Je suis un enfant

SEMAINE SPECIALE DROITS DE L’ENFANT. Chloé Oudin-Gasquet se glisse dans la peau d’un jeune d’aujourd’hui et décrit une société hyposensible, inadaptée aux besoins humains… en particulier des bambins.

Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024. L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.

Je suis un enfant.

On aurait pu dire “jeune personne” mais en 2024, on m’appelle “tyran”.

Cette année, on a même proposé à mes parents de prendre leurs vacances sans moi, dans des lieux “no kids” où, en toute décomplexion, on décrète que je ne suis pas admis.

Mais j’ai de la chance, les miens ont survécu aux quelques jours passés avec moi durant l’été. Sur les conseils de certains professionnels, j’ai filé quelques fois dans ma chambre, pour mon bien, il paraît. Demain, j’irai purger mes traumas sur le divan de celles et ceux qui, hier, prônaient la violence éducative ordinaire.

Rentrer dans le moule industriel

Pour l’heure, septembre a sonné, il est temps pour moi de reprendre le chemin de l’école, les adultes rois en ont décidé ainsi. Papa et maman vont pouvoir retrouver le rythme industriel auquel je suis assidûment préparé à l’école dès l’âge de 3 ans. Comme beaucoup de mes petits camarades, je l’ai connue au berceau : on m’a confié dix heures par jour cinq jours par semaine à une crèche, vous savez, ces lieux adaptés aux besoins des parents de répondre aux attentes socio-économiques du pays. Et tant pis pour le tissage des liens nécessaires à une construction psychique solide : je suis plongé dans le grand bain de la maltraitance institutionnelle1 le plus tôt possible, où j’évolue dans un cadre de vie inadapté, avec son lot d’insuffisances, de négligence, d’irrespect du continuum humain.

Je grandis bon an mal an dans cette culture de la séparation des âmes et des corps qui me refuse l’accès à la vie en société dont je serai exclu les seize premières années de ma vie. Je vais être observé, jugé, évalué, puni, parfois même frappé2 et si d’aventure je peine à rentrer dans le moule, on me collera une étiquette (TDA, TDAH, DYS, TSA HPI et consorts) censée prouver mon inadaptation au système scolaire plutôt que de remettre en question cette machine à broyer du sujet.

J’irai mal. On pourra même parler de véritable détresse psychique, avec souvent pour seule réponse une prescription de psychotropes3.

Société désenchantée

Si je survis au décrochage, à la phobie, au harcèlement, et que je ne tente pas de mettre fin à mes jours comme 10 % de mes petits camarades4 , je serai fin prêt à la vie d’adulte désincarné, subissant sans trop broncher hiérarchie, compétition, jugement, rapports de force et de domination. Je ne serai sans doute pas très heureux, souvent anxieux sans savoir pourquoi, peut-être insomniaque.

Je lirai sur Instagram que je suis hypersensible, même si en vrai, je suis juste ultranormal dans un monde hyposensible. J’irai donc comme tout le monde chez le psy et je me munirai d’un pilulier.

Et puis un jour, mes enfants que je n’aurai pas vu grandir et avec qui je n’aurai plus de relations décideront de me mettre en maison de retraite et je terminerai ma vie de la même façon que je l’ai commencée, avec des inconnus mal payés pour changer mes couches et me donner ma purée.

La boucle est bouclée.

Je suis un enfant, né dans un système social qui fabrique depuis plusieurs générations des individus abîmés, polytraumatisés – clientèle parfaite des labos sans scrupules et des cabinets de thérapie – et si l’histoire se perpétue, c’est que la souffrance est devenue banale, normale. Et la norme n’a jamais à se justifier.

Par Chloé Oudin-Gasquet

Chloé Oudin-Gasquet est psychologue. Maman nomade, elle a lancé le podcast « A coeur joie » qui propose d’explorer des sujets inspirants pour cultiver sa liberté intérieure et élever sa conscience. Elle y aborde aussi bien les enjeux de l’instruction en famille que de la parentalité consciente, la spiritualité ou encore la nutrition. C’est à découvrir ici.

1- https://igas.gouv.fr/Qualite-de-l-accueil-et-prevention-de-la-maltraitance-institutionnelle-dans-les

2- https://www.francetvinfo.fr/societe/education/enfant-de-3-ans-frappee-par-sa-maitresse-sa-mere-temoigne_6775240.html

3- Rapport HCFEA https://www.hcfea.fr/IMG/pdf/hcfea_sme_rapport_13032023.pdf

4- https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/documents/article/prevalence-des-pensees-suicidaires-et-tentatives-de-suicide-chez-les-18-85-ans-en-france-resultats-du-barometre-sante-2021

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