Gina Wattel, développer et construire la paix par l’éducation

Chaque lundi, Combat vous fait découvrir une Combattante, une femme engagée et inspirante, qui aspire à changer le monde à sa manière. Dans le cadre de notre table ronde “A hauteur d’enfant”, ce samedi 29 novembre, Combat vous présente l’une de ses invitées : la co-fondatrice et directrice pédagogique de l’école Montessori international Les Colibris.

Vous rêvez d’une éducation qui change la société et la développe sous son meilleur jour ? Gina Wattel aussi. C’est après de nombreux voyages et de riches expériences professionnelles que cette femme d’une joie et d’un optimisme communicatif, a décidé de s’installer en France et de fonder l’école internationale Montessori Les Colibris. Au cours de ses 35 années d’expérience dans l’éducation, elle a eu l’occasion de s’essayer à différentes méthodes, qu’elles soient religieuses, traditionnelles ou alternatives. Bercée par la méthode de Maria Montessori depuis sa plus tendre enfance, celle-ci lui a semblé être une évidence. « Développer et construire la paix », telle est la ligne directrice qu’elle a choisi de suivre.

S’amuser pour apprendre

Issue d’une famille nombreuse, Gina est au centre d’une adelphie de neuf sœurs et d’un frère. Elle a grandi ainsi entourée au Mexique, où sa mère s’occupait du foyer et de ses enfants. Ses parents, adeptes de Montessori, appliquaient cette méthode chez eux, où « il y avait déjà une certaine responsabilité par rapport à l’éducation » explique-t-elle. Pour elle, depuis toute petite, apprendre est amusant. Les tâches quotidiennes pouvaient prendre la forme de jeux en famille tout en faisant réfléchir les enfants, sur des notions de mathématiques ou de français par exemple. « Mes parents étaient très jeunes, je pense que ça les aidait à avoir la pêche pour jouer » ajoute-elle en riant.

L’environnement multiculturel dans lequel elle a grandi l’a rendue « réceptive à toutes les nationalités » et poussée à découvrir le monde par elle-même. Elle a continué de voyager après avoir rencontré son mari, originaire de France, comme son grand-père. Ces expériences à l’international lui ont offert l’opportunité de développer des connaissances approfondies sur la diversité des systèmes éducatifs existant, et lui ont révélé que, malgré d’importantes disparités culturelles et politiques, on retrouve toujours un dénominateur commun : « les enfants sont l’écho de leur éducation à la maison ».

Formée aux méthodes pédagogiques, à la psychologie et à la spécialité Montessori, elle ne cesse de se former sur les sujets liés à l’enfance, au développement de l’enfant mais aussi sur elle-même et l’évolution du monde qui l’entoure. « J’apprends toujours, on a encore énormément de choses à apprendre » insiste-elle.

Afin d’éviter de « planter nos histoires dans le chapitre de la vie de l’enfant », ou encore de « lui transmettre nos traumatismes », se connaître soi-même est essentiel et permet de créer les meilleures conditions possibles pour « accueillir l’enfant vers une vie équilibrée ». La connexion aux autres, à soi et au vivant sont des sujets qui l’animent. Elle a instauré différentes pratiques au sein des classes de son école pour mettre en application ces principes : l’échange, la négociation pour se partager le matériel, la présence d’éléments naturels dans les salles dont les enfants doivent prendre soin, la table de la paix pour régler les désaccords ou encore parler, exprimer ses émotions. Bien que les conditions soient idéales pour un environnement paisible, des désaccords, propos ou actes blessant peuvent toujours survenir. « L’enfant va vivre les conséquences de tout ce qu’il a fait dans la classe et on l’accompagne à les réparer », « ce n ‘est pas simplement dire « je suis désolé », c’est y penser, réfléchir et agir ». Le but : leur donner les outils adaptés pour développer leur intelligence émotionnelle.

Si l’attention est portée à l’environnement dans lesquels vont évoluer les enfants, c’est aussi pour leur permettre de se développer en accord avec leurs besoins. Convaincue “qu’on ne peut pas demander certaines choses à un enfant si ce n’est pas bon pour son développement, s’il n’a pas encore la maturité, le développement psychologique ou émotionnel pour le faire« , Gina Wattel prône l’importance de connaître les différentes formes de développement de l’enfant pour proposer des pratiques adaptées à son évolution et son épanouissement. « On ne peut pas demander la même chose à un enfant de maternelle, de primaire ou de collège.” rappelle-t-elle.

Face aux difficultés que rencontre le corps enseignant en France, la pédagogue affiche son soutien : « J’ai aussi travaillé en éducation traditionnelle et, parfois, on n’a pas les conditions nécessaires. On fait comme on peut. » De ces années de travail en éducation traditionnelle, elle en garde un sentiment de frustration : « c’est une telle contrainte quand il y a trop d’administration et qu’on ne peut pas travailler avec les enfants. Je l’ai fait quand j’étais plus jeune et je rêvais de changer la société. Mais ce n’est pas possible si nous ne sommes pas à plusieurs. Alors, j’ai décidé de faire comme les petits colibris : je fais ce que je peux. » Ce rêve de changement lui reste toujours en tête : « je suis sûre que l’on pourrait faire différemment, partout. D’ailleurs, si j’avais le pouvoir de changer l’éducation en France, je formerais tous les professeur.e.s, je leur donnerais de bonnes conditions de travail et je mettrais du Montessori de partout ! »

Un œil plein d’espoir sur l’être humain et sur le monde

Si vous connaissez le débat sur l’état de nature – team Hobbes ou team Rousseau?- vous avez peut-être un avis sur la question. Celui de Gina Wattel est clair : « je suis sûre que l’être humain, dans sa nature réelle, est bon. » C’est par cette visière qu’elle choisit d’appréhender l’humanité et ses méthodes pour l’éduquer. Elle est non seulement convaincue de l’importance de se connecter à son état de nature mais aussi à la nature en tant que telle, au monde qui nous entoure : « J’ai appris à être enracinée avec l’éducation cosmique, avec la nature, les animaux, avec les autres personnes, avec moi-même, m’écouter, me comprendre, faire au mieux, et me pardonner aussi. »

C’est cet optimisme, son environnement familial et son admiration pour l’être humain qui l’ont amené à aspirer au professorat : « depuis toute petite, j’avais envie d’être dans l’éducation. Je rêvais d’être prof, oui c’était mon rêve. Et je pense que ça vient aussi du côté de mon père, parce qu’il me questionnait beaucoup. »

Une famille démonstratrice d’amour, un foyer chaleureux, du temps, de la compassion, du questionnement… serait-ce la recette pour façonner une directrice pédagogique déterminée à changer la société, pour le bien de tous et toutes, par l’éducation des adultes en devenir ?

Convaincue du potentiel de la méthode Montessori comme moteur de changement de notre société et de nos institutions, Gina Wattel place bel et bien les enfants au cœur de son combat pour une éducation plus juste, adaptée et respectueuse de leur singularité. L’enseignante conseille d’ailleurs de « soigner notre enfant intérieur pour permettre aux autres enfants de vieillir. On a besoin d’espoir pour continuer dans cette société. »

Par Jeanne Brébion

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