Chaque lundi, Combat vous emmène à la rencontre d’une femme qui change le monde à sa manière. Aujourd’hui, nous vous faisons découvrir la médecin urgentiste Caroline Brémaud, qui se bat quotidiennement pour améliorer le bien être des patient.e.s.
Avec son stéthoscope rose, Caroline Brémaud n’est pas une urgentiste comme les autres. Elle porte un combat : celui de redresser le service des urgences, et particulièrement celui de l’hôpital de Laval en Mayenne, où elle exerce.
Une vocation
Devenir urgentiste, cela n’a pas toujours été une évidence. Si elle s’est d’abord tournée vers des études pour devenir vétérinaire, c’est sa connexion innée avec les enfants qui a mené Caroline Brémaud à la profession. “J’ai toujours été de nature assez bienveillante et prévenante. Un jour, j’ai rencontré un petit enfant autiste. Je me suis naturellement mise à sa hauteur pour lui dire bonjour et l’enfant s’est jeté dans mes bras pour me faire un câlin. Ses parents étaient très étonnés car, d’habitude, il ne touchait personne et était très réservé. Cela m’a beaucoup touchée et je me suis dit qu’il se passait quelque chose d’important. D’un seul coup, c’est devenu ma vocation.”
Après être devenue médecin généraliste, Caroline Brémaud a repris ses études pour être urgentiste. Depuis, elle est préposée aux jeunes patient.e.s et aux personnes en situation de handicap : “Ces personnes nous apprennent beaucoup. Dans nos sociétés, je trouve que l’on ‘infantilise les enfants’« , remarque-t-elle. Elle ajoute : « On ne leur donne pas la valeur qu’ils méritent. Ils sont très spontanés quand les préjugés guident les adultes. Les enfants ont un regard sur la vie qui est complètement différent du nôtre. Par exemple, j’ai l’impression qu’on ne sait plus être heureux pour des choses simples et on s’habitue à des choses auxquelles il ne faudrait pas.”
Une profession en danger
“Variée, intense et imprévisible”, tels sont les trois mots que l’urgentiste emploie pour décrire sa profession. Celle-ci n’est pas toujours évidente. Il faut avoir des connaissances, certes, mais également organiser et effectuer tout le parcours de soin qu’un.e patient.e mérite. Or, “on ne nous donne pas les moyens de soigner correctement les gens”. En effet, si le budget alloué aux hôpitaux augmente chaque année de quelques points de pourcentage, les autorités ne prennent pas en compte l’augmentation de dépenses des hôpitaux. Par exemple une augmentation du budget des hôpitaux à hauteur de 3,2% a été prévue dans le budget 2024. Or, les dépenses des hôpitaux ont augmenté de 4,6% dans le même temps. Cela implique que les hôpitaux doivent réaliser plus de trois milliards d’euros d’économies…sur le dos des patient.e.s.
En 2021, après la crise du Covid-19 durant laquelle elle était cheffe de service, elle s’est aperçue que l’hôpital manquait tellement de personnel et de lits qu’il n’allait plus pouvoir être possible d’ouvrir les urgences. Lors de la grève nationale en octobre 2021, Caroline Brémaud décide alors de rallier la cause et de poster sur X une photo d’elle avec l’inscription “en grève”. “Il y a eu un emballement médiatique autour de ce post, j’ai été interrogée par beaucoup de médias. » Elle expliquait par exemple à Ouest France en novembre 2021 : « Nous sommes 5,5 équivalents temps plein, alors que nous aurions besoin d’être entre 16 et 18, il manque deux tiers de l’effectif médical. C’est un combat national ! » En 2024, le constat reste le même : selon Marc Noizet, président de Samu Urgence de France, il manque 30% de médecins urgentistes.
Aujourd’hui, elle réalise l’importance de ses propos : « j’ai même été invitée au Sénat. Je suis vite devenue la porte-parole de ma profession sur les plus petits hôpitaux. Je suis vraiment devenue militante ce jour-là.”

Et c’est ce militantisme, justement, qui lui a porté préjudice quant à la suite de sa carrière. En tant que lanceuse d’alerte, l’urgentiste dérange les autorités. “J’ai été démise de mes fonctions de cheffe de service en décembre 2023, officiellement pour des raisons de réorganisation, mais officieusement parce que je dérangeais dans mes propos. Certaines entreprises se sont plaintes du fait que je portais atteinte à l’attractivité du territoire en exposant les problématiques de santé et que cela leur donnait des difficultés pour recruter.”
Mais la jeune femme ne s’est pas démontée pour autant : elle est toujours urgentiste, au sein du même hôpital.
on s’habitue à des choses auxquelles il ne faudrait pas.
Le besoin de justice
Elle ne s’en cache pas : Caroline Brémaud a toujours eu l’âme militante contre les injustices sociales et s’est intéressée très tôt à la place des sciences humaines et sociales dans le milieu de la santé. Très vite, elle s’est rendue compte de ses nombreux dysfonctionnements. Des années plus tard, elle raconte son opposition à son chef de service lorsqu’elle n’était qu’étudiante, et son combat pour le bien être d’une personne âgée. “Les patient.e.s, ne sont pas des paquets dans des lits, comme beaucoup préfèrent nous faire croire. Ce sont des êtres humains.”
Le milieu médical n’échappant pas à la règle, la jeune femme est aussi confrontée aux discriminations de genre : “je pense que l’on m’aurait pris un peu plus au sérieux si j’avais été un homme… En tant que femme, quand l’on se met en colère, on est immédiatement qualifiées d’hystériques. J’ai un collègue qui me parle toujours d’un ton très paternaliste en me disant ‘calme-toi’. Il y a des gens qui ne supportent pas que l’autorité puisse provenir d’une femme.” En effet, selon le 4ᵉ baromètre « Donner des ELLES à la santé » réalisé par Ipsos, « les éléments de discrimination se perçoivent particulièrement dans l’accès aux postes à responsabilité avec 2 femmes sur 10 s’étant vu refuser des postes du fait de leur sexe et 1 médecin sur 2 qui trouve que les méthodes de nominations à ces postes manquent de transparence.«
Seule cheffe de service à être convoquée au Sénat pour une commission d’enquête, elle s’indigne du peu de place accordé aux femmes dans le champ médical.
Pour raconter tout cela et entre deux patient.e.s à soigner, Caroline Brémaud a écrit un livre, sorti le 2 mai dernier, Etat d’urgences aux éditions du Seuil. On y retrouve des questionnements sur le tri des patient.e.s aux Urgences, son quotidien d’urgentiste et de mère, des histoires émouvantes. Un récit poignant et sans filtre.

Caroline Brémaud, Etat d’urgences, Le Seuil, 2025, à retrouver ici
