Le calendrier de la contre-COP

Cette année, Combat prend le contrepied de la COP28 qui se tient à Dubaï à travers un calendrier alternatif.

JOUR 1 : POURQUOI NOUS, ON VA PAS A LA COP

JOUR 2 : PAS D’OPÉRA SUR UNE PLANÈTE MORTE

Manhattan, New York, au Metropolitan Opera . Jeudi 30 novembre, alors que la COP28 ouvre ses porte, des activistes d’Extinction Rebellion (XR) ont perturbé la soirée d’ouverture du « Tannhäuser » de Wagner. La perturbation coïncidait avec la déclaration du personnage principal selon laquelle « l’amour est une source à boire », et soulignait le fait que, contrairement à ces paroles prononcées sur scène, les sources ne sont plus pures. En pleine crise climatique, notre eau est aujourd’hui contaminée. A travers cette action symbolique, les militants XR exigent la sortie des combustibles fossiles, tout en pointant du doigt l’incapacité de notre système socio-économique à protéger la population des crises à venir.

Dans la région, de nombreux spectacles ont dû être annulés ces dernières semaines à cause des conditions météorologiques. « Si les manifestants ne perturbent pas l’opéra, la nature le fera certainement, et bientôt » insistent les activistes. « Nous aimons l’opéra. Nous interrompons ce que nous aimons. Nous agissons d’une manière qui peut sembler irrationnelle, mais c’est parce que personne n’a de réponse sensée à l’urgence, au danger et à l’ampleur de la crise climatique », a déclaré Janet Apuzzo, militante d’Extinction Rebellion. Il y a eu 28 conférences des parties et les émissions n’ont fait qu’augmenter ! Nous risquons de tout perdre », a de son côté déclaré John Mark Rozendaal, porte-parole d’Extinction Rebellion, violoncelliste et joueur de viole de gambe.

JOUR 3 : TROP CHER, TROP CHAUD, PAS D’JO !

Jour 3 de notre calendrier de l’avent spécial Contre COP. Nous vous proposons de vous enrouler dans un plaid moelleux, de prendre une tasse de thé (ou un verre de vin chaud), et de vous emmener en Savoie, à la rencontre de ces citoyens qui ne veulent pas des jeux olympiques d’hiver de 2030 sur leur montagne.

« Trop cher, trop chaud, pas d’JO ! » ont scandé une quarantaine de personnes sous la neige, skis aux pieds, hier à Albertville en Savoie. Le collectif NO JO 2030, les comités locaux des Soulèvements de la Terre et Tarentaise citoyenne se lèvent contre la perspective écocide des Jeux Olympiques d’hiver. Seule région à avoir soumis sa candidature au CIO, les Alpes n’entendent pas laisser passer plus de bétonisation, d’accaparement de leurs terres pour le profit de quelques uns. « 15 jours de fête, 15 ans de dette », un slogan qui fait référence à l’organisation des JO d’hiver de 1992, que les contribuables ont payés pendant vingt ans.

Ici on demande un référendum, pourtant accepté en Suisse et en Norvège… « Nous avons perdu l’équivalent d’un mois de couverture neigeuse dans les Alpes en moins de cinquante ans », entend-on derrière un masque de ski. Une nouvelle porte ouverte aux aberrations, entre le recours systématique aux canons à neige, la construction de nouvelles routes, de nouveaux aéroports, de toujours plus de bâtiments et d’infrastructures, pour offrir à des clients venus de l’autre bout du monde deux semaines de « rêve ». Mais le rêve des locaux, c’est qu’on protège leur montagne…

JOUR 4 : L’HOMME QUI A ARRÊTÉ LE DÉSERT

Il était un homme qui avait un rêve un peu fou : faire repousser une forêt là où la désertification faisait rage, sur un sol abîmé, aride, incultivable. Une forêt verdoyante au nord du Burkina Faso dans la province de Yatenga.

Après les sécheresses des années 1970 et 1980, les sols sont dégradés et la population, en proie à la famine, doit tourner le dos à la région. Malgré les railleries, Yacouba Sawadogo décide de relancer le Zaï, une technique ancestrale de culture en partie disparue avec la modernisation de l’agriculture. A la seule force de son corps, il fait pousser plus de 90 arbres, ramenant ainsi la vie à toute une région en proie à l’exode. Sa forêt de 40 hectares abrite désormais tout un biotope animal et végétal.

Un travail acharné et passionné qui lui aura valu les honneurs des Nations Unis le couronnant de « champion de la terre » en 2020. Deux ans plus tôt, il recevait le Prix Nobel alternatif. Cet homme qui rêvait grand, qui rêvait la vie, s’est éteint le 3 décembre, chez lui, au plus près de ce coin de paradis sorti du labeur de ses mains et des techniques ancestrales africaines.

