Joséphine Baker, portrait de courage et de passion

A l’occasion de son entrée au Panthéon hier, mardi 30 novembre, Combat revient sur le portrait de l’artiste et résistante Joséphine Baker.

Josephine Baker dans son dressing à Alexandra DR

Une femme de luttes

Joséphine, instantanément admirée pour son corps bouillonnant, expression de sa soif de liberté, danseuse et chanteuse hors pair, n’hésita pas à mettre sa popularité au service des grandes causes dont elle est devenue un personnage iconique : Que ce soit la lutte contre le racisme et toute forme d’injustice ou son engagement courageux dans la Résistance. A tous ces titres, elle mérite largement de devenir la sixième femme, seule noire -faut-il le préciser ?-  à entrer au Panthéon.  Après de nombreux grands hommes tels Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Louis Braille,  Émile Zola, Jean Jaurès, Jean Moulin, André Malraux ou Alexandre Dumas, Joséphine fait suite aux résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, à la grande scientifique Marie Curie et à la femme politique courageuse Simone Veil. C’est au tour de la chanteuse, danseuse et militante Joséphine Baker  de prendre place aux côtés de ces figures françaises. Elle choisit de se servir de son corps, de son talent et de son cœur comme d’une arme face à l’injustice du monde, en particulier  de la ségrégation raciale dont elle avait elle-même été victime en Amérique. Quelle est donc l’histoire de  cette femme, image de passion et de courage ?

Jeunesse

Joséphine Baker est née en 1906 dans une  famille afro-américaine pauvre, comme tant d’autres. C’est dès son plus jeune âge qu’elle arrête l’école pour faire le ménage chez des familles riches, pas toujours très respectueuses envers elle. Enfance avortée, elle se mariera  à 13 ans espérant  contrer la pauvreté qu’elle subissait depuis l’enfance. L’avenir lui permit d’en décider autrement. Alors qu’elle dansait et chantait dans la rue comme elle aimait le faire et ce qui lui permettait de récolter un peu d’argent, elle fut repérée par un professionnel. Ainsi elle partira pour Paris à 19 ans, où elle commencera sa carrière inattendue et triomphale. Joséphine Baker et son léopard en laisse.

Admirée pour son renouveau artistique, c’était aussi une femme drôle, sensuelle et sexuelle, qui eut -dit-on beaucoup d’amants et de maîtresses.

A 31 ans, lorsqu’elle veut retourner aux États-Unis, elle doit de nouveau faire face à la ségrégation. De retour en France, elle se marie et devient Française le 30 novembre 1937, d’où la date retenue pour sa panthéonisation, fière d’avoir la nationalité d’un pays dont elle apprécie tout particulièrement la liberté et une idée d’égalité de plus en plus répandue.

Dans la guerre

Lorsque la seconde Guerre Mondiale éclate et réduit en poudre cette liberté, Joséphine Baker n’hésite pas à s’engager auprès de la Croix Rouge, et à faire de sa location, le château des Milandes en Dordogne, un haut lieu de Résistance secrète face à l’ennemi, cachant des réfugiés dans le grenier, et des armes au sous-sol tandis qu’elle fait passer à ses risques et périls des messages à l’encre invisible cachés dans les feuillets de ses partitions, destinés aux Résistants.

Photo AFP

Pour la postérité : le portrait d’une femme tenace

Après la guerre, elle achète le château de Milandes avec son mari Jo Bouillon et fonde sa « Tribu- arc-en-ciel », en adoptant douze enfants venus de pays différents, Japon, Colombie, Finlande, France, Algérie, Maroc, Côte d’Ivoire, Venezuela…et crée son Village du monde avec des restaurants, des hôtels… voulant prouver que chaque être humain peut s’entendre et s’aimer quelle que soit sa race, sa couleur ou sa religion. Malheureusement, les années passant, croulant sous les dettes, Joséphine Baker devra céder le château malgré une grève de la faim, barricadée dans la cuisine, une illustration de sa ténacité. Elle avait auparavant assuré l’avenir de ses enfants.

Ce n’est pas seulement en France que Joséphine Baker laisse le souvenir d’une femme courageuse et engagée. C’est le cas en particulier aux États-Unis où elle refusera de chanter, à Miami, si les personnes de couleur noires n’étaient pas acceptées dans les clubs où elle chantait. A 51 ans, elle participera à la grande marche pour les droits civiques et parlera aux côtés de Martin Luther King, lors de son inoubliable discours ponctué du célèbre « I have a dream ».

Incarnation des années folles mais aussi  symbole de liberté, de Résistance, de renouveau, de libération de la femme, c’est en imaginant et en œuvrant pour un monde meilleur que Joséphine Baker, après avoir reçu en 1961 la Légion d’Honneur, trouve maintenant sa place méritée au Panthéon.

Par Coline Minaud-Lehmann

Pour aller plus loin :

  • Joséphine Baker, sa vie en BD par José-Louis Bocquet et Catel Muller, Castermann, 2021, 30 euros
– Joséphine Baker – Première icône noire | Documentaire | ARTE Cinema, 2021
  • Joséphine Baker, danseuse et résistante – Culottées #4, vidéo adaptée des Culottées de Pénélope Bagieu

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