Le 18 juin de Bruno retailleau

Voici ce qu’a déclaré mercredi 18 juin au matin, sur la chaîne d’extrême droite CNews, le ministre de l’intérieur. Décryptage.

“Dans ces quarante-huit heures, on va mobiliser 4.000 gendarmes et policiers pour interpeller des clandestins (…) qui ne sont pas les bienvenus en France. Je veux le dire de la façon la plus ferme possible.”

Il y a le 18 juin du Général de Gaulle et le 18 juin de Bruno Retailleau. Après l’hystérie collective fasciste à propos d’un soi-disant “entrisme islamiste”, l’occupant de la place Beauvau se vante maintenant d’avoir interpellé 47 000 clandestin.e.s et d’avoir initié une rafle, rappelant ainsi les heures les plus sombres de l’Histoire. Tout y est : contrôle au faciès, bien sûr, mais aussi incitation à la délation. Sur X, un utilisateur témoigne : “les flics demandent aux blancs s’ils connaissent des personnes sans papiers/en situation irrégulière. Je veux vomir.” 

Une solidarité citoyenne…

De nombreuses alertes ont été lancées sur les réseaux sociaux et des petites affichettes placardées à Gare du Nord, lieu où le ministre de l’intérieur a fait son show devant les caméras de télévision, dénonçant les soit-disant “dérives sécuritaires” qu’entraînent l’immigration et appuyant sa volonté d’une politique “très ferme quant à l’immigration”. 

Dans cette même gare, la présence d’un comité d’accueil voulant dénoncer cette politique migratoire : “So-So-Solidarité, avec les sans-papiers”. “La honte !”, lance une militante aux forces de l’ordre, filmée par le HuffingtonPost. Yann Manzi, le fondateur d’Utopia 56, association d’aide au migrant.e.s, est aussi présent et assiste, horrifié, à ces contrôles. Il confie à l’un de nos confrères : “Tout ça est pour faire peur aux gens, un peu comme ce qu’il se passe au Etats-Unis : installer la peur des sans-papiers, ces esclaves modernes, à qui on va enlever tous les droits. (…) Par contre, ils ont le droit de travailler au noir et surtout d’être une main d’oeuvre corvéable à merci.” 

Face à un coup de communication “à la Trump”

Le jeudi 19 juin, le ministre donne rendez-vous aux journalistes à Gare du Nord. Les revendications de Retailleau font froid dans le dos…et font surtout penser à celles de Trump, qui a ordonné de grandes opérations à l’ICE, la police de l’immigration au Etats-Unis. Ces rafles racistes, réalisées au faciès et souvent très brutales, ont lieu dans les lieux de vie les plus communs comme les restaurants ou aux abords des écoles. 

Bruno Retailleau à la gare du Nord, le 19 juin 2025. Photo : Martin Lelievre

Outre la violence de ces interpellations, difficile de ne pas voir derrière un véritable coup de communication de la part du nouveau président des Républicains. Face à la potentielle inéligibilité de Marine Le Pen en 2027, l’occupant de la place Beauvau entend sans doute bien récupérer les voix du Rassemblement National en séduisant l’électorat d’extrême droite. 

Ces opérations, renforçant l’amalgame entre immigration et insécurité, ne sont pas sans coût humain. 

La suite incertaine des interpellations

Selon les informations d’InfoMigrants, confirmées par FranceInfo, 691 personnes migrantes ont été interpellées. L’équipe de communication de Bruno Retailleau se félicite de la centaine de migrant.e.s qui a été reconduite à la frontière. Même si la très grande majorité était inconnue de la police, 200 migrant.e.s se sont vu placé.e.s sous Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Pour elles et eux, de la suite, on ne sait rien, et le pire reste à venir. 

Plusieurs dizaines de personnes ont été conduites en Centre de Rétention Administrative (CRA). Or, les conditions en CRA sont très souvent déplorables. Comme le dit Mohammed au média Al Jazeera, “ici, on craint les rats. Ils entrent jusqu’à la chambre et bouffent notre nourriture. On n’a pas de promenades ni d’activités. Il n’y a pas non plus de sécurité”. Le quarantenaire rapporte aussi devoir prendre des médicaments “pour dormir, à cause du stress”. En 2023, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonçait même “des conditions gravement attentatoires à la dignité et aux droits fondamentaux des personnes retenues”. 

C’est terminé. La campagne de rafles menée par le ministère de l’Intérieur a pris fin. Des millions d’euros d’argent public auront été dépensés pour propager la peur et servir une opération d’autopromotion. Un véritable modèle d’intégrité, un honnête homme.

L’association Utopia 56 sur X le 19 juin 2025.

Provenant d’une inspiration trumpiste qui ne fait aucun doute, ces opérations de contrôle lancées par Bruno Retailleau avaient donc pour objectifs un déploiement de la peur chez les personnes étrangères et un jeu de séduction électorale. Reste à savoir quelle sera la prochaine mesure fasciste du ministre de l’intérieur.

Par Capucine Bastien-Schmit



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