La 4ème case de notre calendrier de l’avent spécial Contre COP est l’occasion pour Combat de rendre hommage à cet homme que l’on traitait de fou mais qui, en quatre décennies a relevé le défi de l’humanité.

Pour aller plus loin :

SAWADOGO Yacouba, DEVILLE Damien, L’homme qui arrêta le désert, Tana Editions, 2022, à découvrir ici

L’homme qui arrêta le désert, un documentaire de Mark Dodd, 2010

JOUR 5 : « NOUS BÉTONNONS LES TERRES ET LES CŒURS »

Et hop, 5eme jour de notre calendrier, on s’installe confortablement dans son plaid et on découvre, comme un cadeau en avance, un passage du dernier livre de Gaspard Koenig, Humus.

« L’écocide n’est pas limité à la vie des animaux. Il exerce la même violence sur la vie humaine, émondant les singularités, brisant les coopérations spontanées, étouffant notre joie. Nous bétonnons les terres et les cœurs. La société plante des êtres humains en rangées bien droites, désherbées au glyphosate. Les lois sont nos herbicides, le marché notre labour. Nous abattons les vieux arbres comme nous envoyons nos parents en EHPAD ; nous arrachons les adventices comme nous jetons en prison les marginaux ; nous engrillageons les terrains comme nous installons des portiques dans les gares et des caméras dans les rues ; nous pourrons les champs d’engrais comme nous nous gavons d’informations inutiles ; nous encageons les poulets comme nous badgeons les employés ; nous attachons des tuteurs aux jeunes plants comme nous disciplinons les enfants à l’école. La monoculture s’étend sur nos paysages autant que dans nos têtes. Contrôles de traçabilité et contrôles d’identité sont les deux faces d’une même passion pour l’étiquetage. Nous voudrions maîtriser tout, la nature et les hommes, parce que nous ne nous maîtrisons plus nous-mêmes. »

Humus, publié cette année aux éditions de l’Observatoire, s’inscrit parfaitement dans la réalité politique, économique, sociale et écologique telle qu’elle est aujourd’hui. Gaspard Koenig présente une satire de notre monde, un récit initiatique oscillant entre philosophie, écologie, anarchisme, activisme, militantisme, mettant en scène deux jeunes hommes et leur passion pour la terre, l’humus, et leurs habitants, les vers de terre. Alors oui, dit comme ça, un roman ‘lombricol’, ça ne fait peut-être pas rêver. Et pourtant, la plume de l’auteur se révèle piquante et douce, humaine, dénonciatrice, en lutte, parfois scientifique, parfois poétique, toujours ancrée profondément dans nos sociétés. Humus est également une de ces histoires d’amour, passionnelle entre les personnages, mais pas que. Amour pour le vivant, la terre, l’autre. De lombrics en boite, à la révolution, il n’y a que quelques centaines de pages, qui se dévorent aussi vite que les lombrics façonnent la vie. Un roman écolo aux notes sucrées d’anticapitalisme, enrobé d’un vent de révolte, à glisser sous votre arbre de Noël (ou de Yule, ou de ce qui vous fait vibrer !)

Gaspard Koenig, Humus, Editions de l’Observatoire, 2023, à retrouver ici

JOUR 6 : RADICALE RUPTURE

Le récit de l’écologie sociale au prisme du mythe capitaliste, un portrait de l’activiste kurde Günsel opposée à Erdogan, une virée à Sainte Soline… pas de doute, le nouveau numéro de FSociété porte un parfum de luttes toujours plus inspirantes.

Créé à l’approche de la présidentielle 2022, Fsociété repose sur le travail d’une seule personne. Le but : influer positivement sur le monde et exprimer une colère trop longtemps intériorisée. Convaincue que les médias de masse participent à l’inaction climatique et à l’invisibilisation des plus vulnérables, FSociété repose sur deux piliers fondamentaux ; la critique sociale et l’altermondialisme. Depuis maintenant presque deux ans, la revue informe, pense et vulgarise la société de manière libre et indépendante.

Croustillant, son nouveau numéro en prévente propose aussi bien des entretiens que des analyses sociologiques et des analyses d’actions de terrain. Vous avez encore deux jours pour le précommander sur Ulule !

