consentement des enfants : L’éternel oubli

SEMAINE SPECIALE DROITS DE L’ENFANT. Pionnière de la parentalité positive, Catherine Dumonteil-Kremer estime que la scolarisation éteint souvent le goût profond que nous avons pour l’apprentissage.

Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024.  L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.

L’une de mes passions dans la vie, c’est l’apprentissage. En ce moment, je suis un cours en ligne sur le consentement. C’est fascinant. À chaque vidéo, chaque commentaire des participants, je réalise à quel point notre société a évolué, ou du moins à quel point sa dimension progressiste devient manifeste, bien que parfois subtile. Comprendre la dynamique du consentement demande une bonne conscience de soi et des autres. Il est essentiel de percevoir les rapports de force qui dominent encore certaines relations, afin de les éliminer complètement.

Dans mon quotidien, je suis entourée de jeunes adultes, y compris mes filles, qui se soucient constamment de savoir : « Es-tu d’accord ? », « Es-tu sûr(e) de vouloir faire cela ? », ou encore : « Non, ce n’est pas acceptable pour moi », « Je préférerais que tu évites ceci ou cela ». Et cela dans tous les domaines de la vie. Même dans les milieux militants, autrefois imprégnés de rapports de domination, je remarque de nombreuses améliorations. Prenons l’exemple des militants du « Soulèvement de la Terre » qui, après les traumatismes vécus l’année dernière, organisent des groupes de soutien pour accompagner chacun de leurs membres. L’individu, ses besoins et ses émotions sont devenus une préoccupation constante. Nous comprenons enfin que, pour préserver son énergie, l’activiste a besoin de respect, d’accompagnement et de répit.

Aux racines des rapports de domination

Cependant, si le consentement se diffuse lentement dans diverses sphères progressistes de la société, il semble que les enfants soient absents de ces préoccupations louables. Pourtant, le manque de respect, cette attitude qui consiste à croire qu’il faut « obtenir » le consentement par tous les moyens, ou encore l’obéissance aveugle à l’autorité, sont directement liés à l’éducation que nous avons à peu près tou·te·s reçue. Tous les rapports de domination trouvent leurs racines dans ces quelques années que l’on appelle « l’enfance », où nos parents ont tenté, par divers moyens, d’obtenir notre obéissance. Ils nous ont contraints à manger, à dormir à des heures imposées, à rester tranquilles, à ne pas faire trop de bruit, à réprimer nos insatisfactions bruyantes, et à « réussir » dans la vie avec de « bons » résultats scolaires. L’éducation des enfants semble être l’accumulation de contraintes que nous devons accepter comme inévitables pour que notre société continue de fonctionner de manière très hiérarchisée, et oppressive.

Mais qu’en est-il du consentement des enfants ? Il est rarement recherché, et surtout pas en ce qui concerne l’école. Lorsque j’ai déscolarisé mon premier enfant, après des années de maternelle joyeuses où ma fille semblait heureuse car très appréciée par son enseignante, son entrée à l’école primaire a marqué un tournant. À cette époque, j’étais enceinte de mon troisième enfant et je préparais un accouchement à la maison. Nous vivions tout près de l’école, et chaque matin, ma fille hurlait qu’elle ne voulait pas y aller, me tirant par le bras pour retourner à la maison. Cela me brisait le cœur. J’essayais de comprendre. J’avais rencontré l’enseignante de CP, mais ma fille criait son désespoir tous les matins, et je repartais triste, après l’avoir laissée à l’école, alors qu’elle n’était pas d’accord.

La liberté de vivre ensemble

Début octobre, ma sage-femme m’a parlé d’une formation Montessori dans notre région. Nous nous sommes inscrites toutes les deux. C’est elle qui m’a révélé : « Tu savais que tu peux ne pas scolariser tes enfants ? » Non, je l’ignorais. Mais quelques jours plus tard, ma lettre de déclaration d’instruction en famille (IEF) était dans la boîte aux lettres de l’inspecteur d’académie, et ma fille était déscolarisée. J’ai alors goûté à cette liberté, cette confiance que la loi nous accordait. Oui, je pouvais écouter mon enfant et son refus, tout en me souciant de ses besoins d’apprentissage à la maison. J’ai découvert que bon nombre d’apprentissages scolaires peuvent se faire au quotidien : compter les couverts pour mettre la table, cuisiner ensemble, lire des recettes, des histoires, philosopher, socialiser avec d’autres familles, avoir des activités en dehors de la maison, et même organiser un grand voyage à quelques kilomètres de chez soi.

Le régime déclaratif offrait une grande liberté aux parents, y compris celle de revenir à l’école si les enfants en faisaient la demande, ou si les circonstances de la vie de famille ne permettaient plus l’IEF. Cela laisser l’occasion de respirer en famille, d’apprendre ensemble, de vivre au rythme de chacun. Et cela pouvait durer un an, cinq ans, dix ans. Parents et enfants pouvaient goûter à la liberté de vivre ensemble, sans la pression scolaire, sans la compétition, et sans les journées interminables qui pèsent de plus en plus sur les épaules des enfants obligés, dès leur plus jeune âge, de se rendre chaque matin dans des établissements qui ne répondent pas toujours à leurs besoins.

Que se passerait-il si nous nous préoccupions réellement du consentement des enfants à être scolarisés ? Certains adultes parleraient sans doute du « goût de l’effort » et de la « paresse naturelle » qui pourraient se développer. Mais je vais vous dire ce que je pense : la scolarisation éteint souvent le goût profond que nous avons pour l’apprentissage. Nous devrions nous concentrer sur l’enthousiasme naturel que nous avons pour apprendre, plutôt que sur l’effort en lui-même. L’effort découle naturellement de la passion d’apprendre, alors qu’il peut, paradoxalement, détruire cette même passion si l’on se focalise uniquement sur lui.

Il est temps de redonner aux familles la confiance et la liberté d’organiser l’éducation de leurs enfants en dehors du système scolaire, en revenant au régime déclaratif.

Catherine Dumonteil-Kremer

Considérée comme une pionnière de la parentalité positive, Catherine Dumonteil-Kremer est consultante familiale, formatrice aux techniques de communication, éducatrice Montessori. Elle a fondé l’association La Maison de l’Enfant en 1998 et a instauré la Journée de la non-violence éducative en France en 2003. Elle fait partie des membres fondateurs de l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire (OVEO) et a créé le premier magazine dédié à la parentalité positive, PEPS, en 2012.

Catherine Dumonteil Kremer, La parentalité créative – guide dessiné de la naissance à 6 ans, First, 2020

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