Après son calendrier de l’avent spécial féminisme, désobéissance civile ou encore contre-COP, Combat met cette année en avant 24 livres écrits par des femmes (à lire absolument). Et évidemment, on essaie de sortir des sentiers battus…
1er décembre : Dans les Pénélopiades, le Choeur a ses raisons

Vous n’avez pas besoin de penser à nous commes de véritables filles, véritable chair et sang, véritable douleur, véritable injustice. Ce pourrait être trop dérangeant. Evacuez la part sordide : considérez-nous comme un pur symbole. Nous ne sommes pas plus réelles que l’argent.
Le Choeur des servantes, chapitre 24
Il fallait bien la plume de Margaret Atwood pour transformer les yeux d’une femme fixés sur la mer en un récit poignant et révoltant. Celui d’une enfant mariée à quinze ans, pour servir les intérêts d’un père qui a tenté de la tuer, à un homme dont elle ignore tout, sauf le nom. Ulysse.
Épouse, Pénélope quitte Sparte pour Ithaque, où elle attendra que la guerre de Troie s’achève et qu’Ulysse revienne. Que fait-elle de cette attente ? Elle pense. Elle raconte son histoire, elle en veut à Hélène, elle dénonce les mensonges de son mari, mais jamais à voix haute. Pénélope n’est pas une héroïne. C’est une femme qui maintient un royaume à flot, entourée de prétendants qu’elle craint et d’une famille qui n’est pas la sienne. C’est une femme qui survit. Même lorsqu’Ulysse, de retour à Ithaque après son odyssée, ordonne la pendaison des douze servantes qui l’ont soutenue et aidée, Pénélope se tait, par peur de représailles. Elle les chargeait pourtant d’espionner les prétendants, certaines ont été battues, violées à son service, mais ni elle ni personne ne proteste lorsque Télémaque les exécute. Personne ne cherche à les réhabiliter. Alors, par moment, les servantes s’emparent du récit, elles font irruption dans la narration tranquille de Pénélope et crient :
Pourquoi nous as-tu assassinées ? Que t’avions-nous fait qui Méritât la mort ?
Le Choeur des servantes, chapitre 28
Chœur grec, furies, partie civile lors d’un procès, Margaret Atwood transpose ces douze victimes anonymes dans toutes les époques et tous les styles, pour ne poser, toujours, qu’une seule question. Qui osera appeler Ulysse « meurtrier » ?
Les Pénélopiades font partie d’un ensemble d’ouvrages, publiés par la maison Canongate Books, qui proposent une réécriture contemporaine des mythes. Margaret Atwood est une autrice et poétesse canadienne, qui a notamment écrit la saga de La Servante écarlate, et le recueil de poèmes Le journal de Susanna Moodie.
Par Louise Jouveshomme
2 DECEMBRE : UNE ETINCELLE DE VIE, JODI PICOULT

Jodi Picoult écrit Une étincelle de vie en 2018. Ce récit original se passe dans le dernier établissement de santé du Mississipi à pratiquer l’avortement, pris en otage par un homme armé contre les droits des femmes. Au même moment, une jeune fille prend une pilule abortive et se retrouve mise en examen. A l’heure où le droit à l’IVG est de plus en plus menacé à travers le monde et aux Etats-Unis avec l’accession au pouvoir de Donald Trump, Jodi Picoult met au coeur de son roman les tabous et les questions les plus sensibles au sein du pays, tout en réalisant une prouesse littéraire : le livre part de la fin…
Par Capucine Bastien-Schmit
3 DECEMBRE : APAISER NOS TEMPÊTES, DE JEAN HEGLAND

« Il existe peu d’expériences physiques plus intenses, plus intimes et révélatrices que le sont l’acte sexuel, la mort et l’accouchement. Et si la fiction offre un nombre incalculable de saisissantes scènes de sexe ou de trépas, je n’en ai pas trouvé beaucoup qui rendent compte de la souffrance, de la passion et des défis bouleversants d’une naissance. »
Son roman « Dans la forêt » paru en 1996 avait été un coup de poing, une fulgurance de beauté et de révolte. Le genre de texte qu’on a envie de crier au monde pour l’imprégner de mots si justes.
Une vingtaine d’années plus tard, Jean Hegland revient avec un roman tout aussi poignant.
« Apaiser nos tempêtes », c’est les histoires entremêlées d’Anna et Cerise. Promise à une brillante carrière, la première étudie la photographie à l’Université de Washington. La deuxième est lycéenne et habite en Californie sous l’emprise totale de sa mère. Les deux jeunes femmes ne se connaissent pas mais tombent enceintes par accident au même moment. Anna avorte. Cerise garde l’enfant. Dix ans plus tard, ce choix aura déterminé le cours de leur vie.
L’une doit avancer au gré des violences sociales, des portefeuilles vides et de la vie de mère célibataire.
L’autre, malgré un cadre de vie en apparence idyllique, va devoir affronter de nombreuses épreuves.
Plus sociologique que son premier roman, « Apaiser nos tempêtes » creuse en profondeur toutes les dimensions de la maternité, de l’avortement au deuil maternel sans oublier l’adolescence, l’amour et la culpabilité. Fidèle à elle-même, Jean Hegland garde en arrière-plan les enjeux du changement climatique et des inégalités sociales. Viscéral.
Par Charlotte Meyer
4 DECEMBRE : BETTY, DE TIFFANY MCDANIEL