JOUR 8 : LE TRAIN DE LA DISCORDE

Cette année, nous vous avons grandement abreuvé du sujet éminemment politique et écocide du chantier de la ligne ferroviaire du Lyon-Turin. Nous vous avons fait (re)découvrir la lutte menée depuis près de vingt ans par le collectif italien NoTAV, puis de sa récupération par les Mauriennais de l’autre côté de la frontière.

Depuis la mobilisation à la Chapelle, en Savoie à quelques kilomètres de l’entrée du tunnel principal, organisée par les Soulèvements de la Terre, Vivre et agir en Maurienne et d’autres associations militant pour les droits de la planète les 17 et 18 juin dernier, les défenseurs des territoires impactés ne se sont pas arrêtés. Ils continuent à informer la population, à tenter des recours en justice, à faire entendre leur voix coûte que coûte pour ramener à la raison les décideurs financiers et politiques, pendant que sur les chantiers on continue de creuser dans les flancs de montagne, de bombarder les roches, de tuer les écosystèmes et d’aspirer l’eau, l’air et la vie à la vallée asphyxiée.

En Italie toute proche, le 8 décembre, dans cette petite case de notre calendrier de l’avent, vous venez d’ouvrir deux décennies de révolte. Comme chaque fin d’année à la même date, nos voisins transfrontaliers marchent main dans la main, toujours avec l’espoir de changer la donne et de stopper le massacre, sous des chants révolutionnaires et leur éternel slogan « C’erevamo, ci siamo, ci saremo, NoTAV ! »

Pour aller plus loin, (re) découvrez notre série sur le Lyon-Turin :

JOUR 9 : PROMENONS NOUS DANS LES BOIS…

Nouvelle case de notre calendrier de l’avent, nouvelle lutte à signaler. Pour ce 9 décembre nous vous invitons à Chambéry, à la rencontre de l’Association Justice Animaux Savoie (AJAS), laquelle prend position sur la question du loup, très épineuse dans la région. Les membres de l’AJAS devaient se réunir aujourd’hui pour présenter à la population chambérienne un happening silencieux d’un conte pour enfants mais les conditions météo en ont décidé autrement (oh on vous voit les climatoblablatistes au fond là, de la pluie en décembre, y a pas de réchauffement voyons!) Entretien avec Pauline di Nicolantonio, présidente de l’association.

« – Quel est votre positionnement sur la question du loup?

Nous sommes contre la solution létale. Le loup est une espèce protégée et doit le rester. Actuellement, les dérogations aux tirs sont trop nombreuses alors qu’il y a énormément de solutions non létales. Le problème c’est qu’on accuse le loup de tous les maux du monde agricole, dès qu’il y a un souci on sort le fusil et cela n’est pas acceptable.

– De quels leviers d’action disposez-vous ?

Pour le moment nous menons surtout des campagnes d’informations. Nous incitons par exemple les gens à se mobiliser dans le cadre des enquêtes publiques. Nous organisons également une avant-première du film « Vivre avec les loups » le 20 décembre au cinéma l’Astrée en présence du réalisateur (Jean-Michel Bertrand, article à venir prochainement sur Combat, ndlr).

Malheureusement, le terrain politique est très défavorable en Savoie ou 5 parlementaires sur 6 sont fortement anti-loups. La préfecture nous a également interdit l’accès au comité loup alors qu’il est censé y avoir des représentants associatifs.

  • Quelles sont vos précédentes victoires ?

Sur le loup nous sommes aux prémices de nos campagnes. Nous avons déjà obtenu des victoires sur d’autres sujets mais pas sur le loup malheureusement…»

L’association propose de prohiber le recours à la létalité en se conformant au droit communautaire, d’accompagner et de former les éleveurs, d’augmenter et d’améliorer les moyens de protection des troupeaux, et de revoir le système de subvention. Ils rappellent également que le loup n’est pas une menace pour l’homme. En revanche, il est d’une utilité primordiale dans nos écosystèmes de par sa prédation, d’autant plus qu’il ne prolifère pas comme on voudrait le faire croire puisqu’il se régule seul (50% des petits ne dépasseront pas la première année). Les chiffres des potentielles attaques manquent de véracité, et les propos tenus par un lieutenant de louveterie, tout possédé qu’il était par sa domination masculine sur son supposé concurrent lupin, rencontré il y a quelques mois, allaient en ce sens. D’après lui « on ment sur les chiffres, et il faut en prélever toujours plus, il n’y a pas vraiment de contrôles. »

Héros des histoires pour enfants, prince de la forêt, le loup entre mythe et réalité est devenu un animal politique, la lutte pour sa protection aussi. Et si nous nous promenions tant qu’il y est puisqu’il ne nous mangera pas?

