Alors que l’été approche, la répercussion des événements festifs sur l’environnement est au cœur des préparatifs. Allier convivialité et conscience verte, tel sera le pari de ces prochains mois.
Vieilles Charrues, Musilac, Eurockéennes, Solidays, Hellfest, Francofolies, Main Square … Une nouvelle saison de festivals s’apprête à faire danser l’hexagone, dans un climat social tendu et caniculaire.
Ce printemps de révolte laissera la place à un été placé sous le signe des festivals. Hauts lieux de rassemblement, ces espaces communautaires centrés autour de la musique et de manière générale, de l’art, sont très prisés. Mais quel est leur impact écologique? Est-il possible de les faire rimer avec respect de l’environnement?
Tomorrowland winter, festival de la déca-danse
En mars dernier s’est tenu l’événement Tomorrowland Winter au cœur de l’Alpe d’Huez, en Isère. Sept jours de fête, de musique électronique, d’infrastructures éphémères, une centaine de DJs, 20 000 festivaliers du monde entier, tous plus gourmands les uns que les autres en énergie.
Le total des émissions de CO2 pour cette semaine de fiesta seraient égales à celles émises par toute la population du village montagnard sur une année, d’après une tribune d’Extinction rebellion. De quoi faire grincer les dents des protecteurs de la nature. Et encore, nous ne parlons ici que de son édition d’hiver. Il existe également l’estivale, en Belgique, d’où sont originaires les organisateurs, et au Brésil.
Les organisateurs se targuent de proposer une ambiance électrique et électronique à la hauteur du tarif des billets d’entrée, qui s’élèvent à 175€ la journée de festival, auxquels doivent s’ajouter les frais d’hébergement, de transport, de nourriture et de boissons. Pour avoir le privilège de skier sur des pistes alimentées par des centaines de canons à neige, merci de rajouter encore une bonne centaine d’euros, une semaine à près de 1000€.
Ces canons à neige, parlons-en. Ils sont nourris par l’eau contenues dans six retenues artificielles (entendez par là, bassines…) dont celle de l’Herpie, la plus haute d’Europe. Elle culmine à pas moins de 2700m d’altitude et n’est utile qu’à la gestion de l’enneigement depuis son inauguration en 2015. Ces bassines de la discorde n’ont pas fini de cristalliser les combats, et de noyer les gros poissons de la finance.
Si les commerçants du village sont heureux de voir leur chiffre d’affaires quotidien s’aligner avec celui d’un 31 décembre qui durerait plusieurs jours, Tomorrowland n’en reste pas moins, pour les défenseurs de la montagne, le festival de la décadence. Et pour cause, nuisances sonores, station surchargée, pollution, scènes montées et démontées en un temps record, visiteurs du monde entier emmenant avec eux un bilan carbone désolant, surconsommation sur place, le tout dans un paysage abîmé qui ne cherche qu’à être protégé de ces fêtards dont la conscience écologique frôle le zéro.
Les festivals rassemblent. Ils peuvent être porteurs de messages, être alignés avec une éthique humaniste ; ils deviennent alors vecteurs de rencontres, discussions, débats. Cependant, la région ne s’en trouve pas pour autant « rassemblée ». À festival bourgeois, public bourgeois. Les prix d’entrée pour se déhancher, boire, rencontrer, n’attirent pas les locaux. Les 90 nationalités différentes regroupées durant cette semaine-là assurent peut-être quant à elles cet aspect fédérateur.

Hellfest, l’événement qui fait des progrès
En juin de chaque année depuis 2006, à Clisson, aux abords de Nantes se tient le plus grand festival métal de France. Il s’étale sur 14 hectares, cinq étant dédiés à l’accueil du public, plus 21 autres réservés au camping ainsi qu’aux parkings. 450 000 festivaliers répartis sur sept jours lors de la précédente édition exceptionnelle (habituellement le festival dure quatre jours), 200 groupes internationaux, sept scènes, des kilowatts de son résonnant à travers la plaine de Loire Atlantique, quelques 800 000 litres de bière et rien que pour Hellfest 2019, 255 tonnes de déchets comptabilisés sur l’ensemble de lieu.
