Manifestation contre les violences sexistes et sexuelles, la lutte doit continuer

Ce samedi 20 novembre, des milliers de personnes se sont rendues place de la République à Paris et dans de nombreuses villes françaises pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles. Reportage.

« Ras le viol », « enfant violé enfance volée », « les seuls coups que l’amour pardonne sont les coups de foudre », ou bien encore « 101 de trop », en référence au nombre de féminicides depuis le 1er janvier 2021, autant de slogans percutants que de revendications des manifestant.e.s.

Organisée par le collectif féministe Nous Toutes, cette marche en hommage aux femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint et en protestation à l’inaction gouvernementale dans la lutte contre les violences, a rassemblé 18 000 personnes selon la préfecture de police.

Mais alors quelles sont les revendications qui poussent à la protestation et à l’organisation de cette manifestation pacifique ? Car il faut tout de même rappeler que le réel but est de ne plus avoir à faire de manifestation pour espérer une action concrète de la part du gouvernement.

Le collectif Nous Toutes est né en juillet 2018. Il regroupe des associations, des syndicats, des partis politiques et des activistes tous engagés dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. C’est un mouvement non-violent qui agit principalement par le biais d’organisation de marches et de manifestations pacifiques. Il sensibilise aussi les jeunes via les réseaux sociaux et propose des formations à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles gratuites, en ligne et adaptées selon l’âge des participants.

Une société ignorante et patriarcale remise en cause

Celles et ceux qui sont descendus dans les rues ce samedi 20 novembre le savent bien : 101 femmes ont été tuées sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année 2021. Cependant, encore beaucoup de personnes ne prennent pas réellement conscience de l’ampleur et de la gravité de ce chiffre, ou ne veulent pas en prendre conscience : fermer les yeux est sans doute bien plus facile.

« Ça n’arrive qu’aux autres », voilà ce que doivent se dire les millions de Français qui ne se sentent pas concernés par les violences que les femmes, les enfants et les minorités subissent chaque jour. Pour eux, la société patriarcale n’est qu’une fiction tant elle est ancrée dans nos mœurs. Si une grande partie de la population ferme les yeux sur les discriminations subies par les femmes, celles-ci sont pourtant bien présentes. Selon l’INSEE, en 2017, le salaire des femmes est 16,6% en dessous de celui des hommes, en équivalent temps plein. C’est ce que rappelle la pancarte d’une militante : « C’est Black Friday tous les jours avec le salaire des femmes ». Rappelons également que toutes les sept minutes environ, en France, une femme est victime d’un viol ou d’une tentative de viol. Huit fois sur dix, la victime connaissait son bourreau. Alors comme le disait bien une pancarte présente à la manifestation Nous Toutes visant à ouvrir les yeux de ceux qui la lisent : « Le violeur, ça aurait pu être ton père, ton frère ou ton meilleur ami ». L’indifférence que certaines familles de victimes perpétuent est une source de souffrance immense pour les femmes violées. C’est le message qu’essayent de faire passer certaines pancartes au fond violet, couleur de la manifestation : « Je te crois. Tu n’y es pour rien. »

D’autres pancartes visaient également à faire prendre conscience de la gravité et de la réalité de certains faits. Une jeune fille d’une vingtaine d’années brandissait sa pancarte avec inscrit dessus « I was 9 » alors qu’une autre pancarte expliquait l’histoire de sa propriétaire : « ce n’était qu’une caresse bourrée », mon violeur, 10/02/2021 ». D’autres slogans évoquaient les viols dans les églises et l’impunité de certains criminels.

Les manifestants dénoncent alors une trop grande inaction gouvernementale quant à l’inceste, dont environ 165 000 enfants sont victimes chaque année, soit deux par classe. Selon un sondage Ipsos paru en novembre 2020, 6,7 millions de Français et de Françaises affirment avoir été victimes d’inceste. Malgré ce chiffre imposant et révoltant, le tabou n’est pas encore levé et les enfants toujours pas assez informés et protégés.

Cette marche visait donc évidemment à réveiller les consciences, avec notamment des slogans comme « on ne naît pas femme, on en meurt », en référence à la célèbre citation de Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient » ou bien encore la pancarte marquante d’un jeune homme « Où es-tu ? ». Des banderoles avec des photos des femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint circulaient, l’objectif étant de faire réaliser à ceux qui les regardent que 101 n’est pas simplement un chiffre, mais que 101 vies de tout âge ont été prises arbitrairement depuis le début de l’année 2021.

