Violences sexistes et sexuelles dans le cinéma : une approbation silencieuse ?

Malgré la grève hollywoodienne, la Mostra de Venise ouvre ses portes aujourd’hui. La présence de trois cinéastes baignant dans des affaires d’agressions sexuelles à de quoi susciter la controverse.

Sur les plateaux de tournage des plus grands long-métrages mondiaux, le réalisateur et le producteur sont rois, les actrices et les stylistes, leurs proies. Plusieurs années après le développement spectaculaire du mouvement #MeToo, les accusations d’abus sexuels et de viol envers Roman Polanski, la condamnation de Woody Allen pour inceste et agressions sexuelles et le blanchissement d’accusation de viol contre le réalisateur français Luc Besson, le festival international du film de Venise, La Mostra, a invité les trois agresseurs. Une nomination et des présentations controversées, ou plutôt un pied de nez aux victimes.

Complaisance et excuses : le triste exemple de l’affaire Polanski

Roman Polanski, Luc Besson, Woody Allen, Gérard Depardieu ou encore Harvey Weinstein, les personnalités influentes du monde du cinéma semblent bien profiter de leur notoriété pour assouvir leurs désirs problématiques. Bien que leurs actes soient explicitement interdits par la loi, leur métier et la fascination qu’ils suscitent les protègent.

Lors de la cérémonie des César 2020, Roman Polanski est sacré meilleur réalisateur pour son film J’accuse, malgré les plaintes successives de ses victimes, ses condamnations et la contestation de nombreux collectifs féministes.  L’actrice Adèle Haenel a d’ailleurs récemment annoncé quitter le monde du cinéma pour « dénoncer la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels. » Si cette actrice prend la parole fermement, d’autres approuvent les comportements du réalisateur. Ainsi, Nadine Trintignant estime qu’on « devrait lui foutre la paix » tandis que Fanny Ardant déclarait, après la cérémonie des César 2020, qu’elle « avait envie de le défendre, de lui donner une certaine chaleur. »

Revenant sur la victime violée par Roman Polanski en 1977, Samantha Gailey, Catherine Deneuve estime que « c‘est une jeune fille qui avait été emmenée chez Roman par sa mère, qui ne faisait pas son âge de toute façon. On peut imaginer qu’une femme de 13 ans puisse faire 15 ou 16 ans. Il n’a pas demandé sa carte de visite, il a toujours aimé les jeunes femmes… J’ai toujours trouvé que le mot de viol avait été excessif. » Une jolie démonstration de la culture du viol dans notre société : si une fille ne fait pas son âge, il n’est visiblement pas si choquant qu’elle se fasse violer…

« C’est une honte, la honte ! » Le 28 février 2020, tandis que la cérémonie sous tension des César 2020 touche à sa fin, l’actrice Adèle Haenel quitte précipitamment la salle Pleyel. Berzane Nasser/ABACA

Malheureusement, Roman Polanski n’est pas le seul acteur du triste spectacle que nous donne à voir le septième art.

Le 24 février 2020, Harvey Weinstein est jugé coupable de viol et d’agressions sexuelles avec plus de 80 victimes déclarées depuis la fin des années 1980. Il aura donc fallu des dizaines d’années pour que le monde du cinéma reconnaisse la culpabilité d’un de ses acteurs les plus influents.

Et des cinéastes accusés de violences sexistes et sexuelles, il y en a de plus en plus : Luc Besson, qui se défend par le fait d’avoir soi-disant besoin d’être « amoureux » (c’est-à-dire les agresser sexuellement) de ses partenaires pour jouer, Woody Allen, Johnny Depp, Gérard Depardieu ou encore plus récemment l’acteur français Nicolas Bedos figurent sur la liste interminable des hommes profitant de leur renommée. Mais alors pourquoi ce silence persistant autour d’un fléau malheureusement bien connu ? Pourquoi une acceptation de ces excuses d’une crédibilité proche de zéro ?

Une inclination devant les agresseurs

Mettons-nous à la place d’une jeune actrice qui décroche enfin un rôle aux côtés d’un acteur ou d’un cinéaste qu’elle connaît depuis son enfance. Un début de carrière, une sensibilité, une admiration et une envie de faire du cinéma son métier à côté d’un cinéaste prédateur sexuel profitant de sa vulnérabilité, lui faisant savoir qu’en une parole il pourrait briser ses rêves de carrière en se donnant l’image d’une passerelle vers le monde des tapis rouges ; et la voilà prise au piège. Se taire et poursuivre sa carrière dans la peur ou dénoncer et renoncer à toutes ses ambitions ; voilà à quoi sont confrontées des milliers d’actrices, de techniciennes, de costumières, entre autres, chaque année.  

Une omerta dénoncée mais des noms qui ne sortent pas et des victimes passées sous silence ; le monde du cinéma n’est peut-être pas aussi brillant qu’il n’en a l’air.

Sous couvercle de la phrase trop souvent répétée « il faut séparer l’homme de l’artiste », les festivals et cérémonies couvrent d’or et de récompenses les agresseurs. Une haie d’honneur se dresse pour eux tandis qu’un plafond de verre et un mur de silence attendent les victimes.

Du festival de Cannes aux Oscars en passant par La Mostra de Venise et la cérémonie des Césars, le monde du cinéma approuve en se taisant.

Pour préserver sa réputation, son activité économique et son image idéalisée, le 7ème art accepte.

Le public se divise : que choisir, qui choisir ? « Séparer l’homme de l’artiste » pour son plaisir personnel et ainsi donner indirectement de l’argent à un agresseur ou refuser catégoriquement d’approuver silencieusement et ainsi boycotter son œuvre.

Et durant ces débats qui ont inondés et inondent encore les plateaux télé, les victimes sont encore oubliées et les agresseurs honorés.

Par Capucine Bastien-Schmit

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