Dans le cadre de notre conférence sur les utopies samedi 16 mars à l’Académie du Climat, Combat vous présente ses invités. Aujourd’hui, Mathilde Trocellier vous emmène à la rencontre de Jean-Baptiste Le Hen, réalisateur !
En entrant à AgroParisTech en 2019, Jean-Baptiste Le Hen ne s’attendait pas à devenir réalisateur. Celui qui signait l’année dernière son premier court métrage Un autre monde est possible avait choisi cette école non pas pour son cursus cinéphile, mais bien pour les possibilités qu’elle représentait. « C’est une école qui avait une spécialité science politique, ce qui permettait de faire un double diplôme avec Science Po. Je connaissais peu le monde de l’agriculture, et encore moins celui de l’agroalimentaire, donc je ne savais pas trop si la formation ingénieur agro allait me convenir. Mais le grand nombre de spécialités différentes proposées à AgroParisTech m’a plu. » Pour autant, Jean-Baptiste Le Hen se sait destiné pour le grand écran : « j’ai toujours pensé que je ferais un jour ou l’autre un métier artistique ou en lien avec le cinéma. » L’opportunité s’est finalement présentée en 2023, avec une idée de scénario mélangeant parfaitement les ambitions environnementales et artistiques du cinéaste.
Façonner la réalité à l’écran
Un autre monde est possible est donc avant tout la concrétisation d’un projet personnel : agir. En proposant son « autre monde », Jean-Baptiste Le Hen réalise le sien, mais ne s’arrête pas à son propre intérêt. Car dans son film, il est bien question d’inclure le public. Le scénario est simple : Thomas et sa voisine Sophie sont conscients du réchauffement climatique, mais ne se sentent pas prêts à changer. Ils ne croient pas trop à toutes ces histoires de décroissance ou de monde plus résilient. Ils se réveillent cependant un matin dans un monde écologique. Fiction positive sur l’écologie, ce film a pour vertu de « s’imaginer plus concrètement les notions de Décroissance, de Low Tech et d’Agroécologie », tout en faisant émerger « de nouveaux récits sur un avenir souhaitable, car ces récits manquent à la lutte écologique ».

Grande ambition pour court métrage : rien n’effraie Jean-Baptiste Le Hen qui ne craint pas de dire qu’un monde écologique et sobre serait un monde souhaitable. « Il ne faut pas croire que le futur est écrit à l’avance et qu’il n’y a que deux options : l’effondrement ou un futur high-tech. La vérité, c’est que ces deux futurs sont très probables mais pas certains. D’autres options s’offrent à nous. » Il ajoute vouloir montrer que « vivre dans un monde plus sobre, ce n’est pas retourner vivre au Moyen-Âge. Il y a énormément de superflu dans nos vies d’aujourd’hui et nous ne serions pas plus malheureux en nous en passant. L’essentiel de ce qui fonde notre bonheur réside dans les avancées de la médecine, les acquis sociaux et la satisfaction de nos besoins vitaux. Nous pouvons conserver ces éléments dans une société bien moins polluante. » Bien dit !
De l’écran à la réalité
Reste à voir si la fiction peut infuser la réalité, l’inspirer. Un pari réussi selon l’ingénieur cinéaste, qui raconte avoir eu de bons retours après les projections de son film, même en dehors des cadres militants. Des retours, mais aussi des initiatives directes, qui témoignent de l’utilité d’un tel message. « J’ai une amie qui a réduit sa consommation de viande, et un autre qui a décidé de se lancer dans la réalisation de sa propre utopie écologique après avoir vu le court-métrage. » Des petits pas qui font des marches de géant, tant on nous vante l’importance des gestes individuels pour réduire notre impact écologique.

Pour Jean-Baptiste Le Hen, son court métrage est une première étape à la prise de conscience écologique. Il le qualifie d’ailleurs de « positif », car il ne « cherche pas à utiliser la peur pour dénoncer ou pousser le spectateur à agir. » C’est au contraire par l’espoir que tout se joue, par l’humanité incarnée dans le court métrage que le public peut choisir de réagir en conscience de cause. Après tout, « c’est avant tout une histoire humaine qui se déroule dans un monde où les humains sont heureux. » Il ne reste alors plus qu’à mettre en application les enseignements d’Un autre monde est possible.
Une forme de mobilisation personnelle
Avec son film, Jean-Baptiste Le Hen façonne son monde rêvé, mais s’inscrit aussi dans sa réalité : celle d’un ingénieur, féru de cinéma, qui voit son engagement passer par ses créations. Une mobilisation personnelle, qui démontre l’importance de l’art dans la création d’un monde meilleur. Inscrit dans la même école que ces huit étudiants qui, en 2022, avaient annoncé, durant leur cérémonie de remise de diplôme, vouloir déserter les métiers pour lesquels ils avaient été formés, le cinéaste n’a pas pris la même voie. Pour lui, il faut continuer d’avancer avec les outils qui nous sont donnés, quitte à en créer de nouveaux dans le temps. « Je suis admiratif des personnes qui ont fait ce discours et je soutiens leur engagement. Cependant, ce n’est pas de cette manière que je compte m’engager. Je déserterai peut-être si je pense qu’il ne reste aucune autre option pour changer la société. Pour le moment je veux essayer différentes méthodes. Je trouve que nous n’avons pas encore tout essayé pour faire changer les choses. »
Plein d’espoir, comme son cinéma et le monde qu’il représente, Jean-Baptiste Le Hen prend la réalité à bras le corps pour faire avec elle. Pas question de refuser, il faut remodeler. Sa propre identité elle-même est en constante évolution : « Je suis un ingénieur qui s’essaie au cinéma. Je n’ai pas de formation de réalisateur et surtout je ne suis pas certain d’en faire mon métier. Si la série que je réalise cette année fonctionne bien, j’aimerai continuer à m’engager mais plus avec la casquette d’ingénieur ou pourquoi pas celle de politique ou d’entrepreneur. » Aucune porte ne se ferme pour Jean-Baptiste Le Hen, et sûrement pas celle de l’écologie.
On vous met l’eau à la bouche en vous teasant notre prochaine conférence :
- De quelle conférence vous parlez ?
- L’académie du quoi ? https://combatlemedia.com/2024/03/11/a-lacademie-du-climat-notre-interet-cest-linteret-general/

