Un conte moderne

Le vendredi, une fiction ou un bout d’histoire… Cette semaine, plongée dans un imaginaire pas si fictif.

Il était une fois, un monde habité par des gens en colère, gouverné par les papes de la violence dissimulant la haine des leurs sous le noir des soutanes. Ces papes de la Terreur faisaient régner la peur et l’oppression sur leurs royaumes. Royaumes en cendres, royaumes en crise, royaumes d’atrocités perverses, pourvu qu’à la fin ils gagnent, pourvu qu’à terme leurs sujets se noient. Dans leurs larmes, inondations sans précédent, ou dans les eaux croupies d’un système mortifère qui broie, lapide, massacre.

Il était une fois, des milliards de petites âmes égarées dans ce bourbier, ensevelies petit à petit dans les rouages d’un temps qui ne leur appartenait pas, ne leur appartiendra jamais, ne leur a jamais appartenu, vouées à suivre les dogmes du capital, perdues dans des rouages rouillés qui blessent, mutilent, tuent. Petites âmes errantes entre les méandres de politiques abjectes, destinées à s’éteindre à petit feu, ou lapidées en place publique de ne pouvoir suivre ce mouvement sans fin.

Désobéissez, et vous recevrez le courroux diabolique de ces pontes machiavéliques qui viendront jusqu’à votre demeure vous tirer des bras de Morphée alors que le jour se lève à peine sur une Terre désolée.

Sortez de ce système et l’univers de ces suppôts de Satan vous cueillera à la moindre occasion, vous liant pieds et poings sur l’autel de la soumission.

Repliez-vous, et ils utiliseront toute leur force pour vous contraindre à marcher droit, à suivre, bêler avec les autres.

Cachez-vous, et ils surveilleront chacun de vos gestes de leur œil sournois. Liberté mon amour.

Il était une fois un monde où les pires pourritures de l’humanité recevaient des médailles, couronnés d’or pour leurs méfaits. Un monde où la banalisation du crime, sous toutes ses formes, était si ardue qu’elle touchait tout, sans discrimination aucune. Un monde où l’eau, la terre, l’air, périssaient dans les flammes d’un enfer porté aux nues. Où chaque centimètre de la Vie était obtenu à coup de crosse, à coup de fusil, à coup d’argent. Où la volonté propre n’avait pas son mot à dire. Dans un monde ouvert aux brasiers, qui brûle, brûle, brûle.

Ne pas sourire, pour ne pas avoir l’impression de trop vivre. Ne pas réfléchir, pour toujours suivre aveuglément les diktats de la marée qui submerge. Marée noire du sang de la Terre, d’écume de haine, d’épines de rage. Plonger à corps perdu dans la peur, qu’elle prenne tout ce qui reste du cœur.

Un monde où même les révolutionnaires finiraient par se taire. Révolution du silence et de la joue tendue. Avènement des tortionnaires. Distorsion de la réalité. Destruction de la Beauté.

Il était une fois 2023.

Si ce conte moderne nous était conté.

Par Jessica Combet

Jan Cossiers, Prometheus Carrying Fire, 1637

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