A travers son dernier livre, l’auteur questionne la légitimé de notre roman national et remet en lumière le récit d’une autre humanité.
« L’Empire n’a jamais pris fin. »
Le titre, tout comme l’ensemble des pages qu’il renferme, est à l’image de son auteur. Curieux, poétique, et délicieusement provocateur. Mais avant de finir imprimé en première de couverture d’un livre du 21ème siècle, « L’Empire n’a jamais pris fin » a d’abord résonné dans l’esprit de Philip K.Dick . Souvenez-vous, ce fantastique auteur de sciences fiction dont nous devons, entre autres, la paternité à Blade Runner ou encore à Ubik.
Dans les années 1970, l’écrivain a ce rêve étrange, qu’il retranscrit dans son journal L’Exégèse, et que Pacôme Thiellement prend soin de souffler jusqu’à nous. Philip K. Dick se trouve dans une boutique emplie d’anciens magazines de SF. Il parcourt les rayons à la recherche d’une série intitulée L’Empire n’a jamais pris fin. Il est alors persuadé que, s’il parvient à la trouver, « tout » lui serait révélé. « S’il mettait la main dessus et s’il pouvait la lire, il saurait tout. Voilà ce qui était en jeu dans son rêve. »
« L’Empire n’a jamais pris fin. » Et si l’histoire, celle que l’on nous vend à tour de bras dans nos manuels scolaires et sur nos plateaux télévisés, cette histoire uniformisée et civilisatrice que l’on nous demande d’écrire avec un grand H, était en fait une illusion subtilement fabriquée et maintenue depuis des millénaires ?
L’Histoire de France est un mensonge
« L’histoire de France ? Mais c’est des craques. L’arnaque du bimillénaire. La France est une fiction. Nous n’avons jamais, jamais, jamais été « français » !
Dès le départ, Pacôme Thiellement frappe fort. A la suite des réflexions de Philip K.Dick, mais aussi de Simone Weil à laquelle il offre de nombreuses références, l’auteur se lance dans une mission d’exégèse. Autrement dit, il n’entend pas proposer une narration de notre histoire, mais bien « une interprétation personnelle, subjective de celle-ci. »
Et son interprétation est la suivante : depuis toujours, les récits nationaux nous imposent une lecture de l’histoire écrite par les conquérants, ceux qui massacrent les populations et les maintiennent sous leur botte au nom d’une sacro-sainte unité territoriale. L’Empire romain de César n’a jamais pris fin. Et de citer Simone Weil : « par la nature des choses, les documents émanent des puissants, des vainqueurs. Ainsi l’histoire n’est pas autre chose qu’une compilation des dépositions faits par les assassins relativement à leurs victimes et à eux-mêmes. »
Prenant le contrepied de l’histoire « de référence », celle de Jules Michelet par exemple, Pacôme Thiellement entend bien renverser la tendance. « Ce qui m’intéresse, ce sont les miettes de cet étrange biscuit que l’on appelle le « roman national » et qui continue de peser de tout son poids sur notre présent » écrit-il avant d’insister : « la « France » est un pays de non-Francs occupé, dirigé, gouverné par une bande de Francs ».
Comment des Francs, en réalité des guerriers germains utilisés par Rome pour étouffer les révoltes gauloises, ont-ils pu donner leur nom à notre pays ? Comment la France peut elle encore être considérée comme « la fille aînée de l’Eglise », elle-même directe héritière de l’Empire romain, qui a su multiplier des massacres au nom d’une religion qui a pour credo l’amour du prochain ? « La France est une construction artificielle, un fantasme délétère de dominés » martèle Pacôme Thiellement. « De même que nous continuons à utiliser l’alphabet latin, nous vivons toujours dans la découpe du temps décidée par César qui continue à nous administrer depuis sa mort. » César, ce « robot pour qui Rome existe va définir des hommes pour qui la Gaule n’existe pas. »
Une histoire des émancipations
Le roman national, donc, ment. Entièrement confisqué par les « assassins vainqueurs », assimilé et retransmis tel quel de génération en génération, il souffre de ne jamais être remis en question. « La nation naît d’un postulat et d’une invention », écrivait la chercheuse Anne-Marie Thiesse dans son ouvrage La Création des identités nationales. « Mais elle ne vit que par l’adhésion collective à cette fiction. » Avec ce livre, Pacôme Thiellement pourrait bien créer cette bascule collective destinée à réinventer son Histoire.
Car celui-ci ne se contente pas de pointer du doigt cette situation. L’Empire n’a jamais pris fin, c’est aussi, et surtout, le livre d’une autre histoire de France. « Une histoire de France perçue sous le prisme de l’anarchie spirituelle, de la mystique révolutionnaire ou de la poésie absolue. » Dans ce premier volume, l’auteur braque les projecteurs sur une autre partie de l’humanité, souvent manipulée par l’histoire officielle. Celle de Jésus, celui qui prenait le parti des pauvres contre les riches et le parti des enfants contre les adultes, de Marie-Madeleine, des « Cathares », ou encore de Jeanne d’Arc, « l’héroïne et la patronne de tous ceux qui souffrent du sentiment d’impuissance politique. » « C’est cette humanité qui me bouleverse et dont je veux parler » affirme-t-il.
La France n’a pas été que le théâtre des conflits menés par Clovis, Charlemagne ou Louis XIV. Elle est aussi la fiancée anarchiste de Jésus, un terrain de combat politique et spirituel contre l’emprise de l’empire. Elle est la terre de lutte des Sans Roi, ces gnostiques attachés à l’enseignement de Jésus et auxquels Pacôme Thiellement avait déjà consacré un livre.
« L’anarchie vient d’en bas, c’est l’utopie d’une organisation sociale qui réduit au maximum la hiérarchie entre les êtres et les écarts de classe. C’est l’ordre moins le pouvoir ; la victoire des Sans Roi. »
C’est cette histoire-là aussi qu’écrit Pâcome Thiellement. Celle des « poètes de l’action », ceux qui agissent inlassablement, dans le sens de la justice et de la générosité, sans attendre le fruit de leurs actions.
Celles et ceux qui apprécient les chroniques de Pacôme Thiellement sur la webTV Blast ne seront pas déçus. L’auteur manie avec habileté humour et révolte, le tout au service d’un propos passionnant et intelligent. Si vous cherchez des lectures dont on ressort moins bêtes et avec l’envie de changer le monde, rajoutez immédiatement celui-ci à votre liste.
Par Charlotte Meyer

