Quels adultes pour demain ?

SEMAINE SPECIALE DROITS DE L’ENFANT. Pour Clara Bellar, évoquer la suppression de la liberté d’apprentissage, c’est poser la question de l’être et du devenir de notre société.

Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024.  L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.

Cette rentrée scolaire marque une sombre date pour les moins de 16 ans, et sera un cauchemar pour de nombreux enfants français : les harcelés ; les dys ; les ADD et autres étiquettes justifiées ou non (nombre de ces labels tentent de nous faire oublier qu’il n’est pas physiologique pour un enfant de rester assis 8 heures par jour). Pour ceux que l’on dope à la Ritaline ou à l’Aderol afin de les dompter, malgré tous les effets secondaires dramatiques de ces drogues dures. Et pour les enfants qui ont pu goûter à la liberté d’apprentissage, à l’auto-détermination et à la confiance en leurs capacités de faire des choix justes pour eux-mêmes.

Aux origines de l’instruction obligatoire

On entend souvent toutes sortes de désinformation sur l’Histoire de France. En particulier, on nous raconte que l’école serait obligatoire depuis Jules Ferry. Alors que c’est l’instruction que ce grand colonisateur a rendu obligatoire. Afin de démystifier l’Histoire de notre pays, nous avons inclus des textes de cet illustre monsieur dans notre livre Être et devenir, Faire confiance à l’apprentissage Naturel des Enfants. Son discours “Mission civilisatrice de l’homme blanc” à l’Assemblée nationale* est particulièrement éclairant sur les intentions de l’école de la république comme instrument principal du colonialisme, avec l’arrogante agressivité qui conduisit à prétendre « civiliser », « cultiver » les autres, tout en les humiliant.

En voici un extrait :

• “M. Jules Ferry. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (Rumeurs sur plusieurs bancs à l’extrême gauche.)

M. Jules Maigne. Oh ! Vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’Homme !

M. de Guilloutet. C’est la justification de l’esclavage et de la traite des nègres ! (…)

M. Jules Ferry. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… (Marques d’approbation sur les mêmes bancs à gauche – Nouvelles interruptions à l’extrême gauche et à droite.)

M. Joseph Fabre. C’est excessif ! Vous aboutissez ainsi à l’abdication des principes de 1789 et de 1848…

ARTICLE

C’est notre gouvernement actuel qui, pour la première fois dans l’Histoire de France, décide souverainement que l’instruction en famille n’est plus un choix qui nourrit la liberté d’éducation. Et ce malgré notre Déclaration Universelle des Droits de L’Homme et du Citoyen qui devait pourtant nous protéger contre certains abus : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (1948, UN, Article 26), L’IEF devient une mesure exceptionnelle pour gérer des situations tout à fait exceptionnelles ou ingérables par l’Education Nationale. Cette rentrée, c’est la fin de l’espoir, la fin du « plein droit » (prolongement des anciens droits pour les familles IEF de longue date) ; quant aux nouvelles demandes, elles semblent être systématiquement refusées par les “autorités”. Cela conduit, pour beaucoup, à une évidence de désobéissance civile ou d’exil.

Un défi sociétal

Evoquer la suppression de la liberté d’apprentissage, c’est poser la question de l’être et du devenir de notre société. Voulons-nous des citoyens qui questionnent, ou qui sont conditionnés à se taire et à obéir, même si les consignes sont absurdes et contradictoires ? Voulons-nous de futurs adultes qui pensent par eux-mêmes, ou qui croient tout ce que leur disent papa, maman, le gouvernement et la publicité ? Voulons-nous des personnes qui apportent de la créativité, du plaisir dans tout ce qu‘elles entreprennent, ou a-t-on besoin de dociles automates qui n’osent pas sortir du troupeau ?

Répondre à ces questions permet de mieux comprendre pourquoi, dans tous les régimes totalitaires, la liberté d’apprentissage a toujours été perçue comme une menace. La France vient aujourd’hui s’aligner sur l’Allemagne, qui, depuis Hitler en 1937, envoie directement en prison tout parent qui ne scolariserait pas son enfant et oserait lui permettre de dévouer son temps à un contenu plus ouvert et complexe que la propagande officielle. Fille de pied noir, j’avais personnellement constaté ces écarts douteux au lycée, avec le contenu décalé, incomplet et mensonger des deux pages consacrées à la guerre d’Algérie dans mon manuel d’Histoire officielle. Le manuel destiné aux enfants algériens contait une “Histoire” bien différente de la nôtre !

A aucun moment ne doit-on trouver normal que la (quasi) seule possibilité pour tous les enfants de ce pays soit l’école publique ? Elle est un facteur important d’augmentation des inégalités sociales. Le rapport international de l’OCDE PISA, ainsi que le récent rapport de la Cnesco confirment ce que nous savions déjà : les inégalités sociales sont sévèrement augmentées par le caractère sélectif de l’école française. Il s’agit aujourd’hui de s’unir afin de préserver la liberté de pensée, la souveraineté parentale, la créativité citoyenne, et la résilience collective face à l’oppression.

Par Clara Bellar

Clara Bellar est actrice et réalisatrice à Los Angeles lorsqu’elle met au monde son premier enfant. En s’interrogeant sur son avenir, elle rencontre des enfants en apprentissage autonome, naturel et auto-motivé (unschooling en américain). Elle part à la recherche de familles qui ont cette expérience et de spécialistes ayant étudié le sujet à travers le monde. Naît Être et devenir, un film sur la confiance en l’enfant, auto-produit et auto-distribué de façon collaborative.

Associations de soutien à l’IEF :

• ENFANCE LIBRE : https://www.enfance-libre.fr/

• LEDA : Les Enfants d’Abord / https://www.lesenfantsdabord.org/

• LAIA : Libre d’Apprendre et d’Instruire Autrement / https://laia-asso.fr/

• FELICIA : Fédération pour la Liberté du Choix de l’Instruction et des Apprentissages

: https://federation-felicia.org/liberte-educative/ief/

Pour soutenir la liberté éducative :

– GRRÉ : Groupe de Réflexion et de Recherche sur l’Education / Signer la pétition pour une réouverture du débat parlementaire sur la liberté éducative :

• Fonds de soutien à la défense de la liberté éducative : www.educations-plurielles.fr

Pour aller plus loin :

Catherine Guéguen, Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau, Pocket, 2014

*Discours entier sur le site de l’Assemblée Nationale : “Mission civilisatrice de l’homme blanc” www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d- eloquence/jules-ferry-1885-les-fondements-de-la-politique-coloniale-28-juillet-1885.

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