A Fridays For Future, s’engager c’est espérer

A l’approche des élections européennes, le mouvement des jeunes engagés pour le climat incite à se rendre aux urnes. Si celui-ci semble s’essouffler, il refuse de perdre pied.

15 mars 2019. Dans les journaux du monde entier, la jeunesse clame, crie et s’écrie. « Nous sommes l’avenir sans voix de l’humanité. Nous n’accepterons plus cette injustice. » La lettre ouverte, traduite dans près d’une vingtaine de langues, prouve que le mouvement rencontre un écho par-delà toutes les frontières. « Vous avez échoué dans le passé, regrettent-ils. Si vous continuez à nous décevoir à l’avenir, nous, les jeunes, ferons changer les choses par nous-mêmes. La jeunesse de ce monde s’est mise en mouvement et elle ne s’arrêtera plus. » Le jour même, 187.000 collégiens, lycéens et étudiants français claquent la porte de la salle de classe, direction la rue et la marche pour le climat. « Maman, je sèche comme la planète » peut-on lire sur leurs pancartes.

Initié par l’activiste suédoise Greta Thunberg en 2018, Fridays for future appelle à une grève scolaire mondiale une à deux fois par an, à travers la « schoolstrike for climate », pour rallier la jeunesse et la fédérer autour des sujets climatiques. Depuis, certains activistes comme Léna Lazare ou Hugo Viel sont devenues des figures incontournables de la lutte environnementale. A l’occasion de la mobilisation du 5 avril, nous partons à la rencontre d’Anouk, activiste lyonnaise et étudiante en première année de sciences sociales.

La jeunesse dans la rue

En 2019, plusieurs centaines de milliers de collégiens, lycéens, étudiants, sont descendus dans les rues de France, ont marché main dans la main pour faire entendre leurs craintes et l’urgence de sauver la planète. Dans le monde entier, ils étaient des millions à suivre le mouvement et à s’engager. L’année précédente, Greta Thunberg entamait une grève à durée indéterminée tous les vendredis, et jusqu’au respect des engagements pris lors des Accords de Paris par son pays natal.

Quelques années plus tard, dans sa chambre d’étudiante, Anouk se souvient des origines de son engagement. « J’ai grandi dans une famille écolo, raconte-t-elle. J’ai été élevée comme ça. Je n’ai pas eu de déclic, tout ça s’est fait progressivement, en comprenant les enjeux, puis en lisant les rapports du GIEC. Voir les inondations, les incendies, les catastrophes, ça donne envie d’agir. » Alors même si elle refuse de se laisser dominer par la peur de l’avenir et par une écoanxiété latente et générationnelle, la jeune activiste est remplie d’espoir, ressentant intimement que la solution réside dans l’action.

Lycéenne, Anouk (à gauche) appelait les lycéens de Châlons sur Saône à se mobiliser pour le climat. Photo JSL /Nathalie MAGNIEN

Membre de Fridays for future depuis deux ans, Anouk s’est engagée lorsqu’elle a entendu parler de ces mobilisations mondiales pour le climat organisées par et pour des jeunes. « J’ai lancé le mouvement dans mon lycée à Châlons sur Saône. Il a pris tellement d’ampleur à ce moment-là que Fridays for future m’a contactée afin de me proposer de me joindre à eux, puis en arrivant à Lyon j’ai pu créer la branche locale », explique la jeune femme, qui fait également partie depuis l’année dernière du CA national.

« A Châlons sur Saône j’ai pu faire un débat avec le président de mon département. J’ai eu l’impression d’agir, d’avoir du poids. Mais aujourd’hui, comme le mouvement a perdu de l’ampleur, nous sommes sur de petits rassemblements, de petites manifs, ce n’est pas très médiatisé. » Des regrets qu’elle tempère malgré tout « j’ai quand même beaucoup d’espoir à chaque événement, je me dis « cette fois c’est la bonne ! ».

Une pandémie et c’est fini ?

La période de pandémie a sensiblement joué sur l’organisation d’événements. « C’était un très gros mouvement en 2018-2019, mais avec le Covid c’est un peu tombé à plat, on essaye de le relancer » en créant de nombreuses antennes locales dans de petites villes, une manière aussi d’inclure plus de diversité territoriale, et d’amener plus de visibilité à la cause. Un ralentissement du mouvement qu’Anouk explique également par la scission qui s’est opérée entre Youth for Climate et Fridays for future, amenant des tensions au sein des groupes activistes. Elle soupire : « on souhaite tous la même chose, mais les gens ont du ressentiment ».

Car depuis Sainte-Soline et la montée en flèche des Soulèvements de la Terre, de plus en plus de collectifs et associations se sont montés dans le paysage des activistes. « Chacun a sa manière de fonctionner et d’agir, et créer du lien avec eux peut s’avérer compliqué alors que nous avons tous le même but. Mais les tensions l’emportent. »

Des vendredis et tous les autres jours pour le futur

Leur objectif est de faire grossir les branches locales afin de redonner de la ferveur au mouvement et ainsi réussir à peser politiquement. C’est en ce sens que la mobilisation de vendredi tend, comme il est écrit dans leur communiqué de presse du 29 mars dernier, à « mettre une fois de plus le climat sur le devant de la scène et faire entendre nos voix. » Car bien qu’ils n’aient pas encore tous le pouvoir du bulletin de vote, ils se mobiliseront partout.

A l’approche des élections européennes, il est primordial pour le mouvement écolo « d’insister auprès des électeurs pour les appeler à voter pour des partis qui se préoccupent de l’écologie, et qui le mettent au centre de leur agenda politique. » Et Anouk d’ajouter, le regard plein d’espoir : « ces élections peuvent avoir un gros impact sur les décisions liés au climat. Et comme il y a beaucoup d’abstentionnisme, il faut dire aux gens l’importance d’aller voter, que l’avenir est dans les urnes ! C’est au niveau européen que se jouent les décisions concernant le climat, il faut miser là-dessus. »

Vendredi 5 avril, ils porteront du vert et du noir, ils manifesteront leur deuil, leur tristesse, mais aussi leur espoir de faire entendre leur voix. Cette voix de la jeunesse qui se bat pour un avenir meilleur.

Par Jessica Combet

Laisser un commentaire