SEMAINE SPECIALE DROITS DE L’ENFANT. Dans ce témoignage, un jeune revient sur son expérience au LAP, dont le fonctionnement bien particulier a pris fin cette année.
Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024. L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.
Après des années scolaires traditionnelles en maternelle, primaire et en sixième j’ai intégré le Centre de Référence pour l’Evaluation Neuropsychologique de l’Enfant (CERENE), un établissement prenant en charge les différents handicaps dits DYS. Les domaines dans lesquels la personne DYS a des difficultés peuvent êtres praxiques, lectrices… Je l’ai intégré à ma demande, auprès de mes parents, pour reprendre confiance en moi, suite à du harcèlement lié à ces mêmes handicaps.
La structure présentant un énorme coût (1000€ par mois) et la Maison Départementale des Personnes en situations de Handicap (MDPH) jugeant mon cas pas assez important, ou bien me jugeant pas assez handicapé, nous n’avions que mes Allocations d’Éducations d’Enfant Handicapé (AEEH) soit 230€ par mois, pour nous aider à la payer. J’avais enfin passé une bonne année où je repris confiance en moi et où je m’impliquais enfin bien dans mes apprentissages. Malheureusement, je pris vite conscience des coûts que je représentais pour ma famille. Ne voulant être un poids plus important que je ne l’étais, je pris «contre ma volonté» la décision de revenir dans mon ancien établissement.
Alors en dépression, à cause du confinement suite à l’épidémie de COVID-19 et à nos conflits familiaux, je réintègrais difficilement mon ancien collège public. J’éprouvais de nombreuses difficultés scolaires et personnelles, cela m’amenait à être très souvent en retard ou absent aux cours. Les réflexions incessantes pour que je justifie tout cela me pesaient et me conduisaient à des sanctions, souvent à des heures de colle, me mettant encore davantage en difficulté. Hormis cela, il y avait en grande partie le comportement des autres élèves, ou encore le manque de respect à l’intérieur des classes qui faisaient que je n’arrivais pas convenablement à suivre certains cours. Hormis le suivi des cours, les comportements des autres accentuaient mes difficultés et ce, malgré mon plan d’accompagnement personnalisé (PAP) m’autorisant même à avoir un casque antibruit en classe, mais cela ne suffisait pas, ou était trop socialement inadapté.
De la démocratie en milieu scolaire
C’est donc suite à ces difficultés et à mon envie d’être mieux accompagné, plus inclus dans les cours et le fonctionnement de l’établissement scolaire, que j’ai en premier lieu souhaité rejoindre le Lycée Expérimental de Saint-Nazaire (LXP). J’y avais de nombreux amis, plus de libertés et pas de famille avec qui avoir des conflits incessants. Après une visite au LXP et plusieurs visites de Saint-Nazaire, c’est la distance avec Paris qui m’a convaincue, après 14 ans dans la capitale ; d’autant qu’au fil de l’année, mes relations familiales se sont améliorées. Par conséquent, j’ai choisi le Lycée Autogéré de Paris (LAP) par la suite, pour son fonctionnement similaire.
Je parle donc de son autogestion. L’autogestion scolaire est la pratique d’une cogestion entre élèves et professeurs. Celle-ci s’exerce dans l’entièreté du fonctionnement de l’établissement. Nous pouvons ensemble gérer le budget, le ménage, l’entretien, le jardin, l’administration, la k’fet, ainsi que les sanctions. Car oui, dans ces établissements, une démocratie règne, chacun à son mot à dire. Ainsi à chaque début d’années, nous discutons de nos règles et en cas de non-respect de celles-ci, une commission « justice » composée de trois élèves et deux professeurs aura lieu.
Au LAP, l’entièreté des matières étaient pratiquées contrairement au LXP. Nous n’avions que quelques heures en moins, puisque remplacées par notre gestion commune du lycée. Cela ne représentait qu’une heure de cours en moins dans quelques matières chaque semaine. Nous avions des ateliers d’environ deux heures tous les deux jours où nous pouvions faire du théâtre, des figures acrobatiques, de l’apprentissage des mixages audio ou lumières en soirées… Il y avait aussi des projets. Certains concernaient parfois notre fonctionnement, tel que le projet jardin. D’autres étaient des voyages organisés mutuellement par les élèves et professeurs tandis que certains consistaient par exemple à voyager le jour-même, à des lieux imprévus à l’avance, d’autres à réparer des vélos…
La fin du LAP
Avoir choisi ce lycée m’a permis d’entreprendre une scolarité plus saine. Professeurs comme élèves n’étaient pas forcés de venir, ils le faisaient avec envie. Ainsi les cours n’étaient plus perturbés, nous nous entendions tous avec respect mis à part quelques AG houleuses. De plus, mes nombreuses absences dues à d’autres raisons médicales ne m’ont en aucun cas posé problème, grâce au LAP. J’ai même pu parfois sociabiliser au lieu d’aller en cours lorsqu’il était pour moi mentalement impossible d’étudier.
Ce lieu m’a apporté, en soi, le seul espace sain que je chérissais dans ma vie. Enfin, je trouvais ma place. Bien sûr, tout n’était pas parfait, mais c’était mille fois mieux que ma famille proche dysfonctionnelle, que mon collège où étudier était devenu presque impossible, ou d’autres lieux que j’ai pu fréquenter : ma chambre, les hôpitaux. Jamais je ne me sentais à ma place, sauf au LAP. Là-bas, j’y avais enfin trouvé des amis, avec qui j’ai pu garder des relations épanouies. Là-bas, ma condition médicale, physique comme mentale était comprise et respectée à merveille par tous. Là-bas, j’étais mieux suivi que dans tout autre établissement public, peut-être même mieux qu’au CERENE qui était pourtant fait pour justement assurer un meilleur suivi.
Maintenant le LAP est mort, 21 professeur.es ont été remplacé.es, des élèves également sont parti.es, sa réputation est entachée par les années tumultueuses que nous avons vécues. Son autogestion a disparu. Nous ne serons maintenant, en quelque sorte, que les pions de la proviseure qui nous dira quoi faire, comme elle l’entend, sans forcément nous consulter. J’ai vu bon nombre d’élèves ici, présents pour des conditions médicales physiques ou mentales, ou même des handicaps, s’effondrant à l’annonce de l’arrêt du LAP. Beaucoup voyaient le LAP comme leur dernière chance.
Bref, l’alternative au LAP ne convainc pas forcément, et l’avoir changé pour des raisons aussi pitoyables que mal présentées et injustifiées me paraît totalement déraisonnable.
Note : Le lycée autogéré de Paris (LAP) était un lycée expérimental (1982-2024) créé sous le ministre de l’Éducation nationale Alain Savary. Des enseignants et des jeunes (pour certains en « rupture » avec le système éducatif) en sont les fondateurs. Le LAP s’adressait à des adolescents et des jeunes adultes, âgés de 15 à 21 ans, dans une alternative au système éducatif traditionnel. Il mettait les élèves en condition d’autonomie. À partir de la rentrée 2024, il est remplacé par le lycée innovant de Paris (LIP)
