Ces héroïnes que l’on traite comme des criminelles

COMBATTANTE. Chaque lundi, Combat vous entraîne à la rencontre d’une femme qui change le monde. Alors que des activistes de la Flottille de la liberté sont encore détenus en Israël, notre média met à l’honneur cinq femmes incriminées pour avoir voulu rendre justice coûte que coûte.

« Un simple coup de comm’ », « une virée touristique », « une mise en scène narcissique »… Le 1er juin, le navire humanitaire Le Madleen levait les voiles en direction de Gaza. A bord, un équipage d’une douzaine de personnes sont la militante écologiste Greta Thunberg et l’eurodéputée LFI Rima Hassan. Le bateau doit alors transporter de l’aide humanitaire à la population de Gaza et attirer les regards vers ce territoire en souffrance. Et cette action n’est pas la première. En mai 2010, une première « flottille de la liberté » tentait de rejoindre Gaza avec ses huit cargos et ses 700 passagers. A l’époque, l’intervention militaire israélienne avait fait neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants.

Contre toute attente, cette action du coeur a pu susciter autant d’indignation que d’admiration. Peu de médias ont réellement traité en profondeur cette expédition. A la droite et à l’extrême-droite, les critiques ne se sont pas faites attendre. Sur Europe 1, la journaliste Eugénie Bastié ne mâche pas ses mots, décrivant une opération où « la cause humanitaire sert de décor aux égos d’influenceurs Instagram. »

Pourtant, l’action militante des douze passagers du Madleen demandait bien du courage. Rétorquer que cette traversée n’était qu’un « coup de comm » relève pour le moins d’un euphémisme. A l’heure où les gouvernements du monde entier se détournaient du sort des Gazaouis, braquer un vrai coup de projecteur sur le génocide en cours sur le territoire palestinien n’a absolument rien de vain. Comme l’écrit Jonathan Bouchet-Petersen dans son billet pour Libération : « il est trop facile de se moquer depuis son canapé. » D’ailleurs, la mobilisation de la société française n’a jamais été aussi forte depuis l’arrestation des activistes de la flottille. A Paris, l’occupation place de la République en soutien à la Palestine entame son troisième jour.

Cette aptitude quasi systématique des médias et gouvernements à criminaliser celles et ceux en lutte pour la justice ne date pas d’hier. Et de temps en temps, il est bon de leur redonner leurs lettres d’or.

Greta Thunberg, figure de proue de l’écologie et de la justice sociale

Née en 2003 à Stockholm, la militante suédoise s’est d’abord fait connaître pour son engagement dans la lutte contre le changement climatique. En 2018, à l’âge de 15 ans, elle lance la grève scolaire pour le climat, un mouvement qui se propage dans le monde entier. L’année suivante, elle se rend en Amérique du Nord par les mers pour assister au sommet des Nations unies sur l’action climatique où elle prononce son célèbre discours à l’attention des décideurs politiques. Le Time lui décernera d’ailleurs le titre de personnalité de l’année.

Devenue une porte-parole incontournable de la lutte écologiste, elle se lance aussi dans les luttes anticapitalistes et prend la défense du peuple palestinien. Classée dans la liste Forbes des 100 femmes les plus influentes au monde, elle faisait partie des activistes présents à bord du Madleen.

Rima Hassan, l’eurodéputée au service des réfugiés

C’est à l’âge de dix ans que la députée pose le pied en France. Née en 1992 dans le camp de Neirab, près d’Alep, elle a fait de ses origines palestiniennes son étendard. Son engagement prend racine dès son enfance, où elle est notamment élue au Conseil municipal d’enfants de Niort et s’engage très tôt en politique. Master en droit international public en poche, elle fonde en 2019 l’Observatoire des camps de réfugiés, une organisation non gouvernementale consacrée à l’étude et la protection des camps de réfugiés dans le monde.

En juin 2024, elle rejoint la liste de la France insoumise et est élue députée européenne. L’année précédente, le magazine Forbes la classait dans les « 40 femmes d’exception qui ont marqué l’année et qui ont fait rayonner la France à l’international ». Elle faisait également partie des activistes présents à bord du Madleen.

Sara Mardini, la nageuse devenue sauveteuse de migrants

Vous l’avez peut être connue à travers le film Les Nageuses, qui en 2022 retraçait son histoire et celle de sa sœur, Yusra. Les deux sœurs grandissent dans la banlieue de Damas, où elles s’entraînent tous les jours à la natation. La répression sanglante qui suit la révolution syrienne, au printemps 2011, détruit leur maison familiale. Sara et Yusra fuient alors le pays et s’embarquent pour Lesbos. Leur bateau étant tombé en panne, elles tirent l’embarcation de vingt passagers pendant trois heures jusqu’au rivage, accompagnés d’une troisième femme sachant nager.

Elles reçoivent l’asile politique en Allemagne. Alors que Yusra participe aux jeux olympiques de Rio au sein de l’équipe des réfugiés, Sara devient bénévole dans des associations d’aide aux réfugiés, particulièrement pour le sauvetage en Méditerranée. Elle vient notamment en aide aux embarcations en détresse. Arrêtée en 2018 en mer Egée, elle encourt toujours jusqu’à 15 ans de réclusion pour « appartenance à une organisation criminelle. »

Carola Rackete, la capitaine courage

La capitaine et activiste allemande s’est fait connaître en 2019 pour avoir forcé le blocus italien, aux commandes du navire humanitaire Sea-Watch3. Après plusieurs années d’expéditions scientifiques, elle s’était engagée dans l’humanitaire à partir de 2016, participant notamment à des missions de secours en mer.

En juin 2019, elle pilote le Sea-Watch 3, le navire utilisé par l’ONG Sea-Watch. Le bateau recueille 53 personnes installées sur un canot pneumatique à la dérive en haute mer. Alors que le gouvernement italien lui interdit de pénétrer dans l’espace maritime national, refusant d’ailleurs les rescapés, Carola Rackete force le blocus et pénètre les eaux italiennes. Elle entre en force dans le port de Lampedusa et est arrêtée pour aide à l’immigration clandestine et non-respect de l’ordre d’un navire militaire italien de ne pas pénétrer dans les eaux territoriales italiennes.

En 2024, elle est élue eurodéputée sur la liste Die Linke.

Zeynab Jalalian, la féministe iranienne emprisonnée à vie

Cette militante iranienne en faveur des droits des femmes kurdes est arrêtée en 2007. Son procès expéditif mené devant un Tribunal de première instance la déclare coupable d’appartenance au Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), un parti interdit dans le pays. Selon Amnesty International, la séance n’aurait duré que quelques minutes. La jeune femme aurait été condamnée sur la base d’aveux obtenus après des journées de torture, sans qu’aucune preuve la reliant à des activités armées n’ait été délivrée. Elle est condamnée à mort et convaincue de moharebeh (inimitié vis-à-vis de Dieu).

En 2011, sa peine de mort est commuée par la Cour suprême d’Iran en peine de prison à vie. Depuis plusieurs années, ses problèmes de santé et sa détention dans des prisons connues pour leur mauvaise qualité de soins médicaux inquiètent le monde entier. Elle serait notamment sur le point de perdre la vue.

Laisser un commentaire