SERIE SPECIALE DROITS DE L’ENFANT. A travers son texte, Claudia Renau appelle l’Etat à encourager le foisonnement des initiatives éducatives plutôt que de le bâillonner.
Notre liberté éducative est en danger ! Les écoles alternatives aux pédagogies humanistes sont fermées de façon arbitraire, à un rythme très soutenu depuis début 2024. L’instruction en famille (IEF) est de plus en plus restreinte, poussant une centaine de familles à entrer en désobéissance civile. La plupart des pédagogies sont sous le joug de propagandes diffamantes. En bref, la liberté de choix éducatif disparaît peu à peu, mettant en danger les droits fondamentaux de chacun. Dans ce contexte, Combat publie plusieurs tribunes de personnalités engagées dans la défense des droits de l’enfant.
Nous vivons dans un pays jacobin et centralisé depuis longtemps. Le « privé » y est décrié et perçu comme douteux puisque créé par un capital hors de contrôle et non issu de l’Etat.
Or le privé c’est d’abord vouzémoi. Les projets associatifs, les petites structures, les initiatives personnelles permettent une diversité foisonnante finement adaptée aux besoins de chacun.
La diversité ne conduit pas à la compétition mais à la complémentarité. Et si on sortait de la représentation concurrentielle hiérarchisée de la société ? Et si on cessait de voir la société comme une pyramide où une tête, légitimée par ses succès scolaires, devrait décider et où la base ne pourrait qu’obéir ? La société est bien plus riche que cela.
Nous avons ainsi besoin de respect de la diversité et de confiance de la part de l’Education nationale.
Une question d’organisation…
La confiance faite aux enseignants, en leur capacité de se former et de créer des collectifs de travail, aboutit à de bons résultats en matière de transmission, notamment parmi les populations déshéritées, celles par lesquelles commencent souvent les innovations : le cas de Montessori est connu, indiquons Benezet près de Boston dans les années 1930 (« Comment les apprentissages scolaires précoces freinent le développement intellectuel » par Peter Gray), signalons Mons-en-Baroeul documenté par Jean Lesage, Hélène Lonza et Marcel Thorel (L’école que nous voulons). Cette expérience très positive et qui se poursuit actuellement a pu exister car l’inspection a permis la création de l’équipe en dehors des syndicats.
Les intellectuels dont la voix porte se trompent donc de cible lorsqu’ils s’attaquent aux microscopiques interstices privés qui tentent de créer un autre accompagnement pour les jeunes (Meirieu se sent attaqué au point de parler de « riposte », de Cock éreinte les écoles démocratiques sans les connaitre).
Toutes ces expériences montrent qu’il ne s’agit pas d’une question de moyens mais d’organisation et surtout de respect de la liberté : lorsqu’on fait confiance au travail des enseignants, lorsqu’on écoute les parents et surtout lorsqu’on respecte les enfants, les résultats académiques et en matière d’atmosphère apaisée sont au rendez-vous.
… centrée sur les besoins de l’enfant
Il existe ainsi deux solutions simples pour réduire les coûts et rendre la profession enseignante attractive : la première est de faire confiance aux enseignants et aux équipes éducatives, sans les surcharger administrativement. La deuxième existe dans de nombreux pays du monde et vient d’être réclamée par des jeunes sur TikTok (voir senseidesmots) : réduire la journée d’école à une demi-journée. J’ajoute : pour le reste du temps, matin ou après-midi, faire appel à l’éducation populaire : et si les nombreuses structures de l’éducation populaire, MJC et associations sportives, basées sur la découverte du monde -et non sur le tri des jeunes- avaient un rôle chaque jour dans l’éducation des enfants ? (Au choix de l’enfant, sans obligation). Ces activités permettraient de poursuivre les apprentissages scolaires des enfants avec des activités qui font sens pour eux, fondement de l’efficacité des apprentissages.
Les enseignants travailleraient mieux, avec douze ou quinze enfants, 3 heures par jour. Dans une organisation centrée sur les besoins des enfants, et non sur des activités occupationnelles comme à l’école, il n’y a pas besoin de plus d’heures : l’expérience des écoles du 3e type, des familles vivant sans école et des écoles démocratiques le prouve depuis longtemps. Avec des interactions personnalisées et attentives, les apprentissages sont bien plus efficaces.
Même si l’Etat, par la bouche de Madame Caroline Pascal de la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) lors de son audition de septembre 2024, avoue craindre la concurrence de l’IEF revenue désormais à son « étiage » (au prix de beaucoup de souffrances), l’Etat devrait avoir bien plus confiance dans le foisonnement des initiatives, en laissant bien plus de liberté à ses enseignants, aux familles et aux enfants. Il en va du vivre-ensemble, de la liberté et aussi de l’égalité qui augmente lorsque les dispositifs de tri social diminuent.
Par Claudia Renau,

Agrégée de géographie, Claudia Renau a été enseignante d’histoire et de géographie dans le secondaire pendant dix ans. Elle est désormais éditrice chez L’Instant Présent et directrice de l’école démocratique de Paris. Elle tente tous les jours de rendre compatibles les besoins de l’Education nationale et ceux des enfants à l’école démocratique de Paris et en IEF avec l’Ecole Delavie, en privilégiant les enfant.
