Carla Dominique, détective d’utopies audiovisuelles

Autrice d’un mémoire de recherche sur les nouveaux imaginaires durables au cinéma, Carla Dominique est désormais spécialisée sur les enjeux de responsabilité du secteur audiovisuel. Elle est l’une des invité·es de notre conférence « Utopies, l’art au service de demain », qui se tiendra le 16 mars prochain à l’Académie du Climat.

Son travail était d’imaginer. Non : il était d’analyser l’émergence de nouveaux modes de représentation de la crise climatique à l’écran. Car les films apocalyptiques effectivement défilent, ceux qui montrent une réalité pire que l’existante – et cela a un impact sur nos consciences. Recevoir des images systématiquement pessimistes ne pousserait pas au changement. Il fallait donc montrer autre chose. « Les représentations catastrophistes fleurissent au cinéma parce qu’il est plus facile de se complaire dans des dystopies, détaille Carla Dominique. On projette des catastrophes pour que, quand nous sortons de la salle, nous nous complaisions dans cette réalité qui nous paraît plus profitable, sans qu’elle ne le soit réellement. Mais si des solutions ne sont jamais représentées, il est difficile d’imaginer des futurs plus positifs. »

Alors, dans ce mémoire de recherche réalisé l’année dernière, Carla Dominique s’est focalisée sur les films alternatifs. Elle cite par exemple Un Autre Monde est Possible, le court-métrage de Jean-Baptiste Le Hen — réalisateur qui sera également présent lors de notre conférence. « Cette production est surprenante, parce qu’elle donne à voir une société écologique tout en accordant un grand soin aux personnages. Pour certains d’entre eux, le changement climatique n’existe pas, parce qu’ils n’y sont pas confrontés. C’est un impensable. Et cela permet de rassurer les activistes, de donner confiance sur le fait que quelque chose de mieux peut advenir. »

« Les représentations catastrophistes fleurissent au cinéma parce qu’il est plus facile de se complaire dans des dystopies » « Don’t Look Up ». © Netflix

Des cadres positifs

Cette implantation de cadres positifs, rare dans le cinéma actuel où, comme le note Carla Dominique, le changement climatique est soit inexistant, soit montré comme un phénomène inéluctable, est nécessaire. « C’est un moyen intéressant pour activer les changements après la projection d’un film, explique-t-elle. Pour perpétuer la prise de conscience, l’inscrire dans le réel. » Le film, puis le suivi du film. Le pendant et l’après, l’ancrage de la réalisation dans une lutte concrète. Cette lutte écologiste, Carla Dominique la rejoint pendant ses études en entrant au collectif « Pour un réveil écologique ».

Mais pourquoi s’intéresser au cinéma plutôt qu’aux écrits ? « Il y a l’émergence d’un véritable mouvement dans la littérature avec, par exemple, Jean-Pierre Goux. Mais pour le cinéma, l’enjeu est de pousser les cinéastes à en produire davantage, car c’est aussi le sens de la culture que d’accompagner ces questions. Je pense par exemple que les acteurs de l’audiovisuel ont un rôle à jouer encore plus grand sur l’évolution des comportements que sur leur propre décarbonation. »

Aujourd’hui, après avoir été diplômée d’une école de commerce, Carla Dominique travaille dans le secteur de la responsabilité sociétale des entreprises. Ce qui lui permet également de jeter un coup d’œil sur le traitement médiatique réservé au changement climatique. « Il y a de véritables avancées. Les journalistes, qui étaient peu formé·es sur les sujets environnementaux il y a quelques années, les traitent désormais beaucoup mieux. Mais il y a toujours des progrès à faire. »

Retrouvez Carla Dominique pour un débat passionnant avec Koclico (artiviste), David Meulemans (Directeur des éditions aux Forges de Vulcain) et Jean-Baptiste Le Hen (réalisateur) le 16 mars prochain à 16h à l’Académie du Climat, 2 place Baudoyer, 75004 Paris !

Par Elena Vedere

On vous met l’eau à la bouche en vous teasant notre prochaine conférence :

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