Comment notre système ultralibéral sacrifie nos enfants

Pour Laurence Dudek, l’interdiction de l’IEF est le fer de lance d’une répression des libertés individuelles tous azimuts, qui commence au berceau et s’achève en EHPAD, un poison sociétal dont nous connaissons bien l’antidote.

Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024.  L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.

L’étranglement de la liberté d’instruction par le saccage organisé de l’Instruction En Famille (IEF) s’inscrit dans une démarche politique de destruction psychoéducative de grande ampleur. Les dégâts sont déjà là car, pour les tout-petits, la séparation précoce d’avec leur mère¹ et la privation de maternage proximal par une figure d’attachement secondaire, rendue impossible par les conditions coercitives et contre nature de l’accueil des arrivants en maternelle et en crèche, est traumatique dès les premières heures. Selon l’Insee², les fonctions neurocognitives des enfants en sont affectées bien au-delà du mal-être psychoaffectif immédiat. Et je vous invite à lire l’excellent (et très documenté) article de Peter Gray sur les dommages à long terme causés par une formation scolaire précoce. 3

Pour un vrai maternage proximal

Deux mois et demi de « congés maternité » après la naissance d’un enfant est non seulement une ineptie psychoéducative mais aussi une maltraitance misogyne et adultiste. Cette maltraitance pousse une majorité de parents qui travaillent à « s’organiser » de bric et de broc, renoncer au couple parental (isoler les mères), mobiliser des ressources familiales, etc…  

Nous devons réformer cela et proposer une année complète de congés maternité aux mères qui le souhaitent (ou aux pères lorsqu’ils sont figure d’attachement principale d’un nouveau-né) et la possibilité de conserver une activité aménagée pour les deux parents durant les six premières années de la vie de l’enfant.

Chez tous les grands primates, dont nous sommes, la maternité proximale dure cinq années pleines, et encore une année transitoire : les mères ont un petit tous les six ans en moyenne. Le maternage proximal est une condition naturelle du développement normal de l’enfant, y compris chez les primates humains4. L’interdire ou y mettre des obstacles est une des raisons du dysfonctionnement de l’écologie humaine, dont la violence du monde est le résultat le plus flagrant.

Faire des choix conscients

Obliger les enfants à aller à l’école dès 3 ans est non seulement une incongruité contreproductive mais aussi une monstruosité psychoaffective. Les souffrances infantiles et parentales qui en découlent laissent des séquelles dont nos politiques n’ont aucune idée (et même s’ils en sont eux-mêmes un exemple édifiant), en termes d’empathie, de capacités relationnelles, de fragilité psychoaffective, de déconnexion de soi, des autres et du monde.  

Avant 6 ans révolus, aucun enfant ne devrait être arraché au sommeil ni des bras de sa figure d’attachement principale pour quelque raison que ce soit. 

En amont du combat pour l’IEF, qui est bien souvent et de plus en plus une manière pour les parents d’échapper à cette maltraitance institutionnalisée, c’est la toute petite enfance qu’il faut extraire du fonctionnement ultralibéral qui sacrifie nos vies au profit, au travail forcé et à l’exploitation de nos corps contraints.  

J’entends des arguments de femmes qui font valoir leur besoin de travailler pour leur épanouissement personnel et je précise qu’un droit (une liberté) est l’antidote d’une interdiction, c’est aussi l’antidote d’une obligation. Chaque personne agit en son âme et conscience en fonction des informations dont elle dispose, ma mission consiste entre autre à donner des informations idoines à chacun.e pour faire des choix conscients.  

La parentalité s’initie par le choix conscient des responsabilités inhérentes à la décision de faire naître un enfant et de l’accompagner sur son chemin de vie. Les conditions actuelles de nos sociétés ultracoercitives et polycontraignantes sont des entraves au développement naturel de l’être humain et du vivant en général. Il nous appartient de changer la donne en agissant autrement, pour stopper cette maltraitance généralisée et faire respecter notre nature profonde.  

La brutalité institutionnalisée devient progressivement la norme et nos droits sont réduits à devenir les privilèges de quelques-uns.

Par Laurence Dudek

Laurence Dudek est une psychopédagogue militante de la nonviolence éducative, autrice de plusieurs ouvrages didactiques en éducation et en psychothérapie, formatrice et conférencière.

1 – ou d’avec une figure d’attachement principale maternante.

2 – https://www.insee.fr/fr/statistiques/8231850#

3 – https://petergray.substack.com/p/40-long-term-harm-of-early-academic

4 – on peut même dire « a fortiori » chez les humains, en raison du contexte d’hyperstimulation sensorielle du milieu urbain et du mode de vie sociale anxiogène (parce que nous sommes des animaux grégaires qui se rassemblent naturellement en clan et en tribu et que la restriction familiale mononucléaire est une aberration naturelle – lire Frans de Waal « Le singe en nous »).  

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