Poème librement inspiré d’un autre poème, en images celui-là, du réalisateur tchécoslovaque Vojtěch Jasný. Un jour un chat sort en 1963, année d’une décennie où, écrit Milan Kundera, « certains arts, comme par exemple le cinéma tchèque, sont en train de vivre leur âge d’or » — alors que la culture est muselée par le régime en place.
Elle excelle, la stratégie révolutionnaire !
Qui consiste à se cacher comme des enfants.
Film sur l’hypocrisie et sur un chat à lunettes
Devient manifeste anti-gouvernement.
Le véritable humour, éclatant de subtilité, se voit soudain pétri d’une incisive morale…

Mômes se colorent mais de rouge seulement
Que restera-t-il des dissidents ?
D’où provient vraiment le courage ?
S’évapore-t-il au gré de l’âge ?
Ah, chers idéaux d’antan !
Brisés par la force obscure du décalage
Avec ceux qui croient pouvoir vivre en mentant
Fous d’une époque où passivité fait rage
Où illusions minent les sentiments
Candeur d’une lutte portera le message
D’un vif combat aux aspects déroutants.
Libre éclat ardent étalage
De cette passion qui rend souriant
Ils ignorent la vigueur du peuple qui enrage
Ils ignorent la ferveur qui règne dans ses rangs.
Criez leurs noms dans la ville blafarde
Hurlez le sang de votre chair disparue
Quand franchie sera l’étape du naufrage
Quand soudain sous vos yeux tout sera décousu.
Porte haut la pancarte juste revenant
Sois la relève de celles et ceux qui s’acharnent
À bas despotisme menteur et sans plumage
Moqueuse tyrannie qui décime les gens !
Les mots peuvent-ils confondre les époques ?
Photo tirée du film Až Přijde Kocour (Un jour un chat) © Národní filmový archiv, Prague
Pour aller plus loin : Milan Kundera, Un Occident kidnappé

