SERIE SPECIALE DROITS DE L’ENFANT. Pour Raphaël Mellado, la liberté éducative n’est pas une option : elle fait partie de notre ADN.
Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024. L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.
Pour démarrer, voici un petit exercice de 3 minutes :
Asseyez-vous… penser à une chose importante que vous avez appris dans la vie… pensez à qui vous l’a transmis… notez-le quelque part et envoyez lui un message si c’est un humain !
Et vous, qu’avez-vous partagé à quelqu’un récemment ?
Dans ce texte, l’Education sera abordée comme un système conscientisé de priorisation et de transmission de compétences, valeurs, informations, normes… Éduquer c’est réduire temporairement le monde pour le partager.
Assez automatiquement, quand le mot « éducation » sort de ma bouche, les personnes autour de moi pensent aux enfants et à l’école. Quelle étrangeté : c’est le monde entier qui est éducatif !
L’éducation est un chemin de partage de savoirs, de compétences, de valeurs, de culture… bien malin sera celui ou celle qui me trouvera une activité, une pratique, une interaction qui ne soit pas éducative, qui ne soit pas impactante sur notre vie quotidienne ou notre perception du monde et de ses possibles…
De la magie du hasard
Nous autres, humains, sommes des êtres sociaux condamnés à interagir les uns avec les autres et à faire partie de ce monde. Non pas par choix, mais parce que nous sommes faits comme cela. Nous naissons en passant par un corps dont nous sommes dépendants pour survivre, nous grandissons dans un monde qui nous permet de respirer, manger, vivre… Et dans une insolente magie que certains appellent le hasard et d’autres la destinée, nous voilà membres de ce monde ; ici, aujourd’hui et maintenant. Et si on décidait pour quoi y faire ?
Nous sommes ici, non pas parce que la société l’a permis ou parce que quelqu’un aurait décidé que ce sera tel individu dans telle famille et à tel endroit mais purement et simplement parce que c’est comme ça !
Mais voilà que nous confions à certaines et certains éducateurs professionnels de définir ce qui est important et ce qui ne l’est pas, de qualifier ce qui est éducatif et ce qui ne l’est pas. Et voici presque 150 ans que nous nous permettons pour cela d’enfermer une partie de la population, parce qu’elle serait la plus malléable, 36 semaines par an dans des espaces gérés par des professionnels certifiés dont la mission est d’en faire des citoyens et des membres finalement à même de contribuer à une société qu’ils n’ont pas choisie.
Démystifier l’école
Nous appelons cela l’école et nous en faisons, en France, un passage obligé avec l’alibi qu’elle est gratuite, laïque et obligatoire…
Gratuite ? Vraiment ? L’école n’est pas gratuite, elle est collectivisée et un enfant en primaire a un coût de revient autour de 8.000€ selon le Ministère de l’Education.
Laïque (1) ? Vraiment ? L’école s’est construite en éloignant les voies religieuses d’éducation mais en prônant un patriotisme visant à former des citoyens à même de faire la guerre sans se poser de questions.
Obligatoire ? Oui vraiment ! Au nom d’une forme de solidarité nationale et au point de rendre acceptable que des individus soient dès leurs 3 ans entraînés à devenir des élèves pour qu’à partir de 6 ans ils passent plusieurs heures par jour assis à devoir apprendre ce que d’autres ont décidé comme étant important…
Le tout comme si l’éducation était un passage de la vie balisé dans le temps à ne surtout pas rater pour éviter les inadaptations. C’est mettre sur le même plan la normalisation et l’inhibition des comportements malsains qui se rapprochent du dressage et la capacité de chacun et chacune à apprendre et se développer intellectuellement, physiquement, moralement… C’est aussi mettre beaucoup de pressions et d’attentes sur l’école !
Mais l’école n’est pas et ne sera jamais le seul espace éducatif. Nommons les foyers dans lesquels nous passons du temps, les associations sportives, culturelles et d’éducation populaire qui brassent des gens de tous âges, nommons les médias qui nous donnent accès à des contenus. N’oublions pas l’urbanisme qui organise nos lieux de vies et conditionne nos déplacements, ni l’organisation du temps et du travail qui nous fait trouver normal de ne pas faire ce qu’il nous plaît.
