Nous sommes le contre-pouvoir

Il y a quelques jours, nous alertions sur l’importance des élections présidentielles dans un contexte où l’urgence climatique et sociale est au rouge. Les résultats d’hier nous prouvent que l’avenir se fera sans, voire contre, les institutions.

« Imaginez. Vous pouvez voir le futur et vous êtes terrorisés par ce que vous voyez. Comment réagissez-vous ? Vous vous tournez vers qui ? Les hommes politiques, les grands industriels ? Et comment les convaincre ? Avec des données, des chiffres ? Bonne chance. Les seuls chiffres qu’ils ne contestent pas sont ceux qui alimentent la pompe à dollars et les rouages du système. Mais maintenant, imaginez qu’il soit devenu possible de supprimer les intermédiaires et d’implanter directement l’idée du désastre annoncé dans le cerveau des gens. La probabilité de l’anéantissement général ne cessait pas de progresser. La seule façon de l’empêcher, c’était de le montrer, pour provoquer un sursaut salutaire. Car enfin quel être humain normalement constitué ne se sentirait pas mobilisé à l’idée que tout ce à quoi il tient tant dans la vie est voué à disparaître. Pour sauver la civilisation, j’allais montrer son anéantissement. Et comment croyez-vous que les gens ont réagi à une telle perspective ? Comment se sont-ils comportés à l’annonce de l’imminence du désastre ? Ils l’ont gobée comme un éclair au chocolat ! Loin de redouter leur propre fin, ils l’ont recyclée. Ils se repaissent dans les jeux vidéos, les émissions télé, les livres, les films. Résultat : soudain, le monde entier vénère l’apocalypse et se rue dans les bras du néant avec une joyeuse inconscience. »

– Tomorrowland (À la poursuite de demain), 2015

De manière générale, une personne toxicomane ou alcoolique prend conscience qu’elle est en train de sombrer au moment où elle frôle la mort. Apparemment, la France trouve que le chaos n’est pas encore à portée de main. Et que nous pouvons bien sombrer encore un peu. Face au danger, l’adrénaline est encore bien trop puissante.

La victoire de l’inconscience

Il y a quelques jours à peine, le GIEC nous mettait pourtant en alerte. Nous avons trois ans, trois pauvres années pour réduire la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Pendant ces dernières vingt-quatre heures, militants, activistes, scientifiques, citoyens de tout bord se sont réunis pour appeler à voter pour un avenir désirable, ou du moins vivable. Finalement, le dimanche suivant, nous avons fait le choix aussi dangereux qu’incohérent de rejouer la même saison qu’il y a cinq ans. En avril 2017, nous avions élu un président sans programme, presque sans débat, ni-pour-ni-contre-tout. En avril 2022, nous nous apprêtons à signer pour un président sans programme, sans campagne, sans débat, ni-pour-ni-contre-tout, qui a brillé ces dernières années dans sa capacité à détruire le service public, des hôpitaux à l’éducation en passant par les transports et l’aide à la jeunesse. Un président pour lequel l’urgence climatique ressemble avant tout à un vaste divertissement – il se déplacera sans doute pour la prochaine COP, de la même manière que son premier ministre, Jean Castex, s’est déplacé pour aller voter… en jet privé. Comment peut-on imaginer se sentir représenté par un premier ministre qui n’hésite pas à faire partir en fumée 10 000 euros et un bilan carbone nauséeux pour un trajet Paris-Perpignan ? À lui seul, notre actuel premier ministre prouve à quel point son gouvernement est absolument déconnecté du quotidien de la population et de la catastrophe environnementale à venir.

Vous savez. Ce gouvernement que l’on s’apprête à reconduire.

En réalité, ces élections ne sont pas le simple copié-collé des précédentes. Elles sont bien pires. Elles sont pires, car elles prouvent notre incapacité à saisir l’urgence de la situation et à faire de l’un de nos uniques outils démocratiques un outil de changement, de rébellion, de prise en main de notre destin. Elles sont pires, car elles marquent définitivement l’égo surdimensionné de nos politiques qui, plutôt que de s’effacer au nom de l’intérêt collectif, ont préféré sans cesse diviser quitte à réaliser des scores ridiculement bas et laisser passer notre dernière opportunité politique d’aller de l’avant.

Et maintenant, on fait quoi ?

Nous le pressentions déjà la semaine dernière. Aujourd’hui, cela coule de source : si nous voulons offrir aux générations à venir un peu d’espoir et de terre vivable, la carte politique traditionnelle n’est plus suffisante. Quoi qu’il arrive aux législatives, tout se joue désormais sur le terrain. Puisqu’ils ne nous respectent pas, puisqu’ils ne respectent pas nos enfants, à quoi bon continuer d’être politiquement corrects ? C’est à nous, à vous désormais, de faire de la politique. De nous organiser, de trouver des solutions à la marge, dans des collectifs, des associations, des syndicats, des soulèvements, des ZAD, toute forme d’organisation qui nous permettra de contrebalancer les mesures gouvernementales à venir. Soyons inventifs et fous. Mettons en place des espaces où imaginer et bâtir des futurs désirables. Il est peut-être encore temps de ne pas se résigner, de profiter de cette mascarade démocratique pour tout reprendre à zéro, sans eux. De tout détruire pour mieux reconstruire.

Ces élections sont des élections ratées. Mais plutôt que de baisser les bras, et si nous les voyions comme le début d’une nouvelle ère ? Une ère où l’on parviendrait à se défaire d’un gouvernement qui ne bâtit que des ruines. Une ère où notre colère et notre désespoir se transformeraient en rage créatrice, capable de bâtir un monde plus juste. Une ère où nous serions bien plus intelligents qu’eux, où nous laisserions de côté nos différends et nos rancœurs pour nous allier et mettre en place la société qu’ils nous refusent et que pourtant, nous méritons.

« Et pendant ce temps-là, votre Terre commence à pourrir sous vos yeux, et les gens à mourir simultanément, les uns d’obésité, les autres de faim. Si quelqu’un est capable de m’expliquer ça, ça m’intéresse. Les papillons et les abeilles disparaissent. Les glaciers fondent. Les algues prolifèrent. Partout les signaux sont au rouge. Le canari meurt au fond de la mine. Et malgré cela, personne sur Terre ne réagit. Pourtant à tout moment, il est possible d’œuvrer pour un avenir meilleur, mais personne ne veut plus y croire. Et comme personne ne veut plus y croire, personne ne fait rien et le cauchemar devient réalité. Alors, vous ronchonnez contre cet affreux futur, et vous vous installez dans la catastrophe, et cela pour une seule raison : parce que ce futur n’exige rien de vous à l’heure qu’il est. Alors oui, nous avons vu l’iceberg. Nous avons alerté le Titanic. Mais vous avez continué à foncer droit dessus à pleine vapeur. Pourquoi ? Parce que vous voulez couler. Vous avez baissé les bras. »

– Tomorrowland (À la poursuite de demain), 2015

Hier a été un échec. Aujourd’hui, il est temps de préparer les années à venir. À nous de jouer. Il est venu le temps de nous rassembler, de résister et de créer. Surtout, n’oublions jamais l’instruction de Thoreau : à partir du moment où la loi n’est plus juste, eh bien, enfreignez la loi.

Pour que la population civile, alliée au Vivant, devienne réellement un contre-pouvoir.

Par Charlotte Meyer

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s