Histoire du Colibri et de la dépolitisation de l’écologie

Chacun doit « faire sa part » entendons-nous souvent dans les débats écologiques.  Mais si cette maxime peut avoir son utilité, elle possède de nombreuses limites. Ne serait-ce que parce qu’elle refuse de remettre en question notre système actuel.

Si, comme moi, vous avez baigné depuis votre plus tendre enfance dans les milieux écolos, vous le savez : la responsabilisation individuelle y prend une place très importante.

Si vous n’avez pas baigné dans ce milieu, laissez-moi vous raconter une histoire. Oui, une histoire, parce que c’est tout ce dont il s’agit.

L’histoire en question est celle du colibri : selon la fable, il y eut un jour un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! « 

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Cette bien belle histoire, qu’on m’a inculquée très jeune, je n’ai plus envie de l’entendre. En tout cas, pas comme je l’ai tant entendue.

Une mauvaise interprétation

L’histoire du colibri, c’est une histoire pleine d’espoir, pleine d’engagement et d’envie. C’est une histoire alléchante, c’est une histoire qui fait du bien. Alors que la situation écologique n’a jamais été aussi catastrophique qu’aujourd’hui, elle donne envie de “faire sa part” pour améliorer la situation.

Rien de mal à tout cela. Je suis le premier, dans des moments de désespoir, à avoir besoin d’histoires de ce type pour croire à nouveau que quelque chose d’autre est possible, que je ne suis pas le seul à souhaiter un changement.

Le problème, avec cette histoire, c’est l’interprétation qui en est faite dans bon nombre de milieux écolos.

Si on n’accompagne pas l’histoire du colibri d’une discussion critique sur la société capitaliste, celle-ci perd beaucoup de son sens. Si on ne l’accompagne d’un questionnement sur notre position dans la hiérarchie sociale et sur nos privilèges, elle est vaine.

Car simplement dire que “chacun.e doit faire sa part”, c’est mettre de côté beaucoup d’éléments. Déjà, qu’est-ce que ça veut dire “faire sa part” ?

Souvent, le message caché derrière “faire sa part”, c’est : avoir des panneaux solaires (très polluants à la production), acheter des voitures électriques (très polluantes à la production également), avoir une maison très bien isolée, manger bio uniquement et peu transformé (entre autres), investir dans une coopérative, recycler et/ou consommer en vrac, etc. etc.

Mettons-nous bien d’accord : chacun de ces actes n’est pas nécessairement néfaste en soi. La majorité permet même de réduire notre impact environnemental.

Le problème n’est pas tant dans ces actes, mais dans le discours qui les accompagne (ou le discours qui manque, justement).

Se vanter de manger bio et d’avoir une belle maison bien isolée face à quelqu’un qui a des difficultés à boucler ses fins de mois, c’est non seulement contre-productif, mais aussi extrêmement culpabilisant. Ce genre d’attitudes, qui fait comme si chacun.e avait la possibilité de changer son mode de vie pour aller vers quelque chose de soi-disant “écologique” est démagogique et oublie une énorme partie des réalités sociales.

Elle oublie la charge mentale qui pèse sur beaucoup de personnes (très souvent des femmes) quant à la gestion de leur foyer, qui ne permet souvent pas de consacrer du temps et/ou de l’énergie à la préparation des repas.

Elle oublie les barrières financières et logistiques qui se posent pour beaucoup de personnes qui auraient envie de consommer bio.

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