Pour aller plus loin :

JOUR 10 : LESS BÉTON

Notre 10ème case nous emmène tout droit dans des paysages que vous ne connaissez sans doute pas, mais qui ne vous laisseront probablement pas indifférents. Nous passerons par Toulouse, Paris, Saint Egrève, le Teil, Orléans, Nantes, Sillans, Anjou, Perpignan, Corseul… Un petit tour de France des cimenteries.

Entre le 9 et le 12 décembre, des militants rassemblés par 150 associations et collectifs dont les Soulèvements de la Terre, se sont donnés pour mission de désarmer les usines à béton. Cet événement a lieu un an après l’intrusion de 200 militants dans l’usine Lafarge-Holcim à Marseille, qui avait été suivie de poursuites judiciaires à l’encontre des activistes.

Quelques points importants pour rappeler les impacts désastreux de la production de Lafarge and co :

  • L’industrie du béton en France représente un chiffre d’affaires annuel de 2,08 milliards d’euros, pour une production de 21 millions de tonnes, réalisé par douze entreprises dont cinq possèdent 95% du marché, nos amis LafargeHolcim, Ciments Calcia, Eqiom, Vicat et Imerys Aluminates ;
  • Le béton compose 50% des parts de marché de la maison individuelle et 75% de la construction des bâtiments publics tertiaires et collectifs ;
  • La production de ciment uniquement représente entre 7% et 10% des émissions carbones mondiales ;
  • Les déchets du BTP représentent 260 millions de tonnes dont 42 millions de tonnes de granulats de béton ;
  • Lafarge a été inculpé de complicité de crime contre l’humanité pour avoir versé des millions d’euros à des filières terroristes par l’intermédiaire de sa filiale en Syrie. Ils auraient abreuvé Daesh de 4,8 à 10 millions d’euros entre 2013 et 2014, afin de maintenir l’activité d’une cimenterie en Syrie à Jalabiya alors que le pays s’enfonçait dans la guerre.

La liste est non exhaustive, les pratiques frauduleuses et écocides sont monnaie courante chez ces grands groupes.

Maintenant que nous avons mis des termes et des chiffres à certaines de ces pratiques, partons du côté des militants, voir un peu ce qu’il se trame.

A Lyon, l’artiviste Joanie Lermercier a projeté des slogans sur les bâtiments de la ville lors de la fête des Lumières :  «LESS BETON», «LAFARGE+DAESH= ❤ » «Rallumons les étoiles». Dans l’Allier on se rassemble pour chanter « tout le monde déteste le béton. » En Ardèche, au Teil, 200 manifestants font un drôle de pèlerinage, tout de bleu ou de blanc vêtus, jusque devant la carrière Lafarge. A Niort, les comités locaux des Soulèvements de la Terre se sont rassemblés pour dénoncer le tout béton. Plus au sud, à Perpignan c’est devant le site Lafarge et l’usine de bitume Colas/Bouygues que l’on retrouve activistes et pancartes « Stop à la centrale de bitume. » D’autres, en Isère, sont passés à l’action dans la nuit du 3 au 4 décembre contre le bétonneur Vicat. Dans le Tarn, 1500 personnes sont venues crier haut et fort que ni l’A69 ni la bétonisation de masse ne passeront.

Entre mobilisations symboliques et opérations de désarmement, la créativité et la détermination des militants écolo ne sont plus à démontrer, que l’ennemi soit de chair ou de ciment.

JOUR 11 : ANOTE TONG, UN PRÉSIDENT FACE À LA MONTÉE DES EAUX

 

« La principale question qui se pose aujourd’hui à nos dirigeants et à nos concitoyens est de savoir quelles sont les options disponibles pour garantir la sécurité de nos générations futures. »

Anote Tong a été Président des Kiribati entre 2003 et 2016 s’est fait connaître sur la scène internationale pour ses interventions appelant à prendre conscience de la crise environnementale.

Depuis vingt ans, il alerte notamment sur l’avenir de son pays, mis en danger par le changement climatique et la montée des eaux. Et pour cause, selon les scientifiques, les conséquences du changement climatique pour les îles du Pacifique pourraient être plus désastreuses que pour n’importe quel autre pays au monde, avec l’engloutissement de vastes zones habitables d’ici 2100.

Face à ce constat, Anote Tong a longtemps cherché un moyen de reloger la population entière de son pays. Son but était de former professionnellement les Kiribatiens afin qu’ils puissent rapidement obtenir des emplois qualifiés dans leurs pays d’accueil et ne pas devenir de simples « réfugiés environnementaux ». C’est ce qu’il a appelé « la migration dans la dignité. » Lors de sa présidence, le gouvernement a ainsi signé des accords avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Des Kiribatiens y ont été formés dans le secteur de la santé, d’autres ont pu obtenir un emploi saisonnier dans la cueillette de fruits ou dans l’industrie horticole.