L’organisation a déjà mis en place consigne, poubelles de tri, toilettes sèches, et leur bilan écologique, toujours pour l’année 2019, publié dans un communiqué est plutôt positif : « (…) 62% de déchets valorisés (…) ! (Soit en détail : 66.40 tonnes de verre, 19.06 tonnes de carton, 17.90 tonnes d’emballage et 18.46 tonnes de bois. Ainsi que 106.66 tonnes de déchets issus du compost et des toilettes sèches). (…) 4 tonnes d’objets et matériaux abandonnés sur l’ensemble du site (…) ont été récupérés et valorisés par différentes structures locales (ressourceries, récuperette, écocyclerie…) ».
En ce qui concerne la consommation d’énergie, le créateur du festival, Ben Bardaud, précise dans son interview pour le site Actu.fr que «300 000 litres de fioul sont consommés pendant le festival». Il reste encore quelques efforts à faire pour amoindrir le coût environnemental.
Un travail de sensibilisation dans le milieu culturel
Le rapport « Décarbonons la culture» publié par The Shift Project à l’automne 2021 regorge d’idées pour ralentir les émissions de CO2 lors d’évènements culturels.
Ainsi, envisager uniquement des repas végétariens provenant des producteurs des environs, et des boissons locales, pour les employés et le public, réduirait de 19% l’impact carbone (5% pour le public, 14% pour les employés). Inviter les visiteurs à utiliser les transports en communs, quitte à déplacer le lieu de l’événement en conséquence, le covoiturage, le vélo, en créant des plateformes dédiées, en réduisant le nombre de places de parking ou bien encore en adaptant les horaires de spectacles à celles du train ou du bus, baisseraient de 5,5% le total des émissions.
Les auteurs du projet estiment également « qu’en divisant sa jauge par dix, un festival rassemblant 300 000 personnes pourrait diviser ses émissions par un facteur compris entre 20 et 30. ». Et d’ajouter que « pour imaginer une culture résiliente, il faut renoncer à certaines pratiques. Les équipements techniques les plus carbonés, comme les gros générateurs électriques à essence, sont à proscrire. Les système de sonorisation toujours plus gourmands en puissance (…)».
Il est tout à fait envisageable de changer les habitudes au profit d’une véritable éthique environnementale.
Ces festivals qui dansent au rythme de l’écologie
We Love Green, Solidays, Delta Festival, Terres du son, Climax festival… parviennent à faire rimer parfaitement musique, militantisme et protection de l’environnement. Au programme : concerts, conférences, sensibilisation à l’écologie, ateliers thématiques, lieux kidsfriendly (parce qu’être parents ne doit pas empêcher d’être présents !), en harmonie avec la nature.
L’organisation s’articule autour de différents points: absence de parking à proximité, dans le but de voir venir nombre de participants en transports en commun, vaisselle compostable ou réutilisable, repas végétariens et locaux, aucun véhicule sur les pelouses ni d’utilisation de produits chimiques sur les lieux dans un souci de préservation de la faune et de la flore, location du matériel, consigne végétale (We Love Green offrait l’année dernière un plant de fraisier pour deux gobelets rendus, en partenariat avec une pépinière locale), revalorisation des déchets, réseau électrique local, redistribution des invendus alimentaires à des associations, sur la question très d’actualité de la consommation d’eau: toilettes sèches et robinetteries adaptées (minuteurs, boutons poussoirs), etc, la liste des initiatives est longue et riche en enseignements.
Ces modèles de festivals sont à prendre en exemple, afin de lier culture, loisir, arts, et respect de la cause environnementale.
Par Jessica Combet