Combien de gens nous ont appris des choses importantes dans la vie ? Et à quels moments de notre vie ?
Et n’oublions surtout pas notre plus grande éducatrice ; notre planète qui a eu la gentillesse de poser un tas de règles non négociables sans même les expliquer. Des règles comme la gravité ; les saisons, les jours et les nuits, des cycles de partout et une infinité ravissante d’êtres vivants de toutes sortes qui vivent ce monde à leur manière… dédicace aux poissons qui ne vivent aucune difficulté à respirer sous l’eau.
Notre propre corps est un système vivant mystérieux, vous rappelez-vous qu’il est votre premier lien avec le monde extérieur ?
Par essence, l’éducation doit rester un processus vivant et collectif!
L’éducation, si elle sert à la reproduction d’un système se grippe et devient un moyen de domination et d’uniformisation qui a l’avantage de définir une culture commune mais qui prend le risque du dogmatisme et de la violence systémique.
L’éducation, si elle vise la conscience et l’émancipation, se doit de cultiver la diversité des approches et soutenir les initiatives partout dans la société où des personnes s’engagent à partager et transmettre.
L’éducation c’est politique ! Il n’y a rien d’anodin dans la transmission et chaque fois que l’on fait le cadeau d’une idée, d’une compétence, d’un savoir… demandons-nous pourquoi nous le faisons et ce que nous nourrissons par là.
Si savoir lire est important, cela justifie-t-il d’obliger tout le monde à le faire à un âge donné et d’une manière donnée quitte à forcer ?
L’Education Nationale promeut depuis quelques années un socle commun de compétences. J’ai pu le travailler dans une école dite « alternative » et me rendre compte qu’il est un superbe guide pour nourrir une culture commune. Jamais ce socle commun n’encourage ou ne suppose qu’il y ait quelqu’un qui sait et quelqu’un qui ne sait pas, et que tout pouvoir est donné à celui ou celle qui sait pour que l’autre sache, de gré ou de force…
Un monde où le partage serait la norme
Plus que d’une école idéale, c’est d’une communauté éducative dont nous avons besoin, une société où nous interagissons dans la conscience que nous avons une influence sur les autres et qu’ils et elles en ont sur moi, et où c’est une chance. Une chance parce que nous posons nos désaccords et en faisons des opportunités de remise en question. C’est mon côté Bisounours que l’on me fait remarquer depuis mon plus jeune âge, mais en fait, j’y crois. Je crois dans un monde où le partage serait la norme… et vous en quoi croyez-vous ?
La liberté éducative est bien plus que la liberté d’éduquer ses enfants comme bons nous semble. Elle constitue la valorisation de nous toutes et tous comme parties prenante de l’éducation de nos enfants, de nous-mêmes et des autres. Être pour la liberté éducative, c’est s’engager sur le chemin de la collaboration, de la diversité et de l’ouverture.
Nous sommes tous et toutes éducatrices et éducateurs et sommes en permanence éduqué-e-s par les autres, nous-même et notre monde et ce quel que soit notre âge ! Existe-t-il réellement un âge pour apprendre, découvrir, jouer et puis un pour faire l’inverse ?
Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous ? Que suis-je prête ou prêt à faire pour cela ?
Et si chacun faisait ce qu’il voulait profondément, il se passerait quoi vraiment ?
Par Raphaël Mellado
Impliqué dans des associations d’Education Populaires, ancien entraîneur de football, ayant été agent territorial puis coordinateur pour des écoles à pédagogies alternatives, Raphaël Mellado accompagne aujourd’hui des projets éducatifs à travers l’Europe en cherchant à développer des communautés éducatives mettant la nature, les parents et les enfants au centre de la démarche. Passionné par la question de la transmission et des impensés de la contrainte éducative, il expérimente des formes pédagogiques et des postures au service du lien avec le vivant.
(1) https://shs.cairn.info/revue-inflexions-2018-1-page-117?lang=fr
