et centre-droite composée de l’ODS, de TOP 09 et du parti chrétien démocrate KDU-CSL, pour effacer les quatre années au pouvoir d’Andrej Babiš. L’extravagant entrepreneur milliardaire aux traits populistes est battu. Une défaite qui, selon Michel Perottino politologue à l’université Charles de Prague, est à relativiser : « c’est un scrutin proportionnel, vous ne pouvez pas gagner les élections, ça ne marche pas comme cela. » Le parti vainqueur doit en effet s’allier à d’autres forces politiques pour former une majorité dans les organes législatifs et former un gouvernement de coalition. Il ajoute que la défaite d’Andrej Babiš n’est pas conséquence d’un mauvais score enregistré par son parti mais de la disparition de ses partenaires potentiels. Communistes et sociaux démocrates ne siègeront pas à la Chambre des députés pour la première fois de leur histoire, leur électorat s’étant reporté sur ANO, le parti de l’ex-chef du gouvernement. Le politologue résume : « il a été victime de son propre succès. »

Petr Fiala donne une interview télévisée dans le hall de son QG de campagne au soir de sa victoire. © Damian Cornette

La coalition SPOLU partage des idées conservatrices. L’ODS est « très conservateur, proche des conservateurs britanniques et membre du parti conservateur européen. TOP 09 et les démocrates chrétiens le sont un peu moins. », nuance Michel Perottino. Sur le plan européen l’ODS se démarque des deux autres partis par son eurosceptisme affirmé. Pour former un gouvernement majoritaire à la Chambre basse, ces trois formations se sont alliées à une autre coalition, unie autour de valeurs libérales, formée par le parti pirate et le mouvement centriste des maires et indépendants STAN. C’est donc une coalition de coalition qui est aujourd’hui à la tête du pays. 

Un gouvernement à tenir 

Dans cette drôle d’entente, libéraux et conservateurs doivent faire front et jeu commun. Le garant de cette union est Petr Fiala nommé, fin novembre, Premier ministre par le Président tchèque Miloš Zeman. Un processus qui s’est étalé sur plusieurs mois en raison de deux hospitalisations consécutives de ce dernier pour des problèmes de foie et après avoir contracté la Covid-19. Il a même été question de recourir à l’article 66 de la Constitution qui permet le transfert des pouvoirs du chef de l’État aux présidents des deux chambres du Parlement lorsque que celui-ci n’est plus en capacité de les exercer. 

Mais finalement, Petr Fiala a revêtu son costume de chef de gouvernement lors d’une cérémonie surréaliste le 26 novembre dernier, avec Miloš Zeman, positif à la Covid-19, assis dans un fauteuil roulant et enfermé dans une boîte en plexiglas. C’est un rôle de coordination plus d’action qui attend donc le treizième Premier ministre tchèque. Son rôle est de « surveiller la majorité interne », explique Michel Perottino. Il ajoute : « en pratique le gouvernement prend ses décisions non pas à l’unanimité mais à la majorité. Il y a donc des votes au sein du gouvernement ». Après avoir signé l’accord de coalition et mené la session inaugurale de la Chambre basse, Petr Fiala et son gouvernement ont reçu la confiance des députés le 14 janvier.

Andrej Babiš range ses affaires en toute nonchalance et quitte l’hémicycle en dernier. Une mise en scène bien calculée. © Damian Cornette

Un programme politique flou

Avec comme mesure phare, la réduction du déficit budgétaire, la nouvelle administration tchèque doit toutefois concilier avec un budget en total déséquilibre voter par le précédent gouvernement. La coalition de coalition au pouvoir souhaite en effet incarner un retour à l’exigence budgétaire, après des années Babiš marquées par sa générosité en particulier envers les retraités : « c’est un gouvernement de droite : l’idée de base c’est de réduire toutes les dépenses et de diminuer la part de l’État dans l’économie », analyse Michel Perottino. 

Qui va payer ? D’après le politologue, les premiers signes indiquent que les fonctionnaires et les salariés seront les premiers touchés, alors que les plus aisés seront, eux, épargnés : « le discours c’est moins imposer le capital et plus imposer le reste. Avec encore une fois l’entreprenariat au centre de la politique. » L’entrepreneur incarne dans le pays la réussite sociale et économique et celui-ci est au coeur de la société tchèque. 

À l’internationale, la politique menée sera en faveur de l’Otan, contre la Russie et la Chine « même si économiquement c’est impossible », reconnait Michel Perottino. En ce qui concerne l’Europe, la position reste floue. Entre euroscepticisme et europhilie modérée, le choix n’est pas encore fait. Les partis gouvernementaux expriment des positions différentes sur la question. La Tchéquie succédant à la France à la présidence du Conseil de l’Union au prochain semestre, la question européenne sera au cœur de la vie politique du pays pour cette année 2022. 

Par Damian Cornette

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