« Ce serait tellement plus facile si l’on pouvait entreposer toutes les laideurs de notre vie dans notre peau – une peau dont on pourrait ensuite se débarrasser comme le font les serpents. Alors il serait possible d’abandonner toutes ces horreurs desséchées par terre et poursuivre notre route, libéré d’elles. »
Betty, c’est la sixième d’une famille de huit enfants. Elle explore durant tout le roman les secrets de sa famille, jusqu’aux plus sombres. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsqu’ils s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père.
Tiphany McDaniel a mis plus de quinze ans à écrire ce livre, si bien qu’elle en a fait un chef-d’œuvre. Enfance, racisme, pauvreté mais aussi amour des mots jonglent entre ces pages. Ce roman d’apprentissage féministe et spirituel est un indispensable.
Par Capucine Bastien-Schmit
7 DECEMBRE : CELUI QUI A VU LA FORET GRANDIR, DE LINA NORDQUIST

« – Ne t’habitue jamais à l’horreur, m’avait dit Armod.
Aujourd’hui, je pense qu’il ne faut pas non plus s’habituer à la beauté, elle doit rester aussi merveilleuse à chaque instant. »
En 1897, Unni fuit la Norvège avec son fils Roar et son compagnon Armod pour échapper à la prison et aux accusations du pasteur. Ils trouvent refuge dans une cabane isolée dans la forêt de Hälsingland, un lieu propice à leur nouvelle vie, pleine d’amour et de difficultés. 70 ans plus tard, Bricken et sa belle-fille Kåra vivent seules dans cette même cabane, après la mort de Roar. Une tension secrète les lie, alimentée par les non-dits et les souffrances passées.
La forêt, à la fois protectrice et menaçante, est le cadre de leurs vies entremêlées, personnage quasi à part de l’oeuvre. Unni, Kåra et Bricken, trois femmes aux destins différents, se confrontent à l’amour, la douleur, le silence et la perte. À travers les récits alternés de ces personnages, Lina Nordquist dépeint une histoire familiale poignante, où se mêlent la beauté et l’horreur, la vie et la mort, dans une atmosphère tragique et oppressante.
Par Charlotte Meyer
8 DECEMBRE : Le Consentement, de Vanessa Springora

« Les écrivains sont des gens qui ne gagnent pas toujours à être connus. On aurait tort de croire qu’ils sont comme tout le monde. Ils sont bien pires.
Ce sont des vampires. »
Dans ce récit, Vanessa Springora raconte avec justesse et émotion les violences et l’emprise qu’elle a subi de la part de l’écrivain Gabriel Matzneff lorsqu’elle était âgée d’une quinzaine d’années. Ce témoignage fait écho aux débats actuels sur l’entrée de la notion de consentement dans la loi, à la lutte contre le patriarcat et aux violences qui subsistent dans notre société. Une narration glaçante mais nécessaire.
Par Capucine Bastien-Schmit
9 DECEMBRE : Et pourtant, j’étais libre… de Clara Malraux

« La première qualité d’un coeur est l’énergie. Voila pourquoi le grand intérêt de ce que j’ai écrit est d’être un témoignage sur les femmes et pour les femmes. »
Après deux décennies de vie partagée avec André Malraux, entre amour et aventures tumultueuses, Clara Malraux se trouve seule après la défaite de 1940. Dans les vestiges du monde effondré, elle se jette avec une détermination sans faille dans la Résistance, entraînant sa fille, la petite Florence, dans ce combat. Leur existence clandestine oscille entre le tragique et le burlesque, entre l’absurde et l’héroïque. Une époque tout entière reprend vie, éclairée par le regard d’une enfant portant sous son pain de goûter des papiers falsifiés. Clara, femme de tous les combats, restera présente à chaque phase de l’après-guerre, jusqu’à Mai 68, cette révolte qui, pour elle, signera la fin de sa jeunesse. Elle n’avait alors que soixante-dix ans.
On connaît bien André Malraux, immortalisé dans nos programmes scolaires. Les textes de Clara Malraux, restés dans l’ombre, mériteraient quant à eux d’être davantage reconnus.
Par Charlotte Meyer