En 2012, Anote Tong négocie également avec le gouvernement fidjien l’achat de terres pouvant accueillir des émigrés kiribatiens. Mais à ce jour, aucun pays n’a accepté d’accueillir de manière permanente un nombre important de ces derniers.

Alors, même « retraité » de sa fonction politique, Anote Tong continue à porter ses discours au plus haut. Depuis 2013, de nombreux comités appellent à ce qu’il reçoive le prix Nobel de la paix.

JOUR 12 : L’AMAZONIENNE QUI LUTTE POUR PROTÉGER SES TERRES

« J’ai l’impression de devoir protéger notre territoire contre tout ce qui s’y passe. Le capitalisme veut entrer dans nos terres pour les dévorer, prendre le pétrole et toutes les ressources qui s’y trouvent. L’Etat équatorien lui-même continue à vouloir piller tout ce que nous avons dans nos ressources, dans notre territoire. Pour moi, en tant que femme, en tant que mère, cette pression est une grande menace. »
 
Nemonte Nenquimo naît en 1986, en Amazonie équatorienne. Elle fait partie du peuple des Waorani. Les quelque 5.000 individus qui composent cette communauté sont propriétaires de 800.000 hectares de forêt dans les provinces de Pastaza, Orellana et Napo.

En 2015, elle fait partie des cofondateurs de l’ONG Alianza Ceibo, qui se donne comme mission de protéger les terres ancestrales contre la prospection minière.

Trois ans plus tard, elle est la première femme à être élue présidente du conseil waorani de la province de Pastaza. C’est à ce titre qu’elle lance en 2019 une requête judiciaire visant à rejeter le futur appel d’offres fait par l’Etat aux compagnies pétrolières. Le gouvernement envisageait alors d’ouvrir 180.000 hectares du territoire des Waorani à l’exploitation de l’or noir.

A l’époque, cela fait déjà une trentaine d’années que leurs terres sont saccagées par les grandes entreprises avec le soutien du gouvernement. Et c’est une victoire ! Désormais, plus un seul gisement de pétrole ne pourra être exploité sans le consentement de son peuple. « Cette victoire a été très spéciale pour nous, les peuples équatoriens, mais aussi pour la nation que nous avons unie dans ce combat », se souvient-elle, quatre ans plus tard.

En 2020, son engagement en faveur de la protection de son peuple et de son environnement lui a valu d’être distinguée comme l’une des 100 personnalités les plus influentes par le magazine Time et de recevoir le prix Goldman pour l’environnement.

JOUR 13 : TON EX OU LA COP?

JOUR 14 : ALERTES, SCIENCES ET CLIMAT : VERS LA FIN D’UN DÉLIT ?

« Nous savons que la maison brûle. Nous venons voir les dirigeants de cette planète et après les avoir alertés, nous retournons dans nos laboratoire. Et rien ne se passe pour les habitants. »

Le 9 octobre 2022, il y a un peu plus d’un an, des scientifiques membres du collectif Scientifiques en rébellion organisaient, conjointement avec Extinction Rébellion, l’occupation de la grande galerie de l’évolution du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN), à Paris. L’objectif, alerter sur l’urgence de la situation écologique, dénoncer l’inaction politique et informer les visiteurs des causes aussi bien que des conséquences du dérèglement climatique.  

Jeudi 30 novembre 2023, le procureur a requis leur relaxe. Ce démêlé juridique pose la question du rôle nouveau qui se dessine pour des scientifiques plus activistes, désireux de se faire entendre avant qu’il ne soit trop tard.

Contrairement à ce que l’on essaie parfois de nous faire croire, le Scientifique n’a-t-il pas toujours été un Citoyen AUSSI? Peut-être a-t-il toujours disposé du droit de s’inquiéter et de s’interroger sur la trajectoire de la société dans laquelle il vit.  

JOUR 15 : METTRE L’ ÉCOLOGIE À L’AGENDA MÉDIATIQUE

Connaissez-vous QuotaClimat ? Depuis 2022, cette association œuvre chaque jour à faire rentrer l’urgence écologique à l’agenda médiatique.

En 2023, 39% des Français sont climatosceptiques. Les citoyens ont de moins en moins confiance dans les informations qui circulent sur le dérèglement climatique.