Manifestation Nous Toutes, 20 novembre 2021 à Paris. Photo : Capucine Schmit

Des pancartes et revendications destinées aux hommes et au gouvernement

Le deuxième objectif de la manifestation était celui de lever les tabous autour des thèmes des violences sexistes et sexuelles. De nombreux slogans et pancartes rappelaient la notion de consentement, essentielle dans la lutte contre les violences, et malheureusement trop souvent oubliée. De grandes banderoles très voyantes et osées attiraient les regards interrogateurs des gens aux fenêtres: « rouge à lèvre ≠ bouche à pipe » ou encore une culotte en dentelle collée sur du carton avec l’inscription « ceci n’est pas une invitation ».

D’autres reprenaient les stéréotypes associés aux femmes, avec par exemple « hystérique, non, HISTORIQUE ».

Le but des militant.e. s portant ces pancartes était donc de déconstruire les clichés discriminants subies par les femmes, qui peuvent parfois, trop souvent, conduire à des crimes.

Manifestation Nous Toutes, 20 novembre 2021 à Paris. Photo : Capucine Schmit

De plus, ce rassemblement dans les rues de Paris comme dans d’autres villes de France avait pour but d’interpeller les membres du gouvernement. En effet, de nombreuses associations telles que Amnesty Internationale France, Excision, parlons-en ! ou le Collectif National pour les Droits des Femmes ainsi que des partis politiques comme EELV ou le Parti Socialiste reprochent au gouvernement des actions trop faibles dans la lutte contre les violences. Ces associations et l’ensemble des défenseurs de la cause souhaiteraient tout d’abord qu’un budget beaucoup plus important soit investi dans celle-ci. Si 360 millions d’euros par an sont engagés dans cette lutte, l’ensemble des féministes s’accordent à dire que cela est trop peu, et estiment que le gouvernement devrait accorder un milliard d’euros à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. C’est en effet ce que préconise le Haut Conseil à l’Égalité dans un rapport rendu en 2018 : « le budget public annuel nécessaire pour une action de qualité́ permettant aux femmes victimes de violences conjugales d’en sortir, chiffré à 506 millions d’euros minimum. Une hypothèse haute, réalisée à partir du nombre de femmes déclarant des violences conjugales, sans qu’elles soient nécessairement constatées par les forces de l’ordre, s’élève à 1,1 milliard d’euros. »

Les associations engagées dans cette lutte souhaitent que des subventions plus importantes soit données pour les associations de terrain, qu’un accompagnement post-traumatique des victimes soit financé, que plus de centres d’hébergements soit ouverts avec des personnes compétentes engagées ainsi que des mesures de préventions auprès des jeunes. Il est donc important de préciser que ces propositions sont fondées, car 40% des femmes fuyant leur conjoint violent ne se voient proposer aucune solution d’hébergement.

Elles reprochent à Emmanuel Macron et au gouvernement français « des campagnes de communications et des grands discours » (appel à la marche, Nous Toutes) mais pas d’actions efficaces. C’est ce que rappelle une pancarte, diffusée massivement durant la manifestation : « grande cause du quinquennat, bla bla bla. » En effet, quasiment 600 femmes sont mortes assassinées depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Pourtant, à l’occasion de la manifestation, Sandrine Bouchait, présidente de l’Union Nationale des familles de féminicides a déclaré : « c’était censé être une grande cause nationale mais les chiffres sont quasiment les mêmes que ceux du quinquennat précédent, c’est une rigolade. »

Si la ministre déléguée de à l’Égalité Femmes-Hommes Élisabeth Moreno se défend en évoquant sur Europe 1 la formation de policiers, la mise en place de bracelets anti-rapprochement ou encore les quatre lois votées pour l’accompagnement des victimes, il reste tout de même à préciser que 65% des mortes avaient pris contact avec la justice avant leur décès.

Ces faits factuels et cette violence qui règne toujours en France montrent bien que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles doit perdurer, par le biais d’actions concrètes de la part du gouvernement et une sensibilisation à la non-violence dès le plus jeune âge.

Par Capucine Schmit

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