Face à cette situation, QuotaClimat s’appuie sur trois leviers :

  • Elle interpelle les médias mainstreams sur les réseaux sociaux tous les jours
  • Elle est à l’origine d’une proposition de Loi portée à l’Assemblée nationale par un groupe de travail transpartisan (avec l’Institut Rousseau)
  • Elle propose un baromètre quantifiant et qualifiant le traitement médiatique de l’urgence écologique (avec Data for Good)

Désormais, l’association veut aller plus loin, en se déployant notamment à l’international.

Et pour ça, Quota Climat a besoin de vous ! L’association vient de lancer un appel aux dons. Ça se passe sur Ulule jusqu’au 19 janvier. On compte sur vous !

A Combat, nous sommes nous aussi persuadés que les médias ont un rôle clé à jouer face à la crise environnementale que nous traversons. Débunker les fausses informations, informer davantage sur les réalités écologiques et favoriser la mise en lumière d’alternatives responsables est désormais nécessaire.

JOUR 16 : L’ASSEMBLÉE DES FEMMES POUR LE CLIMAT

Du 24 au 28 septembre dernier s’est tenue à Lagos (Nigéria) la deuxième Assemblée des femmes pour le climat. Cette manifestation, organisée dans le cadre de la contre COP africaine, a réuni des femmes en première ligne issues de plus de soixante-deux communautés d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Particulièrement impactées par la crise climatique, ces dernières proposent des solutions alternatives, tirées de leur expérience quotidienne, aux enjeux environnementaux.

« Nous sommes mieux informées parce que nous vivons au quotidien la crise croissante ; nous avons une profonde sagesse car nous cultivons et produisons la nourriture que la plupart des Africains ruraux consomment chaque jour ; nous vivons en harmonie avec la nature et savons donc comment la soutenir au mieux pour qu’elle se rétablisse et que nous puissions tous vivre une vie meilleure dans le monde. »

Déclaration de la deuxième Assemblée pour le climat des femmes d’Afrique de l’Ouest et du Centre

L’objectif principal de l’Assemblée des femmes pour le climat est ainsi de rassembler les mouvements dirigés par des femmes en Afrique contre l’énergie sale, la nouvelle exploitation « verte » des ressources de l’Afrique et les pseudo-solutions climatiques qui permettent aux grandes entreprises de nuire à la planète tout en engrangeant de l’argent.

Lire leur déclaration en entier ici

JOUR 17 : A69, VAINCRE LE GOUDRON

L’idée de l’A69 ne date pas d’hier. La volonté de relier Castres à Toulouse remonte à 1994, mais n’est devenue un projet autoroutier qu’en 2010. L’A69 devrait relier Verfeil aux alentours de Toulouse à Castres, trajet long de 47 kilomètres. L’objectif officiel est de dynamiser le bassin de Castres et de créer des emplois.

Problème : ce projet, dont le coût s’élève à 450 millions d’euros, est écocide. Pour construire l’autoroute, 400 hectares de cultures agricoles vont être détruits. De plus, de nombreux arbres vont être rasés. Bien que l’entreprise Atosca, chargée de la concession de l’A69, annonce 200 arbres abattus, le collectif « La voie est libre » élève le nombre à un millier. Enfin, inutile de préciser que les émissions de CO2 seront à la hausse avec l’accroissement du trafic. Tout ça pour une route réduisant d’à peine 20 minutes le trajet dans le meilleur des cas, et une création d’emplois hypothétique.

De nombreuses associations ont apporté leur soutien à la lutte contre la construction de l’autoroute, parmi lesquelles Extinction Rébellion, La Voie est libre, Les Soulèvements de la Terre et le Groupe National de Surveillance des Arbres (GNSA). Un désaccord plus que partagé avec les scientifiques, qui ont écrit une lettre ouverte au président publiée dans l’Obs. L’Autorité gouvernementale a d’ailleurs qualifié le projet « d’anachronique au regard des enjeux et ambitions actuels de sobriété. »

Parmi les engagements forts contre l’A69, celui de Thomas Brail est sûrement le plus marquant. Le fondateur du GNSA a notamment rencontré le ministre délégué chargé des transports Clément Beaune. Il a entamé une grève de la faim au début du mois de septembre 2023, et a siégé dans les hauteurs d’un platane en face du ministère, avant d’être délogé par la police le 24 septembre. Suite au manque de réaction des autorités chargées du projet, il a entrepris une grève de la soif le 9 octobre. Hospitalisé le lendemain, il continue néanmoins sa lutte.

En plus de manifester, les collectifs envisagent une autre voie pour améliorer la mobilité autour de Castres, à moindre coût écologique. Il s’agirait de réaménager la RN126, en offrant une troisième voie à Verfeuil, et en supprimant les carrefours à feux, entre autres exemples. Ils montrent donc qu’une solution alternative est possible, niée par les pro-autoroutes, déterminés à remplacer les champs par du goudron.

JOUR 18 : LIMOGES, VILLE NOURRICIERE

Pour découvrir ce que nous réserve la 18ème case de notre calendrier de l’avent, nous vous invitons à Limoges, dans le département de la Haute-Vienne en région Nouvelle Aquitaine.

Rebaptisée ville nourricière, la municipalité a décidé en 2020 de créer une régie maraîchère, sous la forme de potagers géants et de serres. Installé au cœur de la ville, le potager installé place de la Motte propose par exemple plus de 150 espèces de végétaux. Ce sont les jardiniers communaux qui s’occupent de la production de légumes et des arbres fruitiers.

Pour la quatrième fois de l’année, les 6 et 7 décembre dernier, des centaines d’habitants ont pu bénéficier gratuitement et sans conditions des légumes de la ville. Des tonnes de légumes ont été distribuées dans les zones prioritaires. L’objectif est de nourrir de la crèche à l’Ehpad en passant par les centres scolaires et de loisirs, et ainsi d’atteindre une certaine autonomie en passant à 15 hectares cultivés.

La ville nourricière va plus loin encore en soutenant des programmes en faveur du développement de l’agriculture urbaine au sein des quartiers. L’idée étant de faire pousser des légumes et des vergers dans les espaces verts municipaux, à la libre-consommation des citoyens. Les habitants sont également invités à planter dans les espaces publics, dans les jardins partagés ou familiaux.

Un travail de grande ampleur pour cette ville aux 130.000 habitants, mais une belle initiative sociale et écologique qui fait déjà des heureux.

JOUR 19 : EN GUYANE, UN VILLAGE AMÉRINDIEN CONTRE UNE CENTRALE  

Depuis près de quatre ans, les Amérindiens du peuple Kali’Na bloquent la construction de la plus grande centrale électrique de panneaux solaires et stockage d’hydrogène au monde, dans l’ouest de la Guyane.

La lutte a lieu dans le village Prospérité, à Mana. L’ennemi ? La Centrale électrique de l’ouest guyanais (CEOG). Cette centrale électrique multi-mégawatts est censée alimenter nuit et jour 10.000 foyers guyanais. Seulement, ce projet doit aussi entraîner la déforestation de 140 hectares en combinant un parc de panneaux solaires et des bâtiments de stockage d’énergie de grande capacité d’hydrogène et de batteries au Lithium.

Ce chantier constitue une menace pour la forêt amazonienne, déjà grandement fragilisée depuis plusieurs années. Les Amérindiens lui reprochent aussi de polluer la rivière et d’entrer en collision avec leurs zones de chasse.

En parallèle, le village s’est doté d’un plan d’autonomisation. Afin de gagner en indépendance, la communauté a installé un véritable lieu de vie, parsemé de serres, d’un marché local, des ateliers d’agrotransformation ou encore un four à pain, des poulaillers et une médiathèque.

La France n’a toujours pas ratifié la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU le 13 septembre 2007. Ce projet qui prétend voir le jour sans consultation des villageois est une atteinte à la souveraineté des Amérindiens.

Cette année, le village Prospérité a été le lauréat du Prix Danielle Mitterrand en reconnaissance de ses années de lutte.

JOUR 20 : SABOTER UN PIPELINE AVEC ANDREAS MALM

Dans Comment saboter un pipeline, publié en 2020, le Suédois Andreas Malm se pose la question suivante : « Quand commencerons-nous à nous en prendre physiquement aux choses qui consument cette planète — la seule sur laquelle les humains et des millions d’autres espèces peuvent vivre — et à les détruire de nos propres mains ? »

Il est alors question, dans ce manifeste, de stratégie : comment utiliser la violence dans la lutte écologiste ? Malm souligne qu’en effet, les actions pacifiques permettent en général d’attirer la sympathie d’une frange considérable de la population. Pour autant, sont-elles suffisamment efficaces ? Ne vaudrait-il pas mieux conjuguer des attitudes non-violentes, des sit-in par exemple, avec… un sabotage actif — qui est une violence exercée à l’encontre les biens ?

En confrontant l’histoire des mouvements sociaux à la lutte pour la chute des gouvernements écocidaires, Andreas Malm donne un nouveau souffle au militantisme contemporain. Et permet ainsi, en ouvrant notre imaginaire politique, d’envisager d’autres possibles.

JOUR 21 : ERIN BROCKOVICH, SEULE CONTRE TOUS

Il y a, dans les films inspirés d’histoires vraies, quelque chose de fascinant. Comment réussir à raconter une histoire qui a vraiment eu lieu, en la portant à l’écran, sans que cela ne détruise l’esprit des faits réels ? Une question à laquelle le réalisateur Steven Soderbergh a trouvé une réponse dans son long métrage Erin Brockovich, seule contre tous. Sorti en 2000, le film est porté par Julia Roberts dans le rôle-titre : celui d’une mère célibataire de trois enfants, devenue lanceuse d’alerte dans l’un des plus gros scandales de pollution de l’eau nord-américains.

Embauchée dans le cabinet d’avocat de celui qui la représentait dans un procès pour accident de la route, Erin Brockovich n’y connaît rien à la loi. D’abord en poste aux archives, elle remarque petit à petit qu’une société de distribution d’énergie rachète une à une les maisons d’une petite ville californienne de Hinkley, dans le désert des Mojaves. Là-bas, de nombreux habitants souffrent d’importants problèmes de santé. En enquêtant, elle parvient à prouver que ces maladies graves sont causées par l’eau potable contenant des rejets toxiques issus de l’eau de refroidissement de l’usine. S’engage alors une lutte acharnée pour dédouaner les victimes, et reconnaître la responsabilité de l’entreprise dans ce désastre humain et écologique.

Un projet d’ampleur, que le réalisateur a porté à l’écran à cause de la force de son personnage principal. « Il y avait un personnage féminin d’une trempe hors du commun dans chaque scène du film » racontait le cinéaste. Décrite comme une véritable « héroïne de notre époque » par Carla Santos Shamberg, la productrice du long métrage, Erin Brockovich incarne la fermeté nécessaire aux luttes écologistes et politiques. Une force qui inspirera plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, le personnage de La Syndicaliste, avec Isabelle Huppert.

JOUR 22 : OKJA, TUTO POUR DEVENIR VÉGÉ

En 2019, le Festival de Cannes récompensait le réalisateur Bong Joon-ho de la Palme d’or pour son long métrage Parasite. Une œuvre étrange, mêlant comédie et horreur, et qui porte plus que jamais les valeurs de son cinéaste. Critique de sa société, Bong Joon-ho ne manque jamais de glisser quelques symboles dans ses films pour faire tiquer son public. Et dans son film Okja, coproduit et diffusé sur Netflix, le public se retrouve confronté à une leçon de taille.

Le film raconte comment une société d’agroalimentaire controversée, nommée Mirando, a mis au point une race de cochons géants, dont 26 spécimens sont ensuite envoyés dans 26 pays différents pour être élevés selon les coutumes locales. Ils doivent y rester dix ans, avant de rentrer aux États-Unis pour l’élection du plus beau cochon. Mais une petite fille n’est pas de cet avis : en Corée du Sud, Mija élève seule avec son grand-père le cochon géant Okja qui leur a été attribué. Et lorsqu’il est temps pour Mirando de venir chercher l’animal, la jeune fille se lance dans une opération de sauvetage aux côtés des activistes du Front de libération des animaux.

Outre les personnages complètement rocambolesques de son film, sa réalisation impeccable et son écriture très juste, Bong Joon-ho réussit l’exploit de concentrer complètement l’attention de son public sur Okja. Loin des animaux humanisés parce qu’ils peuvent parler ou parce qu’ils partagent des traits physiques avec les humains, Okja est un cochon, génétiquement modifié certes, mais qui n’a pas plus de caractéristiques que ça. Pourtant, lorsqu’elle est violentée, agressée, menacée, capturée, c’est avec elle que le public pleure. Qu’importe si Mija saigne : est-ce qu’Okja va bien ?

À la croisée des chemins entre E.T. et Mon voisin Totoro, le cinéaste arrive à faire d’un monstre amical le symbole d’une société malade, qui fait la part belle aux émotions, tant qu’il y a du profit en jeu. Et pour appuyer sa vision, Bong Joon-ho ne recule devant rien : rien n’est épargné à Okja, tout comme rien n’est épargné à la petite Mija. Elle devra affronter les pires horreurs, et son cochon aussi. Mais à quelles fins ?

Dans Okja, rien n’est laissé au hasard. Pas étonnant que le personnage soit un cochon, car ne dit-on pas qu’ils sont aussi intelligents que des humains ? Attention à quiconque voudra regarder ce long métrage en pensant passer un bon moment, il n’en sera rien. Si le film est divertissant, il reste porteur d’une morale. Et elle n’est pas donnée sous la forme d’une maxime, mais bien d’un grognement porcin.

Laisser un commentaire